Tupac Pointu
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«Les 2,5M d'usagers de Tor ne sont pas des criminels!»

«Les 2,5M d'usagers de Tor ne sont pas des criminels!»

Photo Wikimedia Commons

Tupac Pointu

VALENCE, Espagne - Utilisé par des criminels autant que par des militants des droits de l'Homme ou des journalistes, Tor est l'un des programmes masquant ses traces en ligne les plus connus.

Karen Reilly, sa directrice du développement, rejette l'idée de servir de mauvais intérêts.

Q - Le réseau Tor gagné en visibilité depuis l'affaire Snowden mais Tor est aussi mis à l'index car utilisé pour accéder au darknet où des sites illégaux de vente de drogues ont récemment été démantelés. Que répondez-vous à ceux qui vous critiquent?

R - «Nous n'avons pas créé Tor pour les criminels et nous sommes très en fâchés que des criminels l'utilisent. Mais se débarrasser de technologies comme Tor ne rendra pas le monde meilleur. Les criminels utilisent toutes sortes de technologies.

Une technologie n'est pas bonne ou mauvaise, c'est la personne qui l'utilise qui en détermine l'usage qu'il en fait. Deux millions et demi de personnes utilisent Tor tous les jours. La très grande majorité ne sont pas des criminels! Pour préserver mon anonymat (sur internet, ndlr), je dois installer des applications cryptées sur mon téléphone, changer ma façon de l'utiliser, suivre des formation...

Parfois, les fonctions du téléphone sont limitées car je n'ai pas activé la localisation. Un criminel n'a pas à se soucier de tout cela. Peu lui importe si quelqu'un est accusé à sa place parce que son mot de passe aura été volé. Les criminels ont toujours plus de possibilités que les citoyens ordinaires».

Q - Ne pouvez-vous pas empêcher les criminels d'utiliser Tor?

R - «Nous ne vous protégeons pas uniquement vis-à-vis de ceux qui voudraient vous surveiller, que ce soit votre fournisseur d'accès à internet, votre gouvernement, un groupe criminel ou simplement un data broker (sociétés spécialisées dans la vente de données de ciblage publicitaire, ndlr), mais aussi par rapport à nous-mêmes. C'est pour cela que nous n'avons pas ce type d'informations, ni la possibilité technique de les obtenir.

Nous ne pouvons pas protéger les bonnes personnes et, comme par magie, avoir une porte qui nous conduise aux méchants. Notre réputation est primordiale. Si jamais nous perdions la tête et nous faisions cela (donner aux gouvernements un accès secret, également appelé porte dérobée, ndlr), Tor est un logiciel dont le code source est accessible à tous, ce serait découvert très rapidement!».

Q - Outre le développement du réseau Tor (acronyme pour «The Onion Router», ndlr), quelles sont les autres activités de votre organisation?

R: «Nous sensibilisons les entreprises. Particulièrement celles de la Silicon Valley, où tous les salariés sont économiquement privilégiés, blancs et n'ont pas les mêmes préoccupations que d'autres. Mais ce sont ceux qui créent des plateformes utilisées dans le monde. Grindr, l'application de rencontres, a été utilisée par des gays dans des pays où les homosexuels étaient condamnés à mort!

Ils ont pu être localisés grâce à cette application car, dans plusieurs pays, les services de sécurité ce sont dit eh, il existe cette chose qui nous permet de savoir où sont tous les gays! N'est-ce pas génial? En conséquence, des personnes ont été arrêtées car ce risque n'avait pas été pris en compte par les concepteurs. Nous allons donc les voir pour leur dire imaginez le pire des scénarios pour vos utilisateurs».

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