Vingt-quatre heures après les dernières négociations entre la Ligue nationale de hockey (LNH) et l'Association des joueurs (AJLNH), le directeur du syndicat, Donald Fehr, a expliqué à l'Agence QMI pourquoi le lock-out pourrait se prolonger.
Fehr n'a pas été surpris que les propriétaires rejettent les trois propositions faites par les joueurs jeudi. Dans une entrevue exclusive, il maintient que le commissaire de la LNH, Gary Bettman, et les propriétaires ne seront pas heureux tant que les joueurs ne renoncent pas à plus de revenus.
Agence QMI : Êtes-vous déçu de ce qui est arrivé jeudi et de la façon dont s'est déroulée la rencontre?
Fehr : «J'essaie de ne pas être trop emballé ou trop déçu. J'ai appris au fil du temps que cela ne fait que jouer sur mes nerfs. On doit prendre chaque jour comme il vient. Si ça se passe bien, c'est une bonne journée. Sinon, on doit essayer de comprendre ce qui n'a pas fonctionné et tenter de faire mieux la prochaine fois. C'est ce que je tente de faire. C'est clair que les joueurs sont vraiment déçus. Après de grandes concessions [en 2004-2005] valant des milliards de dollars, suivi d'une hausse de revenus pour laquelle Gary [Bettman] et les propriétaires ont pris beaucoup de mérite, leur réponse fut : "Nous devrions négocier d'autres concessions et vous devez nous redonner des milliards de dollars". Le fait que les joueurs sont prêts à négocier une entente dans laquelle ils toucheront une moins grande part des revenus est un geste en direction des propriétaires, et maintenant, ceux-ci ne font que s'éloigner des joueurs. Ce sont des circonstances décevantes. Mais je n'irai pas dire en conférence de presse que "je suis très déçu", comme certaines personnes l'ont fait.»
Agence QMI : Les joueurs savent qu'ils devront faire des concessions. Pensez-vous que les propriétaires le réalisent?
Fehr : «Je n'en ai aucune idée. Il faudrait rencontrer chaque propriétaire pour le savoir. Je dis ça parce que, dans notre cas, chaque joueur peut assister aux rencontres de négociations, et plus de 100 d'entre eux l'ont fait. Nous avons des conférences téléphoniques avant chaque rencontre et il y a toujours au moins 100 joueurs en ligne. Il n'y a pas un morceau de papier dans mon bureau que les joueurs ne peuvent pas voir. Deuxièmement, si vous voulez parvenir à une entente, je ne crois pas que la meilleure façon soit d'arriver et de dire : "Nous voulons d'importantes concessions salariales". On parle de beaucoup d'argent et de choses qui sont très importantes pour les joueurs, comme l'autonomie, l'arbitrage et la structure des contrats, qui ont servi de monnaie d'échange lors du dernier lock-out. Je vous demande, et vous pouvez demander à vos lecteurs quelle est la raison pour exiger de telle concession. C'est une chose de dire que c'est parce qu'une équipe X a des problèmes financiers. Tout le monde connaît la situation de Phoenix [Coyotes]. C'est quelque chose d'autre si un but de l'entente est de baisser les coûts salariaux des Maple Leafs [Toronto]. Mais c'est leur proposition. Comment doit-on réagir à cela?»
Agence QMI : Est-ce cela que vous tentez de comprendre ?
Fehr : «Vous vous réveillez chaque jour et tentez de trouver une solution qui vous amènera là, mais j'essaie seulement de vous donner un aperçu de l'atmosphère du mieux que je le peux.»
Agence QMI : Gary Bettman vous a-t-il prévenu que l'offre de mardi était à prendre ou à laisser ?
Fehr : «[...] Ils ont regardé nos propositions. Ça leur a pris 12 ou 15 minutes. Ensuite, ils ont dit qu'ils les rejetaient et que leur offre de mardi était leur meilleure, nonobstant ce qu'il a qualifié de "détails mineurs". Il a mentionné cela devant 19 joueurs. Quand je lui ai demandé si le mot "détails" signifiait quelque chose de petit ou non substantiel, il a répondu oui. C'est de cette manière que le tout a pris fin. À la fin de la rencontre, Gary a dit que si nos membres acceptaient l'offre en totalité, "détails mineurs" compris, je pouvais l'appeler au sujet de la clause obligeant des joueurs à payer pour leurs collègues à salaires réduits lors des deux premières années.»
Agence QMI : Les joueurs qui étaient dans le local ont eu une bonne idée d'où sont rendues les négociations, n'est-ce pas ? Ont-ils pu jeter un coup d'œil aux difficultés que vous éprouvez ?
Fehr : «Comme je l'ai dit auparavant, toutes nos réunions sont ouvertes aux joueurs. Nous sommes heureux de les voir là et nous les encourageons à y assister. C'est leur contrat, leur syndicat, leur vie et leur futur. Évidemment, ils ont le droit d'être là et j'espère qu'ils seront impliqués le plus possible.»
