Tout est numérisé et théoriquement accessible sur internet, une toile mondiale. Notre vie privée est exposée à tous. Il n'est plus possible d'y échapper. Depuis notre appendicite jusqu'à nos REER, en passant par les chansons que l'on préfère et une photo prise de nous dans la rue.
Google Earth a ainsi publié des images de gens anonymes immortalisés au coin d'une rue. Mais que se passe-t-il s'ils se reconnaissent? Leur intimité est-elle violée? Sur Facebook, ou même à partir de nos courriels, des firmes étudient nos goûts pour affiner leurs campagnes de publicité. Plus grave, notre dossier de santé et nos références de cartes de crédit peuvent être stockés dans un pays lointain qui n'est pas soumis à nos règles de droit. Comment va-t-on protéger la centralisation envisagée de nos dossiers médicaux?
Les Canadiens particulièrement vulnérables
Selon une étude de ComScore, les Canadiens sont les plus gros utilisateurs d'internet au monde et restent connectés plus de 40 heures par mois en moyenne, plus de deux fois la moyenne mondiale. Dans ces conditions, nous sommes davantage disposés qu'ailleurs à diffuser nos données personnelles à tout vent.
La nouvelle mode de stockage des informations « dans les nuages », c'est-à-dire dans des lieux de stockage de données répartis dans le monde entier, pose la question de leur protection, en l'absence de règles universelles.
C'est également au pays que la question de la protection des données personnelles a eu le plus grand retentissement, grâce à l'enquête sur Facebook menée en 2010 par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada. Le constat était accablant : internet est devenu un espace commercial qui se finance par la vente des données personnelles. Le modèle économique des réseaux sociaux et des sites de courriels sans frais est fondé sur la fourniture gratuite d'un lieu de partage de données personnelles, qui sont ensuite vendues aux publicitaires. Mais les utilisateurs ne le savent pas pour la plupart.
Des règles de protection indispensables
Comment mettre sur pied des règles acceptées par tous pour protéger les renseignements personnels? Un tribunal ontarien vient de créer un nouveau concept de protection des données en sanctionnant sévèrement toute intrusion dans le cyberespace intime d'une personne.
Google a décidé de simplifier ses règles de confidentialité. Un document unique va garantir plus de transparence et une liberté de choix réelle aux internautes.
En Europe, la Commission européenne prépare un nouveau règlement avec des amendes salées, qui s'appliquera à tous les États membres et aux entreprises qui offrent leurs biens et services en Europe, même si leurs serveurs sont basés ailleurs. L'objectif est de mieux contrôler l'utilisation des données personnelles numérisées, en facilitant notamment le droit à l'oubli, c'est-à-dire à l'effacement des données vous concernant.
Le gouvernement canadien a fait voter la Loi sur la protection des renseignements personnels du Canada. Equifax Canada, un organisme utilisé par les banques pour évaluer la solvabilité de leurs clients, s'est engagé sur un énoncé des droits fondamentaux des consommateurs en matière de traitement de leurs données personnelles.
Voici des exemples qui montrent qu'il est possible de prendre des mesures raisonnables pour protéger les renseignements personnels. C'est avant tout une question de volonté d'imposer des règles qui ont des dents. Tous ces sujets sont abordés par des spécialistes, chaque année, lors de la Journée de la protection des données, qui a lieu samedi. L'événement, qui a une portée planétaire, est organisé par l'Alliance nationale de la cybersécurité créée par le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis.