Le gouvernement du Québec a octroyé près de 6,5 millions de dollars à 43 projets inforoutiers et, cette semaine, il annonçait le lancement de la Cité du multimédia à Montréal, un chantier bénéficiant de subventions massives par le biais des crédits d'impôt. Tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes virtuels? Il semble que non.
Invité à l'émission Interactif hier soir, Hervé Fischer, directeur général du Marché international des inforoutes et du multimédia (MIM) faisait remarquer que la situation du Québec est remarquable et qu'elle suscite l'envie des autres provinces canadiennes. Aucun autre gouvernement, au pays, ne soutient cette industrie émergente et porteuse d'avenir comme on le fait ici. « Le gouvernement du Québec investit des montagnes d'or dans le multimédia comparé aux autres provinces », dit-il, et ses « coups médiatiques » démontrent à quel point il « considère que le multimédia a vraiment une capacité de création d'emploi, une capacité de relance de l'économie ».
Pourtant, poursuit-il, « on sait tous que c'est une industrie un peu blessée avant même d'être née. » Le chiffre d'affaires moyen de la majorité des entreprises du secteur excède rarement 200 000 dollars par an. « Il y a un potentiel extraordinaire, mais une réalité quotidienne qui comporte des problèmes de liquidités constants. Comment peut-on payer six ou sept personnes avec 100 ou 200 000 dollars? »
La distorsion entre le traitement de faveur que l'industrie semble recevoir en apparence et cette réalité quotidienne doit être élucidé. Hervé Fischer propose de réunir un sommet des industries du multimédia et de l'Internet à cet effet: « Je crois que s'il n'y a pas un marché public qui est développé pour ces entreprises, un marché des usagers, une politique de distribution, une politique pour l'internationalisation, ce sont des coups d'épée dans l'eau. (...) Il faut définir une politique cohérente et s'asseoir avec tous les partenaires. »
Parmi les constats dressés par Hervé Fischer, notons l'ubiquité des grandes entreprises (Bell, Nortel, IBM...) que l'on retrouve au coeur de tous les grands projets: « Ce n'est pas possible de toujours confier les grands contrats pour la télémédecine, etc, uniquement à deux ou trois grandes entreprises. Il faut trouver un moyen pour que les petites entreprises québécoises soient également associées à l'autoroute médicale, à l'autoroute du tourisme, etc. Tout cela, il faut le définir, il faut s'asseoir avec les partenaires. »
Au chapitre des contenus Internet, Jean-François Deschênes, directeur des contenus francophones de Symaptico-Médialinx, indiquait dans la même émission que, malgré son indéniable succès, la galaxie Sympatico est toujours déficitaire. Cette semaine, nos confrères des CLÉS notaient que le bilan du commerce électronique de détail sur Internet est plutôt modeste, au Québec, pour ne pas dire désastreux. Les subventions et les entrepreneurs sont là mais le public ne suit guère et le système bancaire québécois impose de telles exigences aux cybercommerçants potentiels que plusieurs renoncent et que d'autres sont contraints de s'associer à des banques américaines pour être à même d'ouvrir leur boutique virtuelle. Or, les deux problèmes sont liés.
En effet, il semble que l'industrie des contenus Internet ne pourra pas se développer adéquatement tant que la publicité y restera en son état embryonnaire. Et, pour que la publicité commence à affluer sur les sites éditoriaux, il faut qu'elle mène vers des places marchandes ayant intérêt à rejoindre les internautes par ce médium plus que par tout autre.
Bref, il semble urgent de tenir ce que d'aucuns nomment déjà des « États généraux » sur la politique du multimédia et des inforoutes afin de mettre un place un cadre cohérent de développement. Il ne faut plus se contenter d'effets théatrals et de ce « saupoudrage » que stigmatisait André Bélanger dans sa dernière chronique sur Mémento.
Il faut que les producteurs, les fonctionnaires, les industriels et les banques s'assoient à une même table et se parlent. Il faut aussi que les internautes citoyens que nous sommes aient leur mot à dire dans ce processus et dans la mise en réseau du gouvernement si l'on veut que toutes ces initiatives soient comprises, acceptées et trouvent enfin leur efficacité.
Christian Aubry
Entendre le billet d'Hervé Fischer sur Interactif (RealAudio).
Lire l'analyse des CLÉS du commerce électronique.
Réfléchir aux questions soulevées par André Bélanger.