Aude Boivin-Filion

Aude Boivin-Filion

Aude est journaliste depuis une dizaine d'années, à la barre de Canoë Techno depuis 2011. Elle sait décortiquer la technologie afin d'en tirer des trucs et conseils astucieux.
Aude Boivin Filion
Canoë

Une 9e planète dans notre système solaire?

Images extraordinaires de notre système solaire

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Aude Boivin Filion

Des chercheurs ont annoncé mercredi détenir des évidences démontrant que notre système solaire abriterait une neuvième planète, géante, au-delà de l'orbite de Neptune, et qui serait environ 10 fois plus massive que notre Terre.

Les deux astronomes de l'Institut de technologie de Pasadena (Caltec), en Californie (États-Unis), Mike Brown et son ancien assistant Konstantin Batygin, ont publié leur découverte dans la revue Astronomical Journal.

Cette «planète X», baptisée «neuvième planète», serait une géante gazeuse qui occuperait une orbite très lointaine, jusqu'à 20 fois plus éloignée que Neptune, la 8e et dernière planète de notre système solaire. Sa distance moyenne du Soleil serait de 4,5 milliards de kilomètres.

Puisqu'elle est 5000 fois plus massive que Pluton et d'un gabarit similaire à la géante Neptune, Mike Brown indique qu'elle est suffisamment imposante pour rendre inutile tout débat concernant son statut de planète. Elle mettrait de 10 000 à 20 000 ans pour compléter une seule orbite autour du Soleil.

Les scientifiques, qui affirment disposer de «preuves solides» sur l'existence de cette 9e planète, n'ont ni directement repéré ni observé cette planète; ils n'ont que déduit sa présence en décelant sa «trace gravitationnelle» à la frontière du système solaire. Toutefois, les chercheurs expliquent que cette «nouvelle planète» pourrait être détectée d'ici 5 ans à l'aide d'un télescope spatial.

«Pour la première fois en 150 ans, il y a une solide évidence que le recensement planétaire du système solaire n'est pas complet», explique l'un des astronomes par voie de communiqué.

«Il n'y a eu jusqu'à présent que deux planètes découvertes dans notre système solaire depuis l'antiquité et ce serait la troisième. Il y a encore une grande partie de notre système solaire qui reste à découvrir et c'est très exaltant», a expliqué M. Brown.

L'existence de la planète avait d'abord été pressentie en 2014, après qu'un ancien étudiant au postdoctorat de Brown et son collègue Scott Shepard eurent publié leur analyse des «étranges caractéristiques orbitales» de 13 objets dans la ceinture de Kuiper.

Grâce à des modèles mathématiques et des simulations par ordinateur, les scientifiques ont déduit que l'orbite de ces objets glacés devait être influencée par la présence d'un corps céleste et ils ont suggéré la présence d'une petite planète.

C'est à ce moment que la curiosité de Brown a été piquée et qu'il a décidé de pousser l'analyse. Assez rapidement, il a remarqué deux phénomènes «inexpliqués».

Six objets des plus éloignés se croisent dans leur périhélie, le point de leur orbite le plus rapproché du Soleil. Aussi, ils suivent tous une orbite elliptique pointant vers la même direction, comme s'ils étaient alignés, ce qui est assez surprenant, apprend-on dans le compte-rendu des chercheurs (voir l'animation ci-dessous). En effet, la probabilité qu'une telle chose survienne ne serait que de 0,007 %, aussi bien dire qu'elle est extrêmement faible.

Une théorie qui ne fait pas l'unanimité

Bien que leur hypothèse d'une 9e planète soit crédible, elle ne fait pourtant pas l'unanimité dans la communauté scientifique.

Certains y voient des données possiblement incomplètes, tandis que d'autres signalent que la ceinture de Kuiper garde toujours quelques mystères et qu'il suffirait de trouver d'autres objets célestes ayant des orbites opposées pour expliquer ces «coïncidences». Par ailleurs, d'autres mécanismes, pour l'instant toujours inconnus, pourraient aussi exercer quelque influence.

Une étude française produite par l'observatoire de Nice et l'IMCCE, qui devrait paraître au cours des prochaines semaines, viendra sans doute éclaircir un peu plus le mystère de la 9e planète. L'une des chercheuses associées à l'étude a déjà exprimé ses doutes sur son existence.

Après avoir considéré les orbites de Saturne et Jupiter, grâce aux plus récentes données relayées par la sonde Cassini, leurs résultats semblent indiquer qu'aucune planète massive ne peut exister à une distance inférieure à 1200 unités astronomiques (UA; 1 UA = distance Terre/Soleil). Or, Mike Brown estime que l'orbite de la 9e planète se situerait entre 200 et 1200 UA.

Une intéressante guerre de chiffres et de méthodologies s'annonce, donc.

Le tueur de Pluton

Mike Brown, qui emprunte le nom d'usager @Plutonkiller sur Twitter (soit «le tueur de Pluton»), est l'un des scientifiques ayant participé à la rétrogradation de Pluton en 2006, à un statut de planète naine. Il a aussi participé à la découverte de plusieurs objets transneptuniens, dont Sedna et Éris.

Pour écouter les deux scientifiques discuter des indices les ayant menés à l'annonce d'une 9e planète dans notre système solaire (en anglais):




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