Denis Poissant
Le Journal de Montréal
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Le miracle des Blackhawks

Coupe Stanley - Le miracle des Blackhawks

Les joueurs des Blackhawks entourent la Coupe Stanley pour la photo officielle.© Photo AgenceQMI/Alex Urosevic

Denis Poissant
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CHICAGO - Ce que l’organisation des Blackhawks a accompli au cours des trois dernières années tient du miracle.
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Le club végétait dans le bas du classement depuis une éternité. Les gradins étaient vides soir après soir.

À Chicago, tout le monde se balançait de cette équipe moribonde, sans âme. En fait, c’est comme si l’équipe n’existait plus.

Le vieux propriétaire Bill Wirtz s’entêtait à ne pas présenter les matchs à la télé pour d’obscures raisons. À sa mort en 2007, son fils Rocky Wirtz a tout dépoussiéré, embauchant tout d’abord le génie du marketing John McDonough, qui présidait alors les Cubs.

Celui-ci a remis la tête d’Indien sur la mappe big time, à la télé et dans une foule de promotions imaginatives. Pas pour rien que le magazine Forbes parlait déjà l’an dernier du plus «formidable revirement de situation dans l’histoire du sport professionnel»; les billets de saison sont passés de 3000 à 15 000, avec une liste d’attente qui dépassait 7000 avant les séries.

Comme les Bears de 1985

«Je suis estomaqué par toute l’attention médiatique, disait récemment Rocky Wirtz. J’ai vécu ici toute ma vie et les Bears de 1985 étaient incroyables. Mais en ce moment, l’engouement (pour les Hawks) dépasse celui pour les Bears dans le temps. Pour moi, ça dépasse l’entendement.»

Aussi fort que les Bears ? Pas sûr. Mais pas loin. La fièvre est certainement aussi forte que pour les Bulls dans les années 1990. Et cette quatrième coupe ne fera qu’amplifier le phénomène.

Même s’il n’a pas joué durant les séries, le gardien Cristobal Huet a vécu à fond toute l’effervescence entourant les Blackhawks ces dernières années. «Ils ont effectué un revirement de situation majeur», dit-il.

Le terme est faible. Ce n’est pas mêlant, l’équipe n’avait même pas de réceptionniste, ni de responsable des ressources humaines avant l’arrivée de McDonough. Ce dernier a licencié à peu près tout le personnel en place pour repartir à neuf.

«Ils ont changé le bureau complètement en engageant de jeunes gens dynamiques qui voulaient vendre l’équipe d’une belle façon, dit Huet. Ils sont contents d’être là. McDonough a mis les bonnes personnes en place. Et il n’a pas brûlé les étapes. Il a commencé à vendre l’équipe quand les choses ont commencé à aller bien.»

L’héritage de Tallon

C’est bien beau de vendre des t-shirts et des milliers de cossins à la tête d’Indien, encore fallait-il que le produit sur la glace attire les amateurs.

L’ancien directeur général Dave Tallon avait accompli du boulot remarquable avant tous les changements administratifs.

Sa liste d’acquisitions est impressionnante : Patrick Sharp, KrisVersteeg, Tomas Kopecky, Dave Bolland, Troy Brouwer, Duncan Keith, Brent Seabrook, Jonathan Toews, Patrick Kane, Marian Hossa...

Son congédiement pour une erreur de paperasse l’été dernier ne doit pas faire oublier ce qu’il a accompli pour l’organisation.

Son oeuvre a simplement été poursuivie à merveille par Stan Bowman, le fils de l’illustre Scotty.

Aux petits oignons

Chez les Blackhawks, rien n’est laissé au hasard. On apporte une attention particulière à tous les aspects de la business, du deuxième étage au produit sur la glace.

«C’est maintenant devenu une organisation où les joueurs veulent vraiment venir en raison du traitement qu’on leur offre», disait Marian Hossa récemment.

Sans être le plus productif à l’attaque, Hossa a été l’un des joueurs les plus efficaces de ces séries pour les Blackhawks (+8). Il s’est défoncé corps et âme pour l’équipe.

Le Slovaque a raconté à quelques reprises un détail illustrant à merveille ce traitement aux petits oignons réservé aux joueurs.

Après les Jeux olympiques de Vancouver, lui et quatre de ses coéquipiers avaient un match à Uniondale.

Au lieu de les laisser prendre des vols réguliers (comme les joueurs d’autres équipes devaient le faire), les obligeant à se lever souvent en pleine nuit, les Blackhawks ont nolisé un avion juste pour eux.

«Vous ne pouvez savoir à quel point ce fut agréable d’avoir la chance de relaxer, dit Hossa. Avant toute chose, ce vol a démontré l’engagement de l’organisation envers ses joueurs.»

Pas pour rien que ceux-ci ont la tête d’indien tatouée sur le coeur.

Le génie de Scotty

L’attention aux détails, c’est aussi l’embauche de Scotty Bowman à titre de conseiller spécial.

Pendant les séries, on a vu souvent cette tête de hockey sans pareille dans le vestiaire de l’équipe, discutant avec les joueurs et les entraîneurs.

À 76 ans, il est toujours aussi futé. C’est lui (même s’il refuse de prendre le crédit) qui est à l’origine du transfert de Dustin Byfuglien de la défense à l’attaque avant le troisième match de la série contre les Canucks. Demandez au gardien Roberto Luongo si c’était une bonne idée...

L’attention aux détails, c’est trouver le gardien Antti Niemi sur une Zamboni en Finlande et lui offrir un contrat pour des peanuts.

C’est trouver les trous dans la convention collective pour offrir un ingénieux contrat de 12 ans et 62,8 millions $ à Hossa sans trop mettre de pression sous le plafond salarial.

L’attention aux détails, c’est amener le club à l’hôtel en séries même lors des matchs à domicile.

Tous ces détails ont permis aux Blackhawks de remporter leur première coupe depuis 1961.

Et parions que ça ne prendra pas 50 ans avant la prochaine conquête.



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