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L'histoire édifiante et méconnue de l'ancêtre français d'Internet.

Canoë 
27/03/1998 16h40 

Le quotidien Libération évoque aujourd'hui un projet avorté des années 70 qui aurait fait de la France une « grande puissance » du cyberespace. Ce faisant, il met en lumière cette vérité ultime: aux États-Unis comme ailleurs, le succès d'Internet marque la victoire de l'informatique sur les télécommunications.

En 1971, la délégation à l'informatique du ministère français de l'Industrie s'intéresse à Arpanet, le réseau financé par le Pentagone qui, peu à peu, donnera naissance à Internet. Elle confie alors la direction du projet Cyclades à l'ingénieur informaticien de l'IRIA (1) Louis Pouzin. Collaborant avec les Américains, celui-ci améliore le système de contrôle de flux du protocole TCP/IP, devenant de fait l'un des pionniers d'Internet. En 1975, le prototype du réseau Cyclades est prêt.

Le problème, c'est que bien avant d'appartenir à l'éditeur Internet bien connu, CNet était l'acronyme désignant le Centre national d'études des télécommunications des PTT, la société d'État regroupant à l'époque les postes et télécommunications. Or, les ingénieurs du Cnet voient d'un très mauvais oeil ce réseau décentralisé aux parcours aléatoires qui, disaient-ils, ne manquerait pas d'être engorgé.

« L'approche Télécoms, c'est le rail, explique le quotidien: des places réservées, des trains qui passent dans l'ordre les uns derrière les autres. L'approche informatique (le principe de commutation par paquets qui régit l'Internet), c'est la route: le choix entre plusieurs itinéraires pour aller d'un point à un autre, le risque de subir des embouteillages. »

Les télécommunicateurs l'emporteront sur les informaticiens et leur solution, le réseau Transpac, connaîtra son heure de gloire. Jusqu'à ce que la logique d'Internet le rattrape, dopée par la puissance économique américaine. « Ce que je regrette, c'est qu'on ait gâché un marché. On a tout bazardé aux Etats-Unis alors qu'on était leaders », conclut aujourd'hui Louis Pouzin.

Aux États-Unis, en effet, c'est le contraire qui s'est produit: les informaticiens l'ont emporté sur les télécommunicateurs. Aujourd'hui, ces derniers se convertissent à grand frais au protole TCP/IP afin de ne pas rater le coche de la téléphonie et des transfert de données de l'avenir.

Au fond, ce ne sont pas les États-Unis qui ont gagné une guerre que la France aurait perdu. Ce sont les informaticiens et leur vision organique qui ont eu raison de la vision hiérarchique des télécommunicateurs. C'est tant mieux pour tout le monde, non?

Détails dans le Cahier multimédia de Libération.

(1) L'IRIA est l'ancêtre de l'INRIA actuelle. Voir à ce sujet l'Histoire de l'Internet selon Vinton Cerf.
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