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Le projet de réforme des noms de domaine critiqué en Europe.

Canoë 
30/01/1998 16h38 

Le gouvernement américain a rendu public ce matin le document de travail tant attendu sur la réforme du système de gestion des noms de domaine (DNS). Prévoyant de transférer l'intégralité de cette responsabilité au secteur public en l'an 2000, il laisse sur leur faim les nombreux organismes qui souhaitaient que le processus se déroule beaucoup plus rapidement.

Le groupe de travail formé par l'administration Clinton propose de placer sous le contrôle d'un superorganisme à but non-lucratif toute la gestion des noms de domaine Internet. La nouvelle entité nommerait cinq organismes independants, les registraires. Chacun d'entre eux se verrait confier l'administration d'un nom de domaine de premier niveau (comme « .info », par exemple). Dans l'immédiat, le groupe de travail propose de n'ouvrir que deux nouveaux domaines, à caractère très commerciaux, « .vend » et « .store ».

Quatres organisations représentant les hautes instances morales et scientifiques de l'Internet, le CORE (Internet Council of Registrars), l'IANA (Internet Assigned Numbers Authority), le POC (Internet Policy Oversight Committee) et l'ISOC (Internet Society ), s'étaient entendues pour introduire rapidement sept nouveaux noms de domaine administrés par 88 sociétés privées à travers le monde. Celles-ci auraient été placées sous l'autorité centrale d'une IANA réformée afin de représenter équitablement les intérêts du secteur privé et du reste du monde, l'IANA étant à l'heure actuelle un organisme strictement américain.

Les présumés nouveaux noms de domaine sont d'ailleurs déjà en vente sur Internet auprès des registraires nommés par le CORE, une organisation basée à Genève. Dans une dernière tentative visant à infléchir la position du groupe de travail américain, le CORE et ses alliés ont fait connaitre leur position le 26 janvier dernier. Grande est, ce soir, leur déception.

Les européens dénoncent notamment le délai extrêmement long introduit dans la réforme et le fait que chaque domaine ne sera administré que par une seule entité, ce qui lui conférera un pouvoir exhorbitant. « Ce n'est pas un mauvais plan mais nous nous inquiétons du manque de reconnaissance manifesté à l'endroit des fournisseurs de service Internet, qui sont les promoteurs du réseau » a, pour sa part, expliqué Jim Dixon, président du regroupement d'associations de fournisseurs Internet européens Euro-ISPA, faisant remarquer qu'ils y investissaient des millions de dollars.

« Le POC et le CORE n'accepteront pas les projets du gouvernement américain », d'après Robert Shaw, membre actif du CORE et conseiller à l'Union internationale des télécommunications (UIT) de Genève. « Le contrôle exclusif accordé à des groupes commerciaux sur les noms de domaine est une cause d'inquiétude », a-t-il ajouté. Le CORE rencontrera prochainement le conseiller du président Clinton, Ira Magaziner (un nom prédestiné!), à la Maison Blanche pour lui exprimer leur opposition.

Le groupe de travail invite d'ailleurs la population américaine et les groupes internationaux concernés à lui exprimer leurs commentaires avant la remise du dossier au Congrès. Mais il ne faut pas se faire d'illusion. Dans l'introduction du document publié aujourd'hui, on insiste sur le fait que l'Internet est, au départ, une création du gouvernement américain qui y a investi, lui aussi, des millions de dollars. Manifestement, il compte s'en servir longtemps encore comme d'un puissant levier au service de sa politique économique -- et sous bonne garde.

Voir l'article de CNET résumant la situation.
Voir les réticences européennes qui s'expriment sur TechWeb.
Voir notre traduction du document de travail.
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