Les Américains ont jeté un regard amusé, voire triomphant, sur la Fête de l'Internet qui battait son plein dans l'Hexagone vendredi et samedi dernier. À les croire, il s'agissait plutôt de la « défaite de l'Internet ».
News.Com publiait vendredi soir une assez longue dépêche de Reuters sous le titre: « les Français disent "oui" à la Toile ». Notant que la France considérait pendant des années le phénomène Internet « avec prudence », l'agence indique qu'elle « plonge officiellement dans le cyberespace pour montrer avec quel enthousiasme elle embrasse désormais le réseau global. ». Puis elle en déduit qu'il s'agit d'un véritable « tournant pour le pays qui lança le premier service en ligne de masse -- le Minitel -- et le vit ensuite submergé par le réseau rival des États-Unis, l'Internet. » Polie, Reuters s'arrête là.
Le correspondant de CNN à Paris, Jim Bitterman (un nom que l'on traduira, vu les circonstances, par Pisse-Vinaigre :-), allait beaucoup plus plus loin, doutant carrément de la capacité d'amener sur Internet un pays « où l'on s'inquiète beaucoup des menaces d'hégémonie culturelle étrangère, où une université américaine a été poursuivie parce que son site Internet n'était rédigé qu'en Anglais, et où moins de 3 % de la population est branchée. »
Passant en revue quelques événements et déclarations de la Fête, Bitterman termine son papier en évoquant le procès de l'Internet organisé par l'Internet Society: « Comme le jury est surtout composé de cadres de l'industrie informatique, [Internet] ne devrait pas être jugée trop durement. Reste à savoir comment [elle] sera en dernier ressort jugé par les Français. »
Le verdict final -- déconnexion avec sursis conditionnel de dix ans -- n'a pas été commenté par CNN. Il y aurait pourtant du vinaigre à tirer de ce verdict ambivalent qui cache sans doute une sorte d'exorcisme. Le procès aura donné lieu, cependant, à plusieurs de ces envolées de l'esprit dont les Français ont le secret -- un secret que leur envient bien des intellectuels américains! :-)
Voir la dépêche de Reuters sur News.com.
Et l'amer papier de Bitterman sur CNN.