Michelle Coudé-Lord
Journal de Montréal

«Ç'a failli me détruire» - Patrice Brisebois

Confessions - «Ç'a failli me détruire» - Patrice Brisebois

Patrice Brisebois© Martin Chevalier/Agence QMI


Michelle Coudé-Lord

Huer un joueur de hockey soir après soir et en faire sa tête de Turc peut détruire l’homme qu’il est et le pousser dans le monde noir de la dépression. C’est ce qui est arrivé à Patrice Brisebois, l’ex-défenseur du Canadien.

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Mercredi soir, sur le plateau de l’émission de TVA Sports Le Match, il a fait pleurer tous ses collègues, dont l’animateur Dave Morissette, en parlant de « la pire période de sa vie », à la suite du mauvais traitement servi par certains fans du CH.

Hier, après une nuit sans sommeil, tellement il était encore bouleversé par sa déclaration publique de la veille, Patrice Brisebois a accepté de se confier au Journal de Montréal.

« Certaines personnes vont encore dire : « Il gagnait 4 M$ par année, et nous, on a de la misère à arriver. De quoi se plaintil ?» Je leur réponds qu’un athlète n’est pas un surhumain. Même en parler aujourd’hui me fait réaliser que ne suis pas complètement guéri. Ça me fait encore très mal », avoue l’homme de 40 ans.

Individualisme

Patrice Brisebois rappelle qu’un joueur de la LNH peut difficilement arriver dans un vestiaire et avouer à ses collègues qu’il prend des antidépresseurs et souffre de dépression. Ainsi, il n’a pu recevoir un bon appui.

« Ils se foutaient de mon état. Il y a beaucoup d’individualisme, dans le monde du hockey. L’important, c’est de performer. Tu t’aperçois de tes vrais amis, dans de telles situations. Bob Gainey fut là, pour moi. Il m’a même sauvé, car son message aux fans les a un peu calmés ; mais je peux vous dire que la souffrance était tellement grande que chaque huée me détruisait à petit feu, minait ma confiance. Après les parties, je me cachais pour ne voir personne, je pleurais dans ma voiture à mon retour à la maison. Je m’isolais. La vie était plate. »

Pas une machine

Sa crise d’arythmie a sonné le signal d’alarme : « Le médecin m’a dit que mon coeur était correct. Tout se passait dans ma tête. Je souf frais trop. On ne se défoule pas sur un joueur. Le hockey est un jeu d’erreurs. C’est l’équipe qui en fait le moins qui gagne. Tout ne repose pas sur un seul joueur. Je n’étais pas une machine, mais un joueur qui travaillait tellement fort. Dans la rue, les gens me criaient : «T’es pourri Brisebois !» C’était trop cruel. »

Oui, il a fait une longue thérapie, et sa femme Michèle Gaul, sa complice de toujours, et ses deux filles, l’ont sorti de son trou noir.

« Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elles. Je ne savais plus ce qui se passait. Les médias ont aussi une responsabilité. Je devais être fier : j’avais 30 ans, je jouais dans la LNH…puis, pourtant, je vivais l’horreur. »

Que dit-il aux partisans qui veulent s’en prendre à un joueur ?

« Ils paient leurs billets, ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, mais, plutôt que de huer un seul joueur, soir après soir, n’allez plus au Centre Bell, si ça vous enrage. Vos huées peuvent détruire des gens. J’ai tellement souffert. Ç’a vraiment failli me détruire. Je suis fier d’avoir pu résister.»

La vie plus forte que tout

Lorsqu’on lui demande si c’est la raison de son départ de Montréal, il répond: « C’est clair, que le Colorado fut libérateur. J’ai même connu ma meilleure saison. Ce sont sans doute un peu ses fans-là qui m’ont sorti de Montréal. Vous pouvez vous imaginer la fierté que j’ai ressentie lorsque je suis revenu. C’était ma victoire personnelle. Ils n’avaient pas réussi.

Je le sais, moi, que je n’étais pas censé partir de Montréal ; le CH était mon équipe » souligne Patrice Brisebois, qui a eu peur de ne jamais se relever.



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