Alain McKenna
Canoë

5 choses qu'on ne vous dira jamais à propos du CES

CES: théâtre d'avant-premières technologiques plus ou moins marquantes

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Alain McKenna

Le Consumer Electronics Show, affectueusement surnommé CES, est un événement annuel qui démarre l’année en trombe, côté amateurs de gadgets, mais dont l’impact grand public se fait plutôt sentir au compte-goutte, le restant de l’année. Et environ une année sur deux, les grandes tendances qui en émergent tombent complètement à plat. Si ça, ça ne vous avait pas encore frappé, attendez de lire la suite de ce billet…

D’ailleurs, puisqu’on y est, notez que ces quelques lignes sont un cadeau du ciel, très littéralement : c’est grâce à une connexion WiFi à prix modique, offerte par United, dans son vol qui relie Chicago à Las Vegas, qu’elles vous sont livrées, tout à fait gratuitement, par la magie du web et de ses nombreuses ramifications. Je les rédige de haute voltige, soit à 34 000 pieds d’altitude.

(Aparté: je dis souvent, à la blague, que le jour où une ligne aérienne combine du WiFi à bord à une machine à espresso encastrée à l’arrière des banquettes, à la façon des écrans ACL d’Air Canada, je pourrai alors m’envoyer en l’air en permanence, et être plus productif que si j’étais enchaîné à la patte de mon bureau. Et, Ô damnation, l’autre jour, sur un vol de Lufthansa, une agente de bord fort gentille m’a présenté un cappuccino, rien de moins, alors que je prenais mes courriels, quelque part au-dessus du Groenland. Bref, en 2016, le voyage forme la jeunesse, encore et toujours, mais elle la transformera encore un peu plus en petites bêtes toujours plus connectées à leur internet.) 

Pour en revenir au CES, tous les médias et leur voisin vous vanteront telle nouvelle révolution, telle percée technologique majeure, tel gadget à ne pas manquer. Mais personne ne vous parlera de l’envers de la médaille: les raisons qui font du CES un événement qu’on devrait fuir, plutôt que courir. Eh bien, ces raisons, les voici.

Une exposition de «Consumer Electronics» pas pour les consommateurs

C’est évident comme le nez au milieu du visage, mais on l’oublie souvent : le CES est une foire d’industrie, où la plupart des fabricants tentent d’attirer les marchands vers leurs kiosques, et où certains fabricants tentent d’attirer d’autres fabricants afin d’apposer leur logo sur leur marchandise.

Ce dernier phénomène est devenu plus apparent plus récemment, mais prend en ampleur chaque année : ces tablettes, ces casques de réalité virtuelle, ces bracelets à connexion Bluetooth signés Archos, Dell, Garmin, et quoi encore, ont d’abord été présentés au CES sans logo, sans leurs couleurs criardes, et sans leur prix de détail artificiellement élevé, par des entrepreneurs asiatiques vantant leur capacité de production élevée, à courte échéance.

C’est pour quoi les plus récents gadgets qu’on verra cette année au CES avec de jolis logos, on les a déjà vus l’an dernier, ou celui d’avant, en gris mat, sous une bannière dont on a peine à se rappeler les couleurs.

Naturellement, si on vous dit que «2016 sera une réalité virtuelle, ou ne sera pas», que vous jubilez, et que HP en prend conscience, ces fabricants chinois s’en frotteront les mains.

Les grandes tendances ne se décident pas au CES 

Je lisais l’autre jour un billet d’une firme d’analyse financière qui faisait le bilan boursier de 2015 d’une simple phrase : sans Amazon, Google, Facebook et Netflix, l’indice boursier S&P aurait reculé de 500 milliards de dollars en capitalisation totale. Pas mal!

Or, devinez qui, des quatre, est au CES? Ajoutez Apple et Microsoft, pour faire bonne mesure. En plus, on promet que 2016 marquera un recul de la consommation des produits électroniques dans le monde.

Voilà. Écoutez ensuite les dirigeants de la Consumer Electronics Association (CEA), l’entité derrière le CES, vous expliquer le poids absolu de leur événement, et faites-en ce que vous voulez.

Bon, évidemment, les allées du Convention Center sont remplies d’iPhone, de l’enceinte Alexa, de Nexus 6, et autres bidules, par tous ces revendeurs d’étuis, de boîtiers et d’accessoires…

En fait, les grandes tendances du CES tombent souvent à plat 

La télé 3D aura été un beau rêve éveillé (elle l’est encore, on dirait). Les super DVD de Toshiba aussi. En fait, on exagère à peine en disant que le Blu-ray est lui aussi plus ou moins appelé à tomber devant tous les services de webdiffusion, qui ne font que commencer à voir le jour.

Les «projecteurs pico», si petits qu’on les verrait intégrés aux téléphones intelligents aux côtés de leur caméra numérique, tardent toujours à percer l’état de prototype.

Les liseuses E-Ink en couleur, vous vous souvenez? 

Une mine d’or pour l’industrie porno

Celle-là est un peu plus connue, à la façon d’une quasi-légende, mais traditionnellement, et un peu au hasard, les premières fois, pendant les premières journées du CES avait lieu, dans un hôtel attenant, un énorme gala félicitant la crème de la crème de l’industrie du film porno.

Inutile de dire que quand ils se sont aperçus qu’ils pouvaient ajouter à leur rayonnement en invitant quelques journalistes techno triés sur le volet, et leur jouer le grand jeu… Ça n’a pas pris de temps avant qu’on voit des actrices en petite tenue se frotter sur les parechocs de taxis recouverts de gazon synthétique (allez savoir pourquoi!)!

Dans les technos, on dit que le sexe fait vendre. Dans l’industrie du sexe, ils doivent se dire la même chose, mais dans l’autre sens!

En tout cas, pas sûr si ça va se reproduire cette année, par contre. Pour ceux et celle que ça pourrait peiner, il existe toujours les accessoires connectés OhMyBod!, très présents au CES encore cette année…

Il y a toujours eu des autos au CES

De mémoire de journaliste, qui a visité le CES plus ou moins fidèlement depuis le début des années 2000 (ce qui, apparemment, permet de placer le mot «vétéran» dans la phrase, même si ça fait bizarre de parler de l’an 2000 comme «du bon vieux temps»…), il y a toujours eu des autos au CES.

Intel qui dévoile une antenne 3G à bord d’une Smart. Qualcomm qui a un tout nouveau processeur Snapdragon dans une Infiniti. Sony qui a des haut-parleurs partout…

Ça ne fait pas tellement longtemps, par contre, que les grands fabricants (Audi, GM, Ford, Toyota…) s’y affichent aussi fièrement qu’ils le font cette année.

Ça, c’est un signe des temps: signe que les Millenials ont pris le dessus, et que l’industrie automobile croit dur comme fer que les jeunes d’aujourd’hui refuseront d’être les conducteurs de demain. On va jusqu’à chuchoter qu’il se vendra 60 % moins d’autos neuves dans 25 ans qu’il s’en vend aujourd’hui, et que c’est leur faute (au millenials, pas aux constructeurs).

Pas pour rien si on parle, ces jours-ci, d’autos en partage, de conduite autonome, et ainsi de suite…

Sur ce, bon CES!

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