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Levée de boucliers contre le contrôle américain des noms de domaine.

Canoë 
26/02/1998 16h39 

On assiste à une véritable levée de boucliers contre le projet américain de réforme du système de gestion des noms de domaine, présenté le 30 janvier dernier.

Cette controverse pourrait retarder d'un mois, estiment les opposants, la mise en service des sept nouveaux noms de domaine projetés par le Conseil des registraires (CORE), un organisme indépendant basé à Genève, qui ne compte aucunement reculer.

Les réactions négatives au projet américain commencent d'ailleurs à fuser de toutes part. L'Union européenne refuse le contrôle américain sur le système des noms de domaine (voir l'AFP) et France Télécom a exprimé les mêmes inquiétudes hier. Dans un autre registre, Educom, un regroupement de 600 collèges et universités américaines, adopte une position similaire, bien que plus nuancée.

Pour mémoire, le CORE a appris les tendances du fameux « Rapport Vert » du gouvernement à la mi-janvier. Lors d'une réunion tenue le 24 janvier, il avait décidé d'en négocier une refonte harmonieuse dans le sens qu'il préconise, ou alors d'en faire fi, purement et simplement, et d'aller de l'avant.

Le CORE base sa position sur le fait qu'Internet n'est plus un réseau essentiellement américain et que le gouvernement de ce pays ne peut s'en arroger la propriété, ce que le projet actuel sous-tend, d'après lui, même s'il prétend le contraire. De plus, le "plan Magaziner" (du nom du conseiller spécial en la matière de Bill Clinton) perpétue le monopole de Network Solutions (NSI) sur les domaines .com et .org, établit de nouveaux monopoles uniques pour les nouveaux noms de domaine projetés, confond les fonctions de gestion technique (registry) et de registraire (registrar), ne répond pas aux attentes des usagers et n'encourage nullement la compétition, garante d'un meilleur service.

En pratique, nous explique Jacques Bernier, président de MédiaFusion et membre du CORE, les tests décisifs du système de base de données nécessaire à la mise en place des nouveaux noms de domaine commenceront le 2 mars prochain. Et l'ouverture de ces domaines dans les serveurs de racine devrait avoir lieu un peu plus tard, sans doute en avril.

Finalement, le gouvernement américain dispose de peu de moyens pour empêcher cette mise en oeuvre, explique M. Bernier. Il n'a pour lui qu'un droit d'aînesse qu'il pourrait tenter de faire valoir devant les tribunaux, et le contrôle du serveur de racine "A", le point central permettant d'identifier les adresses Internet, qui se trouve chez NSI.

Mais le directeur de l'IANA, John Postel, a démontré par son détournement de ce serveur le mois dernier, dont il nous a expliqué la portée par courrier, que c'est bien son organisme qui a le contrôle ultime du système d'adressage. Or, l'IANA est un membre fondateur du CORE et préconise les solutions retenues par cet organisme.

« On est au coeur d'un mouvement profond, un moment charnière dans l'histoire d'Internet, conclut Jacques Bernier. D'un côté, un regroupement international dit qu'il ne faut pas de contrôle américain sur l'adressage Internet; de l'autre, le gouvernement dit la même chose mais, en pratique, veut faire exactement l'inverse. »

Voir le communiqué du CORE sur BusinessWire.
Voir le dernier communiqué de MédiaFusion sur la situation.
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