
Au lendemain de cette performance inespérée, la jeune Montréalaise rayonnait toujours, dimanche midi, même si elle n’avait pu aller au lit avant 4 h 30 du matin, emportée par le tourbillon médiatique.
« Je suis pas mal sur la go depuis l’épreuve; je suis encore sur un nuage », a-t-elle glissé doucement, tandis qu’un sourire aussi éclatant qu’indélogeable illuminait son visage et masquait ses traits tirés.
« Une cinquième place à mes premiers Jeux olympiques, à 18 ans, c’est pas mal extraordinaire », a lancé Chloé, qui estime avoir atteint le but qu’elle s’était fixé.
« Ce que je voulais à Vancouver, dit-elle, c’était de profiter de chaque instant et d’être contente de moi. C’est ce que j’ai accompli samedi. »
Le plaisir d’abord
La notion de plaisir revient souvent dans les propos de la jeune femme, qui mentionne que son psycholoque sportif l’aide parfois à se « rappeler de m’amuser ».
« Je skie bien mieux quand je suis relax, quand je ne suis pas frustrée », a rigolé la bosseuse. Une évidence demeure: sur Cypress Mountain, elle a eu beaucop de plaisir. Plusieurs auront d’ailleurs remarqué son expression enjouée avant qu’elle ne s’élance dans la pente.
« En haut, j’étais dans ma bulle, puis j’ai entendu la foule; habituellement, je ne l’entend pas, a relaté Chloé. Mais là, ça a vibré. J’ai absorbé cette énergie positive, j’ai senti un appel pour donner un bon spectacle. Mon sourire, c’était pour leur dire que j’allais en donner un, un bon show, comme quoi j’allais m’amuser dans la piste. »
« Et arrivée en bas, j’étais hyper satisfaite », a rappelé l’athlète, qui une fois sa prestation conclue a néanmoins laissé échapper sa tension lors de courtes mais émotives retrouvailles avec ses proches.
Retrouvailles émotives
« J’ai entrecroisé mes parents (Johanne Dufour et Yves Lapointe) et je me suis mise à brailler comme une bonne; eux aussi pleuraient, ils n’avaient plus de mots pour parler. On ne savait plus trop qu’elles étaient les émotions qui sortaient. C’était comme si, ouf c’est fini, on peut relaxer là, on peut pleurer...»
Il y avait d’ailleurs deux bonnes semaines que Chloé Dufour-Lapointe était complètement coupée des proches. De ceux qui l’ont soutenue sans relâche depuis qu’elle a adopté le ski acrobatique à 10 ans, mais qui lui ont aussi mis des skis au pieds dès l’âge de trois ans.
La faute du père
« Mes parents ont toujours été là pour m’appuyer; à assister aux compétitions et à se geler les pieds à me regarder descendre, parfois dans des temps de fou. Ils ont joué un rôle énorme dans cette histoire », souligne Chloé, en suggérant que le petit côté casse-cou qui court dans la famille viendrait de son père.
C’est que les deux soeurs de l’olympienne font également du ski acrobatique. L’aîné, Maxime, n’a pas pu se qualifier pour les Olympiques, mais y était comme ouvreuse de piste, tandis que la cadette, Justine, fait partie de l’équipe du Québec.
Chloé a souligné ainsi que son père n’a jamais imposé de limites aux trois frangines, qu’il ne les pas entourée de ouate sous prétexte qu’elles étaient des filles.
« Il nous a un peu poussé comme des garçons », dit-elle, encore un sourire aux lèvres en invoquant les virées de son enfance dans les sous-bois ou les débarques à l’eau lors de balades en voilier.
« Je le remercie pour ça parce que cela a fait de nous des filles plus fortes, qui ont du guts et qui n’ont pas peur. Et ma mère était d’accord ! »
À dans quatre ans !
Après avoir goûté à l’aventure olympique, Chloé Dufour-Lapointe n’a déjà plus qu’une idée en tête. « C’est sûr que je vais continuer jusqu’en 2014 pour les prochains Jeux », a lancé avec assurance la jeune femme, qui songe aussi à poursuivre des études dans le milieu de la mode.
« Je vais préparer un nouveau saut avec l’idée de viser le maximum, de toujours repousser mes limites et d’en donner plus. Je vais jouer le tout pour le tout, en gardant à l’esprit de m’amuser », a-t-elle promis.
À l’écouter, pas étonnant que son idole, la médaillée d’argent Jennifer Heil, soutient que l’avenir du ski féminin au Canada est entre bonne mains avec Chloé Dufour-Lapointe.
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