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Les accros de la malbouffe

Les Canadiens mangent trop et... trop de mauvais aliments!

Par Holly Lake, Sun Media
04/01/2005 07h20 

Lorsqu’il s’agit de la nourriture au bout de leur fourchette, les Canadiens ont un double problème: non seulement ils mangent trop, mais ils mangent trop de mauvais aliments.

Nous aimons encore le sucré, le gras et le salé, un goût qui remonte aux temps où nos ancêtres devaient chasser pour s’alimenter. Les aliments sucrés étaient recherchés parce que les aliments sûrs étaient souvent vénéneux.

Le Dr Brian Wansink, professeur de marketing et de sciences nutritionnelles et directeur du Food and Brand Lab de l’Université de l’Illinois, pense que cela nous permet de tout rationaliser même si nous savons que c’est mauvais. Cette tyrannie peut venir à bout de toute logique lorsque cela concerne la nourriture. Si nous le désirons, nous trouverons bien le moyen de le justifier.

Les MÉGAportions
Pensez-vous que la taille d’un verre ne fait aucune différence sur le volume total de liquide que vous allez finalement boire?

Au Food and Brand Lab, Wansink a mené deux études sur 167 personnes qui ont démontré que les adultes, comme les enfants, à qui l’on donnait un verre de format plus court, versaient 76 % plus de liquide que s’ils avaient reçu par hasard un verre de forme allongée, et ce, même si les deux verres contenaient 22 onces. Même les barmans versaient 26 % plus d’alcool dans des verres larges et courts.

Toujours dans le domaine de la taille, le diamètre de l’assiette est aussi un facteur qui influence la quantité que nous mangeons. Plus l’assiette est grande, plus il faut de la nourriture pour donner l’allure qu’elle est pleine. Et comme les assiettes sont de plus en plus grandes, il n’est pas surprenant que nous mangions plus à chaque repas.

Plus pour notre argent?
Nous croyons que nous en avons pour notre argent, mais c’est cette perception, qui a bien nourri le gousset des compagnies d’alimentation rapide, qui a engraissé la population.

Le marketing du «plus pour ton argent» et les formats géants ont permis de mettre sur le marché de plus grosses portions à peu de coût additionnel, mais les consommateurs ne font pas vraiment une bonne affaire. Ils obtiennent surtout un surplus de calories pour leur dollar.

Marion Nestle, auteure de In Food Politics: How the Food Industry Influences Nutrition and Health, soutient que les portions géantes ne coûtent vraiment pas plus cher aux compagnies parce que la nourriture ne compte que pour 20 % du prix de détail et qu’elles peuvent donc réaliser encore un bon profit.

De plus, le prix n’est pas le seul moyen incitatif. Les employés vont souvent demander aux clients s’ils n’aimeraient pas acheter une plus grosse portion.

«Les gens vont manger les repas faits de portions géantes parce qu’à leurs yeux, cela représente un bon rapport qualité/prix et ils veulent en profiter en consommant cette aubaine», dit le Dr Brian McGrindle, directeur du Vascular Disease Prevention Clinic au Hospital for Sick Children de Toronto.

Au chapitre des prix, le fait est que les petites portions n’offrent pas le même rapport qualité/prix que les portions géantes.

Chez McDonald, un hamburger, une petite frite et une petite boisson gazeuse achetés séparément coûtent 4,27 $ et comptent 620 calories tandis qu’un combo Big Mac contient 1 140 calories et ne coûte que 0,92 $ de plus.

Quel est le problème avec tout ceci? Comme le démontrent les études comme celle de Wansink, plus on place de la nourriture devant une personne, plus elle mangera.

L’American Institute for Cancer Research a révélé que les personnes mangent l’entrée au complet lorsqu’elles sont au restaurant, ce qui est loin d’être une bonne chose lorsqu’on considère la grosseur des portions servies dans les restaurants aujourd’hui.

Tout ça se résume à ceci: plus gros signifie rarement meilleur lorsqu’il s’agit de nourriture. C’est sans doute ironique, mais il n’y a jamais eu de demande pour des produits comme le format de 2,2 litres de boisson gazeuse. Les gens du marketing ont créé cette demande de toutes pièces, mais cela n’empêche pas les consommateurs d’en acheter.

«Les portions géantes sont une belle aubaine, dit le Dr David Katz, professeur associé et clinicien en santé publique à l’université Yale. Plusieurs personnes déboursent 10 fois plus d’argent pour perdre les livres qu’ils ont ainsi gagnées gratuitement. Allô? On voudrait presque les gifler…»

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