Daniel Abelous
AFP

SmartFaust, des applis donnant des concerts sans instruments

SmartFaust, des applis donnant des concerts sans instruments

Photo Fotolia

Daniel Abelous

LYON - Donner un concert sans savoir jouer d'un instrument: c'est le pari un peu fou de «SmartFaust», une série d'applications numériques qui permettent de produire des sons en manipulant son téléphone.

C'est dans le cadre de la Biennale «Musiques en Scène», dont la 8e édition se tient jusqu'à dimanche à Lyon, que le concept est né il y a deux ans pour faire participer spontanément le public à une création musicale autour des nouvelles technologies, sans exiger de lui une compétence particulière.

«Je m'adresse aux curieux, aux gens qui sont sans idées préconçues», souligne le compositeur Xavier Garcia, choisi par le Grame, le centre national de création musicale de Lyon à l'origine de la biennale et du projet.

Au total, treize applications correspondant à un instrument de musique ou une sonorité, ou plusieurs, composent «SmartFaust» et peuvent être téléchargées gratuitement sur les plateformes Android ou App Store.

Il suffit ensuite de suivre la gestuelle du chef d'orchestre avec son téléphone pour générer bruits et sons qui varient selon l'amplitude et la rapidité des gestes. Le pianotage sur l'écran est exclu. Sauf pour changer d'application, au gré de la partition.

«Il y a des réverbérations, le passage du grave à l'aigu, des changements de volume et de timbre aussi. Ce sont toutes ces composantes du son qu'on fait varier», expliquait Xavier Garcia lors d'un «flashmob» pour «chœur» de téléphones organisé un soir de mars au Musée des Confluences, entre Rhône et Saône.

Venu de l'espace

Suivant leur chef d'orchestre, une quarantaine de profanes retournaient leur smartphone sur le dos, le plaçaient sur la tranche ou lui faisaient faire des moulinets, créant ainsi une singulière mélodie composée de «bips» électroniques.

«C'est assez intriguant, assez déconcertant. Tout le monde fait le même geste au même moment et ça fait un bruit comme venu de l'espace», commentait Jean-Baptiste Legouy, 28 ans, après avoir participé à l'expérience. «Autant de personnes qui peuvent générer un son comme ça, juste avec des téléphones, c'est très impressionnant!» s'enthousiasmait François, un lycéen de 18 ans.

Durant la Biennale, des concerts participatifs «SmartFaust» ont eu lieu à l'Hôtel de Ville de Saint-Étienne et dans des trains.

«C'est différent de la musique traditionnelle. Et pas si évident que ça, le geste surtout est particulier. Moi je fais du violon au conservatoire mais ça ne m'a pas forcément aidé», confiait une participante au concert joué dans la Loire où les sons des téléphones répondaient à des percussions.

Les morceaux pour smartphones peuvent durer jusqu'à une quinzaine de minutes. Et sont étudiés dans des écoles de la région grâce à la plateforme web «Faust Audio Playground», qui permet la conception d'applications musicales et repose sur le langage de programmation «Faust», conçu également au Grame.

«Quand on veut faire un instrument de musique (numérique), il faut pouvoir le décrire et il faut pour ça une sorte de vocabulaire. Nous, on élabore des vocabulaires spécialisés», explique Yann Orlarey, directeur scientifique du centre national de création.

«Est-ce que c'est de la belle musique, est-ce que c'est de la musique tout court je n'en sais rien, en tout cas il y a du musical là-dedans et je trouve très intéressant de le faire toucher du doigt à un public de non-musiciens», conclut Xavier Garcia.

Aussi sur Canoe.ca:



Cliquez sur «J'aime» pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos