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Chronique

Bettman et Campbell ont erré

 
Yvon Pedneault
Le Journal de Montréal
15/03/2010 01h21 
Chronique - Bettman et Campbell ont erré
 


Jeudi à Boston, les Penguins de Pittsburgh et Matt Cooke rendront visite aux Bruins. Premier affrontement entre les deux équipes depuis le coup porté à la tête de Marc Savard par le prédateur des Penguins.

La Ligue nationale s’attend à du grabuge. Elle se propose d’y déléguer son préfet de discipline Colin Campbell. Elle va possiblement exiger que Terry Gregson, le responsable des arbitres, soit aussi sur les lieux.

Les deux hommes seront là pour intervenir si jamais le match devient une tribune pour des règlements de comptes.

Ils consulteront le livre des règlements dès qu’il y aura une infraction parce que, semble-t-il, ceux qui doivent s’assurer que l’on respecte les règles du jeu ont raté quelques chapitres.

Si Campbell, plutôt que de s’en remettre aux événements d’octobre dernier alors que Mike Richards a expédié David Booth à l’infirmerie pour trois mois et demi à la suite d’un coup porté à la tête que les officiels ont jugé légal et Campbell également, donc s’il avait voulu exercer le leadership que l’on est en droit d’attendre des penseurs de la LNH, Cooke ne participerait pas à ce match.

On s’attend donc à du grabuge parce qu’on a commis une grave erreur.

Parce que Campbell n’a simplement pas fait son boulot et qu’on doit maintenant mettre en doute son jugement.

Parce que Gary Bettman, dans son rôle de commissaire, s’est caché derrière son préfet de discipline.

HOMME DE CONFIANCE

C’est dans une telle situation que tu veux voir ton homme de confiance, le commissaire, s’afficher et confirmer son leadership.

Bettman s’est abstenu de toute déclaration, publiquement, il n’est pas intervenu dans le dossier et s’il l’a fait en privé, alors il manque tout autant de jugement que Campbell puisque le geste de Cooke n’a pas été sanctionné.

C’était une occasion parfaite d’appuyer la décision des directeurs généraux de modifier le règlement pourtant bien clair sur les tentatives de blesser un adversaire.

Le règlement qui a fait l’objet de longues discussions la semaine dernière stipule pourtant qu’un joueur qui tente de blesser ou qui blesse un adversaire sera chassé. Ce n’est pas si compliqué que ça, n’est-ce pas ?

Mais le débat porte sur la mise en échec. Était-ce une mise en échec légale de la part de Cooke ? Était-ce parce que Marc Savard ou encore David Booth, en octobre dernier, se retrouvaient dans une position vulnérable ?

LE SUJET DE DISCUSSION

Pourquoi soulever de telles questions ? Pourquoi des hommes de hockey, des penseurs, refusent-ils d’aborder le sujet comme il se doit ? Matt Cooke et Mike Richards ont simplement cherché à blesser leurs rivaux. C’était leur intention.

Ce qui nous amène au match de samedi soir au Centre Bell.

Était-ce l’intention d’Andreï Kostitsyn de «sonner» Milan Lucic ?

Kostitsyn a été chassé pour obstruction, et non pour la mise en échec à l’endroit du joueur des Bruins. Mais à partir de l’an prochain, je ne suis pas certain que Kostitsyn terminerait le match.

Le nouveau règlement précise qu’une mise en échec provenant d’un mouvement latéral, d’un mouvement par-derrière ou d’un mouvement étant effectué dans une zone noire entraînera une pénalité de deux minutes ou de cinq minutes en plus d’une pénalité de match.

Kostitsyn avait-il l’intention de blesser Lucic ? J’en doute.

Guy Carbonneau et Greg Millen, les deux analystes de la CBC, estiment que Kostitsyn méritait une pénalité de cinq minutes, qu’il venait de servir une mise en échec à un rival étant vulnérable puisque le joueur du Canadien l’a frappé au moment où Lucic avait la tête tournée, donc qu’il ne pouvait pas voir le coup venir. Ils présument aussi que Kostitsyn a touché avec son épaule la tête de Lucic. Ils soutiennent qu’à partir de l’an prochain, c’est justement ce genre d’infraction qu’on ne tolérera plus.

DIFFÉRENTE OPINION

Mike Milbury croit de son côté que le geste de Kostitsyn était légal, qu’il s’agissait d’une mise en échec correcte : un coup d’épaule à l’estomac de Lucic. Milbury a la même réaction que les directeurs généraux. On veut enrayer les coups à la tête, mais surtout pas éliminer la mise en échec.

Comment éviter toute cette confusion ? Ce sera impossible. Sauf dans des cas comme ceux de Cooke et de Richards.

De prime abord, pour avoir revu la séquence plusieurs fois, je ne crois pas que Kostitsyn a atteint son rival à la tête, mais bien à l’estomac. En principe, les arbitres ont pris la bonne décision. Le joueur n’étant plus en possession de la rondelle, Kostitsyn a créé une obstruction. Cependant, Lucic avait la tête tournée, de sorte qu’il lui était impossible de voir Kostitsyn. Quelle décision doit-on prendre ?

L’an prochain, en posant le même geste, Kostitsyn sera possiblement chassé pour cinq minutes. Écopera-t-il d’une suspension ? Probablement pas. Par contre, si l’on veut enrayer les coups à la tête, on devrait faire preuve de rigueur même si certaines décisions soulèvent la controverse. On devra oser aller plus loin. Dans ce cas-ci, Lucic était vulnérable.

Quant au match de jeudi à Boston, pourquoi Bettman ne sortirait-il pas de sa cachette pour mettre en application la décision des directeurs généraux ?

Qu’il consulte les propriétaires et les membres du comité des règlements. Pourquoi ne pas mettre en application, immédiatement, un règlement pour assurer la protection des joueurs ?

Pourquoi attendre et laisser la porte ouverte aux prédateurs ?

Qu’a la Ligue nationale à gagner, elle qui a déjà un oeil au beurre noir, en attendant à l’an prochain ?




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