Sophie Estienne
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Quinze ans après la bulle, la techno retrouve des ailes

Quinze ans après la bulle, la techno retrouve des ailes

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Sophie Estienne

Acquisitions, entrées en Bourse, valorisations des startups: le secteur technologique mondial retrouve un enthousiasme qui rappelle les années précédant l'éclatement de la bulle internet, même si les experts jugent l'environnement aujourd'hui différent.

Le cabinet de conseil EY (ex-Ernst & Young) a comptabilisé 3.512 fusions-acquisitions l'an dernier dans le secteur, pour un total de 237,6 milliards de dollars. Des niveaux «surpassés seulement en 2000, au plus haut de la bulle», selon son étude parue cette semaine, qui parie sur «une autre année robuste» en 2015.

«Les banquiers d'investissement nous disent que leurs portefeuilles de projets (d'acquisition) sont plus remplis qu'ils ne l'ont été depuis des années», a renchéri Brenon Daly, directeur de recherche chez 451 Research, dans une autre étude sur le même thème.

Dopée par l'arrivée à Wall Street du chinois Alibaba, 2014 a aussi été «la meilleure année de la décennie pour les entrées en Bourse technologiques au niveau mondial», selon le cabinet PriceWaterhouseCoopers. Il chiffre les recettes à 51,2 milliards de dollars, plus que le total des trois années précédentes. 

Et histoire d'accroître l'euphorie ambiante, le groupe informatique Apple vient d'annoncer un bénéfice net trimestriel historique de 18 milliards de dollars, un record tous secteurs d'activité confondus.

Les entreprises en démarrage visent le ciel

Parmi les achats notables de 2014 figurait l'application de messagerie WhatsApp, payée 22 milliards de dollars par Facebook. Mais même les startups qui ne sont pas encore à vendre voient leur valeur décoller.

«Le nombre d'entreprises technologiques susceptibles d'être introduites en Bourse qui sont entrées dans le club des valorisations à plus d'un milliard de dollars a grimpé en flèche en 2014», de 160 % comparé à 2013, selon la société de recherche CB Insight.

Une des vedettes du club, c'est l'application Uber, permettant de réserver une voiture avec chauffeur depuis son smartphone. Au fil des tours de table, sa valorisation a grimpé à 17 milliards de dollars en juin, 40 milliards en décembre et 41 milliards en janvier.

La plateforme de location d'hébergements chez l'habitant AirBnB, le service de messages éphémères Snapchat ou celui de stockage en ligne Dropbox sont chacun estimés à quelque 10 milliards, tandis que selon certains médias, le spécialiste de la musique en ligne Spotify essaye de lever des fonds sur la base d'une valorisation de 7 milliards.

Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies Associates, relève que les comparaisons avec 1999-2000 sont biaisées par quinze ans d'inflation, mais juge quand même que «les valorisations sortent largement du lot».

«L'esprit est différent parce que les gens se souviennent de l'an 2000» dans le secteur technologique comme financier, indique-t-il toutefois à l'AFP. 

«En 2000, ils pensaient vraiment que cela ne finirait jamais, c'était une pure euphorie. Cette fois-ci, l'euphorie est teintée d'un peu de cynisme», avec en arrière-pensée «l'idée que cela pourrait être une bulle».

Sens des réalités

Beaucoup d'experts argumentent pourtant que le secteur garde cette fois les pieds sur terre.

Ainsi pour EY, 2014 «n'était pas une bulle» car «la vaste majorité des acquisitions étaient mesurées avec des multiples des bons vieux chiffres d'affaires, bénéfices ou liquidités générés».

D'après le cabinet, beaucoup de transactions visent aussi à «suivre le rythme incroyable de changement» du secteur, en investissant dans des créneaux porteurs comme les objets connectés, la sécurité ou l'informatique dématérialisée en ligne.

À 4635,24 points en clôture vendredi, le symbolique indice Nasdaq reste également loin de son record de mars 2000 (plus de 5100 points). 

Quand on regarde les rapports entre les cours et les résultats des entreprises, le secteur «reste considérablement moins cher qu'en 1999», assure à l'AFP Michael Stiller, un analyste de la branche de conseil du Nasdaq.

Il évoque surtout «un environnement totalement différent», avec un marché exploitable bien plus large, d'environ 3 milliards d'internautes contre seulement 400 millions il y a quinze ans et un secteur «beaucoup plus mature».

«Les grosses capitalisations technologiques ont beaucoup de liquidités et cela rejaillit sur d'autres parties du secteur», relève-t-il notamment. Et «il y a de vrais bénéfices dans les comptes des sociétés, pas seulement des données comme le nombre de visiteurs ou de pages vues».



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