Alors que l'on attend toujours le Green Report de l'administration Clinton, qui indiquera la position du gouvernement américain dans le dossier des noms de domaine Internet, le Conseil des registraires (CORE) s'inquiète d'un certain flottement risquant de prolonger l'anarchie actuelle pendant encore un ou deux ans (voir notre nouvelle du 16 janvier).
M. Jacques Bernier, président de la société montréalaise de production et services multimédias MédiaFusion, s'est rendu la semaine dernière à Washington pour participer à une réunion du CORE à ce sujet. Notons que MédiaFusion est membre à part entière du CORE, ayant été sélectionnée parmi les 88 registraires qui, dans le monde, administreront la gestion des nouveaux noms de domaine.
M. Bernier y a notamment appris que le Green Report entérinera sur le fond les concepts mis de l'avant par le CORE mais créera un flou juridique en étalant leurs mise en place sur une période intérimaire pouvant aller jusqu'à deux ans et demi. Face à cette appréhension, le CORE, l'ISOC, l'IANA et le POC -- tous les organismes internationaux impliqués dans l'affaire -- ont signé un document conjoint indiquant qu'ils feront le nécessaire pour que la nouvelle donne dans l'attribution des noms de domaine soit en place au plus vite, que le gouvernement américain soit d'accord ou non.
Entretemps, les 88 nouveaux registraires sont à l'oeuvre un peu partout dans le monde, enregistrant, moyennant 99 dollars US, de nouveaux noms de domaine qui seront activés en mars prochain. Le problème, c'est que la base de données centralisée qui évitera les doublons, le Shared Registry System, ne sera mise en place que le mois prochain. D'ici là, rien n'indique qu'un nom de domaine dûment enregistré ne sera pas simplement rejeté lorsqu'on s'apercevra qu'une entrée antérieure existe chez un autre registraire.
Que faire contre cette incertitude? Rien, si ce n'est de prendre un minimum de précaution au niveau de chaque registraire.
« Contrairement à certains qui enregistrent les mêmes noms trois ou quatre fois, explique M. Bernier, nous vérifions dans notre propre base de données si les noms demandés n'existent pas déjà. Nous limitons ainsi notre queue d'entrées à un minimum de noms. De ce fait, bien que nous ne puissions rien garantir tant que la base de données centrale ne sera pas en place, nos clients sont au moins assurés d'avoir un potentiel plus élevé de confirmation s'ils enregistrent chez nous. D'autre part, afin d'éviter le warehousing [petite arnaque constituant à enregistrer le maximum de noms possible pour les revendre ensuite au plus offrant, NDLR], nous avons décidé qu'une partie du montant versé à l'inscription serait non remboursable. Nous nous assurons ainsi d'avoir affaire à des clients sérieux ».
Le Green Report tant attendu devrait sortir, dit-on à Washington, dans le courant de la semaine. Mais il se peut qu'il soit encore retardé tant les conseillers de la Maison Blanche sont occupés, ces jours-ci, avec la fameuse affaire Clinton-Lewinsky.