Cette semaine passera peut-être à l'histoire comme celle du « Grand Schisme » entre les tenants de l'universalité du langage de programmation Java, rassemblés autour de Sun Microsystems, et ceux qui poursuivent l'objectif inverse, rassemblés autour de Microsoft.
En effet, la compagnie de Redmond et son alliée(1) Hewlett Packard (HP) ont fait bande à part la semaine dernière et l'on attend maintenant la réaction de la communauté des développeurs Java qui se réunit à partir de demain à San Francisco.
Netscape, Oracle et IBM figurent parmi les sociétés qui doivent annoncer, cette semaine, le support unifié d'Enterprise JavaBeans (EJB). Cette nouvelle norme développée par Sun permettra d'implémenter de nouvelles fonctionnalités Java sur les serveurs d'applications. Or, un représentant de Microsoft a affirmé la semaine dernière que sa compagnie ne la supporterait pas.
Il a expliqué cette attitude par le fait que Microsoft propose depuis longtemps une architecture comparable baptisée COM (Component Object Model) et que, d'après lui, EJB serait copié sur COM. Résultat: les deux architectures devront cohabiter et il faudra recourir à des logiciels spéciaux pour faire le pont entre les deux.
Microsoft a par la suite annoncé qu'elle combinerait COM avec son Microsoft Transaction Server (MTS) et que tous deux seraient intégrés en tant que services dans Windows NT 5.0. On comprit alors mieux son refus de supporter EJB mais il reste que la technologie de Microsoft est propriétaire et fermée alors que l'EJB est développé à code ouvert, pour le bénéfice de toute la communauté informatique, ce qu'on ne peut lui reprocher.
Comble de malheur pour les puristes, Hewlett-Packard (HP) vient d'annoncer la sortie d'une réécriture modifiée de Java destinée aux appareils électroniques. Ce module Java ne sera pas désigné comme "Java compatible" mais comme "Java compliant", histoire de ne pas tomber sous le coup de la loi. Comme par hasard, Microsoft est son premier client et implantera cette "machine virtuelle" dans Windows CE. HP justifie ce geste par le coût de licence trop élevé exigé par Sun Microsystems, qui détient les brevets originaux de la technologie Java.
Un tel « clônage » n'est d'ailleurs pas nouveau en informatique. Les BIOS des premiers "PC compatibles" étaient ainsi dérivés du BIOS original d'IBM au début des années 80, et il en fut de même pour le système d'exploitation DOS, qui a été clôné plusieurs fois.
Mais en s'écartant du credo universel de Java, "Write once run anywhere", Microsoft ne fait pas qu'offrir une autre alternative aux utilisateurs. Elle éloigne la possibilité que Java, qui pourrait rendre l'emploi de Windows inutile s'il était poussé jusqu'à ses limites ultimes, ne mette en péril son quasi monopole actuel sur les systèmes d'exploitation.
Voir les détails dans InternetWeek (Microsoft)...
... et InformationWeek (Hewlett-Packard).
Voir aussi le pathétique échange entre Nick Petreley, l'éditeur du magazine NC World et Rick Ross, fondateur du Java Lobby.
(1) Hewlett-Packard est associé de près à Microsoft, notamment en Europe. Les deux compagnies ont collaboré l'hiver dernier au projet e-Christmas et comptent toutes deux investir dans la formation d'enseignants en Europe, et notamment en France.
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