Pascale Mollard-Chenebenoit
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Intelligence artificielle: les risques doivent être anticipés

Intelligence artificielle: les risques doivent être anticipés

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Pascale Mollard-Chenebenoit

PARIS - À construire des machines qui le surpassent peu à peu, l'homme serait-il en train de jouer à l'apprenti sorcier? Les progrès de l'intelligence artificielle promettent de belles avancées mais la société doit anticiper les risques liés à ces nouvelles technologies, soulignent des experts.

Une nouvelle marche a été gravie, avec la victoire d'AlphaGo, un programme informatique de Google qui a battu mardi par 4 à 1 le champion du monde de go, jeu extrêmement complexe.

L'intelligence artificielle a beaucoup progressé ces dernières années, notamment dans la reconnaissance d'image ou vocale, l'analyse de vidéo, la compréhension des langues.

«Tant que l'on considère des tâches très cadrées, la machine peut lutter et finit par nous dépasser», constate Olivier Teytaud, chercheur à l'Inria, l'Institut national français de recherche en informatique.

«Mais la machine est incapable d'approcher les performances humaines par exemple sur les questions de bon sens, comme savoir si les éléphants font de la peinture à l'huile. Ou sur les tâches mal spécifiées et inattendues: aucune machine ne peut décider d'une stratégie d'entreprise ou gérer un pays... et encore moins programmer AlphaGo!», ajoute-t-il.

Anthropologue à l'Université de Genève, Daniela Cerqui estime pour sa part qu'il ne faut pas perdre de vue «la logique de profit» recherchée, selon elle, par les groupes impliqués dans l'intelligence artificielle.

À ses yeux, «ce n'est pas un hasard si c'est le géant américain Google qui a conçu AlphaGo».

Depuis des années, les craintes de voir les machines prendre le dessus sur l'homme ont nourri nombre de romans et de films comme 2001: Odyssée de l'espace avec son ordinateur meurtrier ou Terminator et son robot exterminateur.

Mais pour Yann Le Cun, directeur du laboratoire d'intelligence artificielle de Facebook, «il n'y a pas de danger - en tout cas dans les décennies à venir - d'un scénario à la Terminator où les robots domineraient le monde». «C'est complètement improbable».

Gare aux cyberattaques

«Nous sommes très loin actuellement de pouvoir construire des machines suffisamment intelligentes pour pouvoir» prendre le dessus sur l'homme. «Nous n'avons pas idée des principes de base qui pourraient nous permettre de faire cela».

Et l'une des parades consisterait à «aligner leur comportement intime sur l'intérêt de l'humanité» en leur inculquant «d'une certaine manière une morale», considère ce chercheur.

Lorsque «les gens parlent d'un risque de perte de contrôle de l'homme« face à la machine, «ils imaginent souvent des scénarios de science fiction», relève Thomas Dietterich, de l'Université de l'Oregon. «Mais il est plus probable qu'il y aura des erreurs de programmation pouvant conduire dans certains cas à des pertes de vie humaines», avertit ce professeur, président de l'AAAI, une association de promotion de l'intelligence artificielle basée en Californie.

Autre risque, selon lui, les cyberattaques dont pourraient être victimes les algorithmes d'intelligence artificielle. S'ils pilotent des voitures, ou animent des robots, cela pourrait devenir problématique...

Pour éviter de se retrouver dans la situation «de l'apprenti sorcier», il faudra être «très attentif à ce que nous demanderons à un ordinateur ou à un robot car il fera ce que nous lui avons demandé«, relève M. Dietterich. Si vous ordonnez à votre voiture autonome de vous emmener à l'aéroport «le plus vite possible», va-t-elle rouler à 300 km/heure en écrasant les piétons?, s'interroge-t-il. Il faudra lui avoir donné préalablement des instructions précises.

La révolution de l'intelligence artificielle et de la robotique est en marche et elle pourrait laisser bien des personnes sur le bord de la route, soulignent certains chercheurs.

«Les risques tiennent notamment à la mise au chômage des personnes dont les emplois seront occupés par des machines», relève Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste de l'intelligence artificielle à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris.

«Ils tiennent aussi à la solitude des personnes, comme les personnes âgées, dont on se déchargera en ayant recourt à des machines», estime-t-il.

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