Depuis huit ans, le professeur Selmer Bringsjord enseigne la trahison à un robot-écrivain baptisé Brutus.1. Dans la Rome antique, Brutus avait fini par poignarder Jules César, son père adoptif. Brutus.1 volera-t-il un jour le Prix Nobel de son inventeur?
Directeur du programme "Esprit et machines" du Rensselaer Polytechnic Institute (RPI), le Pr Bringsjord ne croît pas qu'un ordinateur puisse être doté un jour d'une intelligence cognitive comme la nôtre. Mais qu'il puisse interragir avec notre intelligence de façon raisonnée et efficace, ça, il n'en doute pas une seconde.
Maintenant qu'on lui a appris la structure d'un récit et qu'on l'a nourri de mille petits morceaux d'expérience humaine, Brutus.1 peut élaborer tout seul de courts passages de fiction. En modifiant légèrement son programme, on obtient des variantes correctement ficelées.
Pourquoi fabriquer un ordinateur-écrivain? Parce que cela se rapproche plus de l'intelligence humaine qu'un joueur d'échecs électronique comme Deep Blue, le superordinateur d'IBM qui battait Garry Kasparov l'an dernier. « Le jeu d'échecs n'est qu'une manipulation de symboles n'ayant pas des sens particulier en-dehors du jeu, précise Selmer Bringsjord. La narration et les histoires sont au coeur de la structure des données humaines. »
Brutus.1 a réussi le test de Turing en mystifiant une écrivaine de Seattle qui, bien que n'accrochant pas sur son style, n'a jamais soupçonné qu'elle lisait une histoire écrite par une machine. Il s'agissait bien sûr d'une histoire de trahison -- un concept plus simple à décrire et donc à programmer que, par exemple, la qualité de ce qui est "intéressant".
En langage informatique, la trahison se résume à ceci: « vous partez d'un personnage, vous lui fabriquez des attentes par rapport à un autre personnage, puis vous créez un événement au cours duquel le second personnage blesse le premier en ne répondant pas à ses attentes. Fin de l'histoire. »...