Être ou ne pas être

Être

 

Conversation intéressante cette semaine, avec un ami féru de technologies. Nous avons parlé d'identité, sujet décidément à la mode chez les cinéastes québécois, qui ont été nombreux depuis quelque temps à faire des films sur la nature de l'être québécois, sur ses hésitations, ses manques et ses faiblesses, comme dans le cruel et maladroit Laurentie de Simon Lavoie et Mathieu Denis ou le très beau Nuit#1 d'Anne Émond, qui vient de remporter le prix du meilleur premier longmétrage, aux Rendez-vous du cinéma québécois.

Mais, au-delà du pays, de la nation, de la couleur ou de la religion, l'identité est aussi un élément crucial de nos vies à l'heure d'Internet. Qui sommes-nous désormais ? Des citoyens libres et mieux informés que jamais, ou plutôt des clients potentiels d'entreprises diverses, dont nos gouvernements sont les complices avoués?

Mon ami, appelons-le Vincent, émettait des réserves certaines envers le manque de transparence de Google et de Facebook, notamment qui, on le sait, vendent les informations liées à nos activités virtuelles à des acheteurs comme GM, Colgate ou Nestlé, qui ciblent ainsi nos profils d'acheteur avec une acuité déconcertante. Dans un entretien accordé au Time en 2010, Mark Zuckerberg avouait être en étroit contact avec le FBI, qui trouve dans ce site et ses millions de membres, un outil redoutable de renseignements.

Profilage commercial

«Mais, le profilage commercial, ce n'est pas nouveau, non ?» ais-je dit, pour nourrir la conversation avec mon vieil ami. Les entreprises de crédit le font depuis longtemps, c'est vrai», a répondu Vincent. Mais pour eux, je suis un client, un consommateur. La règle du jeu est claire entre nous. Ce qui me dérange avec des entités comme Google et Facebook, c'est que lorsque je fréquente leur site, j'y suis pour chercher des informations dont j'ai besoin ou pour entrer en contact avec mes amis, pas pour acheter quoi que ce soit.»

En effet dans un monde qui se targue de communier à la transparence, l'opacité de la nature des activités commerciales liées à la rentabilisation des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux, marques fortes et dominantes de ce début de vingt-etunième siècle, est un vrai problème.

Le détournement de notre identité, alors que nous sommes transformés en clients involontaires, vendus sans le savoir et traités comme tels, a de quoi nous rendre beaucoup plus méfiants que cette attitude débonnaire et insouciante, que nous impose le web, règle de conduite à laquelle nous nous soumettons, à coup de 850 millions de membres.

@mlarsenault


Vidéos

Photos