La STM est parodiée sur Twitter

Faux

 Photo Twitter


Ewan Sauves

MONTRÉAL - Sur la twittosphère québécoise, les comptes parodiques se multiplient à une allure hallucinante. Politiciens, artistes, institutions scolaires: personne n'échappe à cette tendance 2.0. Pour mieux comprendre le phénomène, «24 h» s'est entretenu avec les créateurs du compte @faussestm qui connaît un succès fou sur la Toile.

Lors de la Nuit blanche, une foule grouillante a envahi le centre-ville de Montréal. Sur le réseau social Twitter, deux internautes malicieux informaient les fêtards des difficultés rencontrées par l'ensemble du réseau de la Société de transport de Montréal (STM).

«Pour l'occasion, nos métros seront ouverts toute la nuit, mais il y aura interruption de service de 1h à 5h30», ont-ils écrit sur Twitter, quelques heures avant l'évènement.

«Nous vous rappelons que chaque navette gratuite ce soir est un bus de moins qui va passer lundi matin», ont-ils lancé, entre autres, le soir des festivités.

Depuis l'été dernier, John* et Marie* prennent un plaisir fou à parodier le compte Twitter de la STM. Créateurs de @faussestm, les deux amis envoient trois messages par jour dans le but de se moquer des services offerts aux usagers.

Et les gazouillis sont des plus cuisants : la STM encouragerait dorénavant l'industrie montréalaise du taxi, assumerait pleinement les conséquences de ses retards fréquents et appellerait même ses clients à manifester.

«Le but n'est pas du tout d'être méchant ou d'attaquer la STM, ont expliqué John et Marie, deux utilisateurs du transport en commun. Elle est plus ou moins à l'écoute de sa clientèle, il y a très peu d'interaction et il n'y a pas de porte-parole visible, alors on a donc décidé de jouer un peu là-dessus.»

Beaucoup de frustration

Avec tout près de 4000 abonnés sur Twitter, le faux compte provoque un véritable engouement sur la twittosphère. Les interactions avec les internautes sont nombreuses et plusieurs jugent même approprié de «retweeter» les messages envoyés par les deux plaisantins.
«Les gens sont vraiment drôles! ont-ils lancé en ricanant. Notre politique éditoriale est un peu comme celle de la STM, donc on préfère ne pas leur répondre.»

«Les usagers chialent beaucoup, ils ont besoin de se défouler. On sent beaucoup de frustration dans les réponses que l'on reçoit», ont ajouté les deux amis.

Là pour rester

La STM n'a pas jugé nécessaire de commenter le sujet, puisqu'aucun incident ou accrochage majeur ne serait survenu depuis la création de @faussestm. La porte-parole Amélie Régis a toutefois précisé que les gestionnaires du compte ont dû changer leur photo d'accueil, qui ressemblait trop à celle du transporteur public.

John et Marie sont persuadés que leur compte aura longue vie. Ils continueront de «tweeter» tant et aussi longtemps que la STM leur «fournira du matériel».

«Ce n'est pas comme s'ils pouvaient nous bannir ou nous retirer nos privilèges OPUS, s'exclament-ils. On ne prend pas ça comme un emploi, mais plus comme une connerie qui a pris une proportion surprenante.»

*Noms fictifs

Faux comptes Twitter: un phénomène viral

Si Twitter regorge d'imposteurs, c'est parce que le Web est devenu un exutoire pour exprimer ses frustrations, estime Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing de l'UQAM.

«En créant ces comptes, on peut garder notre anonymat et nous permettre certains comportements et certains propos», a expliqué M. Motulsky.
Ces initiatives ne sont pas sans danger. «Si on prend ce qui est dit au sérieux, il y a des risques de confusions d'identités», a-t-il ajouté.

Exemples de «tweets»

«Rappel: nous avons dit que le métro serait ouvert toute la nuit, mais nous n'avons jamais dit que les trains rouleraient.» (3 mars)
«Nous tenons à rendre hommage aux bâtisseurs de la station Jean-Talon. Ils sont encore là-dedans quelque part, à chercher comment sortir.» (22 février)
«Le saviez-vous? La 27 St-Joseph porte le même numéro qu'Alex Galchenyuk parce qu'elle non plus, elle ne passe jamais.» (16 février)
«La 94 D'Iberville. (Rien à ajouter, c'est assez une blague comme ça).» (13 février)
«Ralentissement de service sur les lignes orange et verte. Parce que si on ralentit la ligne bleue encore plus, elle va se mettre à reculer.» (7 février)

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