Jérôme Cartillier
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L'Amérique face aux tweets de Donald Trump

L'Amérique face aux tweets de Donald Trump

Le style lapidaire de Trump sur Twitter plaît à ses supporteurs.Photo Jewel Samad / AFP

Jérôme Cartillier

Le tweet surprise Trump du jour est...

Trois semaines après son élection à la tête des États-Unis, Donald Trump n'a pas rompu avec son style de campagne. Sauf qu'il est désormais président élu de la première puissance mondiale et que chacun de ses faits et gestes est scruté avec une attention démultipliée.

Or le septuagénaire raffole du style lapidaire (140 caractères) propre à Twitter, réseau social qui compte plus de 300 millions d'utilisateurs actifs à travers le monde.

Un jour, il dénonce - contre toute évidence - des «fraudes massives» lors du scrutin présidentiel, un autre il suggère - à rebours des décisions de la Cour suprême - de mettre derrière les barreaux toute personne qui brûlerait le drapeau américain.

A chaque fois, les mêmes interrogations: est-ce une véritable proposition politique, entend-il légiférer sur ce thème, voire réformer la constitution? Ou, à l'inverse, une saute d'humeur, une indignation passagère, voire un coup politique pour tenir sa base en haleine?

Pour les journalistes, une interrogation lancinante: quelle importance accorder à ces tweets colériques que l'équipe du président élu elle-même a souvent du mal à étayer ou à défendre? Les ignorer? Les mettre en relief? Le débat fait rage dans les salles de rédaction.

David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama, y voit un leurre, d'une redoutable efficacité, pour détourner l'attention de la «vraie histoire»: la mise en place chaotique de ses équipes depuis la Trump Tower, à New York, devenu l'épicentre de la vie politique américaine.

Difficile pourtant de faire l'impasse sur ces messages envoyés à ses plus de 16 millions d'abonnés, d'autant que, depuis son élection surprise face à Hillary Clinton, l'homme d'affaires n'a pas participé à la moindre conférence de presse.

Tout en retenue

Dans un style qui tranche singulièrement avec celui de Barack Obama, le premier homme élu à la présidence des États-Unis sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, casse tous les codes.

Lors de la mort du père de la Révolution cubaine, dossier diplomatique sensible pour les États-Unis, il articule sa réponse en trois temps.

«Fidel Castro est mort!», lance-t-il sur Twitter. Quelques heures plus tard, il dénonce dans un communiqué le parcours d'un «dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple». Deux jours plus tard, il menace, d'un tweet, de mettre fin au dégel avec Cuba si le régime communiste n'évolue pas en profondeur.

Certains, dans son camp, s'agacent.

Le sénateur républicain Lindsey Graham a mis mardi au défi le président élu de prouver ses accusations sur la fraude électorale, lancées dans une cascade de messages lapidaires.

«Si vous croyez vraiment que des millions de gens ont voté illégalement, vous devriez présenter des preuves, car votre voix n'est plus une voix ordinaire parmi d'autres. Et s'il n'y a pas de preuves, arrêtez!»

Exaspéré, John McCain, figure républicaine du Sénat, a lui tout simplement averti les journalistes qu'il ne répondrait plus aux questions sur les déclarations de Trump...

Soucieuse de mener à bien une transition en douceur, l'administration Obama évite de critiquer trop frontalement les propositions du camp Trump.

Mais son porte-parole Josh Earnest ironise volontiers sur le mode de communication singulier du magnat de l'immobilier. «Je laisse le président élu et son équipe s'expliquer sur les mots qui remplissent son fil Twitter...», a-t-il lancé cette semaine.

Dans son éditorial de mercredi, le New York Times, tour à tour qualifié de «malhonnête» et de «joyau américain» par Donald Trump, dénonce la façon dont ce dernier galvaude la parole présidentielle.

«Il tweete, il provoque, il trolle. Il maîtrise une vaste plateforme. Mais il faut le dire, et le redire. Cela n'est pas normal. Cela abaisse la présidence», estime le quotidien.

Mercredi matin, au moment où Steve Mnuchin, banquier de Wall Street, annonçait lui-même sa nomination au poste de secrétaire au Trésor, Donald Trump tweetait sur sa mise en retrait prochaine de ses affaires immobilières. Tout en restant dans le flou complet sur le montage retenu.

Après le temps de la campagne et celui de la transition, viendra, à compter du 20 janvier, celui du Bureau ovale.

«Je serai tout en retenue» sur les réseaux sociaux, a assuré Donald Trump dans l'un des rares entretiens accordés peu après son élection.

Nombre d'Américains - qu'ils soient farouches partisans ou virulents détracteurs du tribun populiste - en doutent.

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