Devrait-on surveiller à distance le téléphone de son enfant?

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Tupac Pointu

PARIS - Face à la généralisation des téléphones intelligents, y compris chez les plus jeunes, la tentation est grande pour les parents de gérer à distance le nombre d'appels ou de textos de leur enfant, de contrôler ses téléchargements ou de le géolocaliser, quitte à susciter la controverse.

Disponible à partir de jeudi, uniquement sur Android, e-zyou est une nouvelle application développée par la société française e-medicis, basée à Paris. Une fois téléchargée sur le téléphone intelligent de leur enfant, elle permet aux parents d'accéder à un portail parental sécurisé via un code.

De là, ils peuvent paramétrer le téléphone intelligent de leur progéniture pour gérer le nombre des appels et textos en fonction de tranches horaires (et les interdire durant les cours, par exemple), donner leur feu vert à telle ou telle appli, géolocaliser leur enfant et déterminer des zones géographiques autorisées au-delà desquelles les parents sont prévenus par texto.

En outre, un bouton de raccourci «Urgences» permet d'alerter les services de secours, prévient les parents par texto et/ou courriel et fournit les renseignements essentiels (allergies, personne à contacter) sur l'enfant.

En dehors de la version de base gratuite, il faut payer entre 5 et 7,5 euros par mois (en fonction de la durée de l'abonnement) pour avoir accès à toutes les fonctionnalités.

Flicage?

Pour autant, pas question de flicage, se défend le directeur général d'e-medicis Germain Brion, alors que ce type d'application suscite la controverse. Il s'agit plutôt «d'accompagner l'enfant dans son apprentissage de l'utilisation d'un téléphone intelligent», assure-t-il.

D'ailleurs, «le contenu des messages ou photos n'est pas consultable par les parents, afin de respecter l'intimité de l'utilisateur», a-t-il précisé.

Or, même si la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) rappelle qu'un parent qui géolocalise son enfant mineur via son téléphone intelligent est dans son droit, il s'agit d'unmarché  qui joue sur les peurs des parents en «cherchant à les rassurer», rétorque Jean-Marc Manach, journaliste spécialisé sur les questions de protection de la vie privée.

Selon une étude TNS-Sofres d'octobre 2012, la majorité des parents (78%) offrent un mobile à leur enfant pour pouvoir le joindre.

«Dès le primaire, vous avez des jeunes enfants avec un téléphone. Les parents ont le sentiment qu'ils vont pouvoir joindre leur enfant, ça les sécurise», confirme Valérie Marty, la présidente de la Peep, deuxième fédération des parents d'élèves, qui se dit en revanche «très réservée» sur la géolocalisation car «il n'y a pas d'éducation sans confiance».

Pour Jean Jacques Hazan, président de la FCPE, première fédération de parents d'élèves, «on veut donner des outils que l'on considère comme étant à risque et on veut les brider, c'est un peu contradictoire, non?»

«Les études ont montré qu'au petit jeu du chat et de la souris, les adolescents sont souvent beaucoup plus forts que les parents. Du coup, on a des profils d'utilisateurs de réseaux sociaux, qu'on appelle les profils de l'ombre, qui avancent masqués parce que surveillés par les parents et arrivent à contourner la surveillance. Ils prennent des habitudes de conspirateurs», estime quant à lui le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron.

Co-auteur d'un avis sur «L'enfant et les écrans», qui sera présenté par l'académie des sciences le 22 janvier, il juge que le type d'application proposé par e-medicis donne «une perception très négative de la société numérique qui est pensée pour l'échange et l'interaction et non pas pour la surveillance. Ca encourage l'enfant à entrer dans une vision paranoïaque. Il faut absolument résister à la tentation de surveiller les enfants».

«Il n'y a aucune application qui remplace le dialogue familial», conclut-il.


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