Erwan Lucas
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Course de vitesse pour un réseau destiné aux objets connectés

Le Mobile World Congress 2016 en 12 temps

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Erwan Lucas

BARCELONE - Comment faire fonctionner un réseau qui servira aux innombrables objets connectés qui vont déferler? Le marché est en devenir et de la jeune entreprise au grand groupe, plusieurs acteurs sont engagés dans une course acharnée à l'issue incertaine vu que les normes ne sont pas définies.

Voitures, réfrigérateurs, machines-outils, etc., plusieurs dizaines de milliards d'objets connectés sont attendus dans les prochaines années, selon différentes estimations. Parmi eux, un grand nombre seront équipés de capteurs de toutes sortes et auront besoin d'un réseau longue portée et basse consommation.

«Pour l'heure, le marché est assez résiduel mais cela va évoluer peu à peu, en particulier lorsque l'industrie traditionnelle entrera dans la transformation numérique», souligne Emmanuel Mouton, PDG de la jeune entreprise montpelliéraine Synox spécialisée dans la mobilité et les objets connectés, présente au Congrès mondial de la téléphonie mobile (MWC) de Barcelone.

Pour les accueillir, plusieurs acteurs, de la jeune entreprise à l'association de grands groupes, ont mis au point des technologies permettant de proposer des réseaux à bas prix pour connecter des objets consommant peu de bande passante et d'énergie.

«On trouve plusieurs technologies pour répondre à ce besoin, on en recense entre 15 et 20. Et elles visent toutes le même marché, le suivi intelligent et la ville connectée mais, bien que l'on puisse voir quelques débouchés, cela reste limité à l'heure actuelle», explique Samuel Ropert, spécialiste de l'internet des objets à l'Idate, groupe de réflexion sur l'économie numérique et des télécommunications.

Chacun ambitionne de devenir rapidement la référence, sous peine de disparaître avant même que la demande ne prenne son envol.

Beaucoup ne survivront pas

«C'est une course qui est en partie médiatique car aucun de ces acteurs n'est une norme pour l'heure mais tous aspirent à le devenir au moins de facto. Il est évident que, dans les cinq ans, beaucoup n'auront pas survécu, il leur faut donc convaincre dès maintenant», ajoute M. Ropert.

D'autant que, de plus en plus, des solutions alternatives commencent à se former, qui viennent en concurrence frontale avec les solutions proposées par les créateurs et les opérateurs de réseaux dédiés.

«Vous avez de grandes entreprises qui posent leurs propres réseaux afin d'être autonomes sur cet aspect et maîtriser leur flux de données. Du côté des collectivités, il y a une volonté de disposer de leur propre réseau, dans la perspective de la ville intelligente, plutôt que de voir plusieurs réseaux se déployer», explique M. Mouton.

Ainsi, au Royaume-Uni, c'est le régulateur qui a imposé l'utilisation d'une technologie particulière pour les compteurs intelligents, fermant ainsi le marché.

Pour les grands groupes, gérer son propre réseau s'intègre dans un programme de renouvellement plus large de leurs équipements, l'installation d'un réseau dédié ne représentant qu'une fraction de l'investissement global, ce qui la rend parfaitement supportable.

Un choix fait par exemple par le groupe français Veolia qui dispose de sa propre filiale, M2ocity, avec sa propre technologie afin de gérer sa flotte de compteurs d'eau intelligents, et la développe également vers la ville connectée.

«Le groupe dispose de son propre réseau depuis une dizaine d'années mais a créé sa filiale en remportant en 2010 le contrat du syndicat des eaux d'Ile de France (la région parisienne, ndlr), un des plus gros d'Europe. La volonté a été d'industrialiser le télérelevé de nos compteurs d'eau», dit ainsi Elise Feuillepain, PDG de M2ocity.

Pire, les acteurs spécialisés risquent de voir apparaître une nouvelle concurrence, celle des opérateurs de télécoms, qui mettent au point de nouvelles technologies pour adapter aux objets connectés leurs réseaux largement implantés.

En ce sens, les travaux réalisés autour du LTE-M, le 3G adaptée aux machines, ou le NarrowBand-IoT (NB-IoT), technologie à bas prix pour des objets connectés ayant une longue durée de vie, comme les capteurs, pourraient largement rebattre les cartes.

Et le 5G qui se profile pour 2020 vise à connecter tant les humains que les objets.

«Il y a actuellement une fenêtre de tir à ne pas rater car tous ne survivront pas. Et pour ceux qui resteront dans les cinq ans à venir, le NB-IoT ou le LTE-M décanteront pas mal de choses, avec une technologie qui sera tout de suite globale et normée», conclut Samuel Ropert.

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