Agence QMI : Que souhaitez-vous accomplir au terme de ces négociations?
Fehr : «Je ne pense pas à ce qui va se passer après. Je me concentre sur ce qui doit être fait pour en finir avec ces négociations et tenter d'obtenir un accord qui satisfera les joueurs, qui les rendra fiers, qui stabilisera l'industrie et qui nous permettra d'aller de l'avant. Je ne crois pas, tout comme les joueurs et la plupart des gens, que tout est parfait au hockey, à l'exception que les athlètes sont payés trop cher. Nous avons essayé de résoudre plusieurs problèmes avec le partage des revenus et autres. J'espère qu'il y aura une nouvelle convention, et quand ce sera fait, parce que je connais la volonté des joueurs, cet accord sera juste, approprié et assurera l'équilibre. Le but est de s'entendre pour que la saison puisse commencer.»
Agence QMI : Il doit bien y avoir une option juste et équitable qui plaira aux deux parties?
Fehr : «Je le pensais aussi. J'ai mon propre point de vue sur ce qui est juste et équitable. [...] Toutefois, la position des propriétaires semble être : "les joueurs gagnent trop d'argent parce qu'ils sont payés trop cher, parce qu'ils reçoivent de trop gros chèques de paie." Si vous répétez cela sans arrêt, c'est comme s'il n'y avait rien d'autre qui pouvait entrer dans l'équation.»
Agence QMI : Vous espériez certainement voir la LNH déposer cette offre de 50-50 au mois de juillet. Est-ce que la première position des propriétaires a permis aux joueurs de se rallier?
Fehr : «Selon les hockeyeurs, leur première offre était tellement loin des objectifs, elle était offensante. Si vous me demandez si cela a créé une vague rassembleuse, la réponse est oui. Ça n'a pas nui. Le mouvement a grandi lentement et à contrecoeur. Concernant tous les aspects importants, qu'il s'agisse de la part des joueurs, le respect des contrats ou autre, les propriétaires exigent toujours de plus grandes concessions. Quand je leur demande ce qu'il y a pour les joueurs dans cette proposition, ce qu'ils sont prêts à concéder, je n'ai pas de réponse. Ce n'est pas parce que quelqu'un tente de cacher une réponse, c'est seulement qu'il n'y en a pas.»
Agence QMI : Combien de temps êtes-vous prêt à patienter avant qu'une entente soit conclue? Êtes-vous prêts à perdre une saison entière si c'est nécessaire?
Fehr : «Les joueurs prendront ces décisions et je ne spécule jamais sur des sujets comme ça. Je ne l'ai jamais fait de toute ma carrière. Je crois que ce serait contre-productif. (...) Vous pouvez juger la détermination des joueurs seulement en leur parlant et en les écoutant. Je ne suis pas préoccupé par l'unité qui les lie ni leur détermination.»
Agence QMI : Pourquoi la ligue ne veut pas honorer les ententes déjà signées?
Fehr : «Ils veulent payer moins cher. C'est tout. C'est très simple, nous nous engageons à payer jusqu'au dernier dollar tous les contrats que nous avons signés. [...] La raison pour laquelle nous avons déposé notre dernière offre de cette façon est simplement parce qu'ils veulent aller de l'avant avec le 50-50. Les joueurs ont déjà indiqué qu'ils voulaient aussi atteindre ces chiffres au cours des prochaines années. La question qui demeure est la suivante : "Devez-vous honorer les contrats qui ont déjà été signés?" Les joueurs pensent que c'est une formalité. C'est en fait la façon de faire en affaires.»
Agence QMI : Que dites-vous aux partisans qui ont traité les joueurs de «gourmands» au cours des derniers jours?
Fehr : «Il est assez difficile de considérer sérieusement l'idée que les athlètes, qui sont les seules personnes que les amateurs viennent voir à l'œuvre, sont gourmands alors qu'on leur a imposé une réduction de 24% de leur salaire, que les propriétaires ont obtenu des milliards de dollars et non pas les joueurs, et ce, après avoir engendré des revenus records et inattendus au cours des sept dernières années. En réponse à tous ces succès, les propriétaires veulent renégocier et voir à la baisse tous les contrats. Mon message pour les partisans est le suivant : je ne crois pas que cette qualification reflète bien les faits. Les hockeyeurs sont très terre-à-terre. C'est pourquoi les amateurs les aiment et s'identifient à eux. Ils veulent bien faire. Et la bonne chose à faire n'est pas nécessairement de dire : Oh! Les propriétaires demandent des milliards de dollars, j'imagine que nous devons leur donner raison parce qu'au fond, qui sommes-nous? Seulement des joueurs de hockey.»