Sophie Estienne
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Yahoo!: le plan de la dernière chance de Marissa Mayer

Yahoo!: le plan de la dernière chance de Marissa Mayer

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Sophie Estienne

San Francisco - La patronne de Yahoo!, Marissa Mayer, qui tente depuis trois ans sans succès de relancer l'ex-fleuron américain d'internet, joue son va-tout avec l'annonce mardi d'un plan de restructuration qui va réduire les effectifs de 15 % et rationaliser ses activités.

Yahoo! semble même ne plus exclure de se vendre: s'il dit poursuivre les préparatifs pour la scission annoncée l'an dernier, et censée séparer en deux sociétés distinctes son coeur de métier et sa participation de 15 % dans le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, il se dit prêt désormais à regarder «d'autres solutions stratégiques en parallèle».

Beaucoup d'observateurs ont spéculé ces derniers mois sur un possible rachat de Yahoo!, si tant est qu'il trouve un acquéreur. L'opérateur de télécoms Verizon avait notamment évoqué de possibles synergies avec sa nouvelle filiale AOL, un autre pionnier d'internet.

Dans l'immédiat, Yahoo! va commencer par faire le grand ménage dans ses activités.

«Nous allons concentrer tous nos efforts vers les produits et les marchés qui importent le plus», et «mettre les bouchées doubles dans les domaines et les marchés les plus solides afin de pouvoir croître plus vite», a affirmé Marissa Mayer.

Cela va passer entre autres par la suppression de 15 % des effectifs, ce qui représenterait autour de 1500 postes.

Le groupe indique que la majorité des coupes seront réalisées au premier trimestre, mais se fixe l'objectif d'arriver d'ici fin 2016 à 9000 salariés à temps plein et moins de 1000 contractuels. Il a terminé 2015 avec 10 400 salariés à temps plein et 860 contractuels, a-t-il détaillé mardi.

Recentrage

Globalement, le groupe dit vouloir concentrer ses produits grands publics sur trois grandes plateformes, Yahoo Search, Yahoo Mail et Tumblr, et sur quatre grands thèmes: l'actualité, le sport, la finance et les styles de vie.

Il va parallèlement renoncer à fournir des produits spécifiques pour une bonne partie des pays d'Europe et d'Amérique latine, mettant plutôt la priorité sur des marchés en croissance comme les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne, Hong Kong et Taïwan.

Yahoo! dit en particulier avoir l'intention de fermer ses bureaux à Dubai, Mexico, Buenos Aires, Madrid et Milan. Il va réduire la voilure en particulier dans les contenus, renonçant à produire des séries télévisées originales, consolidant ou fermant certains de ses magazines en ligne, et arrêtant d'anciens services comme celui de jeux en ligne Yahoo Games. 

Il affirme aussi avoir commencé à explorer les possibilités de cessions d'actifs, notamment des brevets ou de l'immobilier.

Toutes ces mesures sont censées permettre d'améliorer la rentabilité en réduisant les coûts d'exploitation de plus de 400 millions de dollars d'ici la fin de l'année, et à terme de relancer la croissance du groupe, en panne depuis des années.

Marissa Mayer a toutefois prévenu que la mise en oeuvre de ces changements ferait encore de 2016 «une année de transition, avec des revenus et des bénéfices qui devraient reculer». Elle promet en revanche «le retour à une croissance modeste mais qui accélèrera en 2017 et 2018».

L'an dernier, le chiffre d'affaires a augmenté de 7,6 % à presque 5 milliards de dollars, mais une fois déduits les revenus reversés à des partenaires, il est en recul, selon des résultats publiés parallèlement mardi.

Le groupe est en outre lourdement tombé dans le rouge, avec une perte nette annuelle de 4,4 milliards de dollars, due presque en intégralité à une charge de dépréciation suite à la révision à la baisse de la valeur de toute une série d'actifs.

La restructuration est l'opération de la dernière chance pour la patronne Marissa Mayer, arrivée aux commandes à l'été 2012 avec la mission de redonner son lustre d'antan à l'ex-fleuron d'internet, mais dont les résultats se font toujours attendre. 

La pression des investisseurs s'accentue, alimentée par les incertitudes sur la scission dont les modalités ont été revues l'an dernier. Plusieurs fonds activistes ont affiché publiquement leur mécontentement et réclamé une restructuration massive, voire le remplacement de tout ou partie des dirigeants.

Et les annonces de mardi ne semblaient pas calmer Wall Street: dans les échanges électroniques suivant la clôture, l'action Yahoo! perdait plus de 2 % vers 18h00.

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