À quelques jours (?) du dépôt de la politique québécoise de déploiement des inforoutes, le magazine Info-Tech et le cyber-magazine Mémento publient un dossier critique fort bien documenté sur l'action du Fonds de l'autoroute de l'information (FAI) et les 110 millions de dollars qu'il aura dépensés au cours des quatres dernières années.
Tout n'est pas totalement noir dans ce constat, bien sûr, mais force est de constater que les millions investis l'ont été sans aucune vision d'ensemble, vision que seule aurait pu imposer une coordination au plus haut niveau. Le Premier ministre Lucien Bouchard n'a manifestement pas pris ce dossier à coeur et les ministères ont été plus ou moins livrés à eux-mêmes: « Un bilan ? Il n'y en pas: les données sont comptabilisés ministère par ministère, programme par programme. Une liste des projets inforoutiers financés par le gouvernement ? Elle n'existe pas. Une stratégie alors ? Au moment de mettre sous presse, elle n'avait toujours pas été rendue publique », écrit André Bélanger.
Les grands gagnants du généreux programme de subvention du Fonds auront été les organismes sans but lucratifs (OSBL), affirme-t-il. En 1996, les projets des secteurs culturels, de la communication et du secteur de l'éducation récoltaient plus de 60 % des 8 millions accordés, contre moins de 14 % pour les projets à caractère économique et touristique. Le reste étant constitué du secteur de la santé et des services sociaux ainsi que d'autres projets le plus souvent porté par des OSBL, Philippe Le Roux, un associé de la firme V(D)L2, saute vite aux conclusions: « Que l'on verse de l'aide aux OSBL et aux artistes pour les aider à prendre le virage informatique, d'accord, mais cessons de parler de FAI et parlons plutôt d'un programme d'aide à la culture », dit-il.
En l'absence de planification stratégique et de concertation, de nombreux millions ont ainsi servi à financer des échecs retentissants: le projet UBI, le Libertel de Montréal, l'AGORA... Et si certains des 126 projets financés par le Fonds ont été structurants, conclut André Bélanger, « On ne peut pas en dire autant du secteur du contenu, dont le développement s'est fait en marge ou en dépit de l'aide gouvernementale. Aucun des success stories de l'Internet québécois (les Webexpert, La Toile du Québec, Matinternet ou Branchez-Vous!) n'a bénéficié de l'aide gouvernementale. »
Le mot de la fin revient à l'universitaire Michel Cartier. « Il nous faut un rêve commun, une vision sociale où les rôles de chacun, tant le privé que le public, soient clairs, dit-il. Et ce rêve commun, c'est par le biais d'un débat public et d'une priorité réelle au sein du gouvernement qu'on parviendra à l'avoir. »
Il va sans dire que MULTIMÉDIUM s'associe globalement à cette analyse. Il nous semble extrêmement regrettable que le dossier des inforoutes ait été objectivement perçu au sommet de l'État québécois -- et les résultats le prouvent -- comme une bébelle culturelle, une division high tech de l'économie sociale, et non pas comme le secteur économique prioritaire et structurant qu'il est ou qu'il sera sous peu.
Il ne reste plus qu'à souhaiter que la politique annoncée début avril soit de nature à ne pas laisser le Québec en arrière, lui qui était si bien parti il y a trois ans, et que le gouvernement fasse preuve à l'avenir d'une plus grande maturité et d'une plus grande ouverture dans ce dossier stratégique pour l'avenir de notre société.
Rendez-vous, donc, le 3 avril -- si le le Premier ministre le veut.
Christian Aubry