André Péloquin
Agence QMI

On a parlé de gros sous et de passion avec des fans de jeux vidéo rétro

On a parlé de gros sous et de passion avec des fans de jeux vidéo rétro

Julien Ouellette de Souffle dans cassette qui discute avec un visiteur.Photo: André Péloquin

André Péloquin

Samedi. 10 h 45 du matin à l'église Saint-Ambroise.

Une vingtaine de personnes font la file. Des jeunes hommes, surtout, mais aussi une poignée de têtes blanches, les bras bardés de gros sacs et de liasses.

Deux messes se déroulent aujourd'hui. Au rez-de-chaussée, c'est le sermon du matin. Au sous-sol, c'est plutôt la «réunion» du Club des collectionneurs de jeux vidéo du Québec, un «marché aux puces» saisonnier où fanas de jeux vidéo rétro de Montréal et d'ailleurs se retrouvent pour dénicher une aubaine ou encore brasser de grosses affaires.

De l'homme d'affaires au père monoparental

En entrant dans la salle, le premier kiosque est celui de Christian Audet, père monoparental de trois enfants, collectionneur et un des administrateurs du groupe Facebook. «C'est une passion qui rassemble des pères, mais aussi des hommes d'affaires, des jeunes, des métalleux, des nerds, des geeks», note-t-il, flanqué de son fils Mickael «C'est incroyablement rassembleur», ajoute-t-il en pointant un couple arpentant les allées avec leur bébé.

Parmi ses grosses ventes récentes, on compte Dragon Fighter (500 $) et Cowboy Kid (350 $), deux jeux Nintendo parus respectivement en 1990 et 1991. Côté gros achats, Christian a déjà mis la main sur un exemplaire de Panic Restaurant, un jeu NES lancé en 1992, pour 450 $. «Aujourd'hui, la cassette peut chercher jusqu'à 800 $ sur eBay», note-t-il, pas peu fier.

Après vérification, on trouve même une édition complète et en bonne condition à 1291 $ américains (1590 $ canadiens) sur le site aux enchères.

Petit groupe devient grand

Bien qu'actif depuis 1999, le Club des collectionneurs de jeux vidéo du Québec a pris son essor il y a deux ans à l'aide d'un groupe Facebook rassemblant aujourd'hui plus de 2800 «retrogamers» qui s'échangent, vendent ou achètent des jeux d'antan sous la valeur du marché actuel.»À la réunion précédente, on avait loué que la moitié de la salle. Nous sommes passés de 12 tables de vendeurs à 40. On va devoir trouver un local encore plus grand, je crois!», poursuit-il, scrutant la foule de plus en plus compacte.

Évidemment, la nostalgie explique beaucoup cette passion, mais ce n'est pas tout. «Avec le rétro, il n'y a pas de mises à jour imposantes ou de microtransactions pour profiter au maximum du jeu. C'est du plaisir immédiat!»

N'entre pas qui veut

Audet justifie le succès de son groupe à son nombre restreint d'abonnés. «Il y a un gros travail de filtrage!», confie Audet. «On tente d'éviter l'inscription de revendeurs qui profitent des ressources du groupe pour acheter au rabais et revendre à gros prix».

Victime de sa popularité, cette passion est devenue malgré elle une industrie en soi.

Des jeux évalués à une vingtaine de dollars il y a quelques années se vendent aujourd'hui à 150 $ sur les sites de reventes habituels, déplore Christian. «Quand je me suis lancé dans le «full set NES» [NDLR: les 679 jeux Nintendo parus sur le marché nord-américain], j'avais calculé que j'aurais besoin de 6000 $ pour y arriver. Il y a un an ou deux, il ne me manquait plus qu'une vingtaine de jeux... et j'avais toujours besoin de 6000 $ pour les acheter. Bref, j'ai abandonné. Ça coûte trop cher maintenant!»

Point positif toutefois: le marché du jeu vidéo rétro contribue à l'essor de nouvelles carrières. On le constate avec la présence de Karl Robert, aussi membre du collectif de collectionneurs Power Chasers, et Julien Ouellette, respectivement designer de t-shirts pour «retrogamers» via Metal Gamer Tees et vendeur de jeux d'antan à temps plein via sa boutique Souffle dans cassette.

Dévoilée récemment la collection de t-shirts combine l'esthétique des jeux vidéo rétro au design des bons vieux chandails de groupes metal. «On vient de lancer notre site web, car on a de plus en plus de commandes de l'extérieur», glisse Robert. «J'ai eu des commandes d'Espagne et même de Suède», ajoute-t-il, sourire aux lèvres.

Malgré la niche particulière du commerce (non content de vendre des t-shirts à l'effigie de jeux rétro, Robert opte également pour des jeux cultes, mais méconnus comme Pepsi Man), Metal Gamer Tees fonctionne surtout au bouche-à-oreille. «Les gens partagent ma page Facebook dans des groupes spécialisés et ainsi de suite. Pepsi Man, par exemple, je l'ai fait surtout pour moi, mais j'en ai vendu pas mal. J'ai été étonné.»

De l'habitation au retrogaming

«J'étais représentant pour un salon de l'habitation. J'ai lâché ça du jour au lendemain. J'ai acheté des lots de jeux et j'ai lancé mon site internet. Je vis de d'ça depuis deux ans», confie Julien Ouellette, propriétaire - et unique employé - de Souffle dans cassette, une boutique en ligne qui se spécialise dans le retrogaming. «Il y a un engouement. Les gens voient [le retrogaming] lever et veulent s'embarquer là-dedans, mais le gros «point de vente», c'est la nostalgie. L'essentiel de ma clientèle, c'est des gens de 24 à 37 ans. Des gens qui ont déjà joué à ces jeux.»

Deux heures après l'ouverture des portes, la salle est bondée malgré la chaleur. Alors que je sors à la recherche d'une bouffée d'air frais, d'autres collectionneurs entrent pour s'échanger des jeux. La messe au rez-de-chaussée, elle, est terminée depuis longtemps.

Le lendemain, plusieurs habitués allaient publier leurs trouvailles sur la page Facebook Club des collectionneurs de jeux vidéo du Québec... en plus d'y aller de suggestions pour la prochaine réunion. Une question demeure, toutefois : pour ameuter ses brebis, est-ce que le curé de l'église Saint-Ambroise devrait laisser des exemplaires de Bible Adventures au confessionnal?



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