Jeudi à Boston, les Penguins de
Pittsburgh et Matt Cooke rendront
visite aux Bruins. Premier
affrontement entre les deux
équipes depuis le coup porté à la
tête de Marc Savard par le prédateur
des Penguins.
La Ligue nationale s’attend à du grabuge.
Elle se propose d’y déléguer son préfet
de discipline Colin Campbell. Elle va possiblement
exiger que Terry Gregson, le
responsable des arbitres, soit aussi sur
les lieux.
Les deux hommes seront là pour intervenir
si jamais le match devient une tribune
pour des règlements de comptes.
Ils consulteront le livre des règlements
dès qu’il y aura une infraction parce que,
semble-t-il, ceux qui doivent s’assurer
que l’on respecte les règles du jeu ont raté
quelques chapitres.
Si Campbell, plutôt que de s’en remettre
aux événements d’octobre dernier
alors que Mike Richards a expédié David
Booth à l’infirmerie pour trois mois
et demi à la suite d’un coup porté à
la tête que les officiels ont jugé légal
et Campbell également, donc s’il
avait voulu exercer le leadership que
l’on est en droit d’attendre des penseurs
de la LNH, Cooke ne participerait
pas à ce match.
On s’attend donc à du grabuge parce
qu’on a commis une grave erreur.
Parce que Campbell n’a simplement
pas fait son boulot et qu’on doit maintenant
mettre en doute son jugement.
Parce que Gary Bettman, dans son rôle
de commissaire, s’est caché derrière son
préfet de discipline.
HOMME DE CONFIANCE
C’est dans une telle situation que tu
veux voir ton homme de confiance, le
commissaire, s’afficher et confirmer son
leadership.
Bettman s’est abstenu de toute déclaration,
publiquement, il n’est pas intervenu
dans le dossier et s’il l’a fait en privé,
alors il manque tout autant de jugement
que Campbell puisque le geste de Cooke
n’a pas été sanctionné.
C’était une occasion parfaite d’appuyer
la décision des directeurs généraux de
modifier le règlement pourtant bien clair
sur les tentatives de blesser un adversaire.
Le règlement qui a fait l’objet de
longues discussions la semaine dernière
stipule pourtant qu’un joueur qui tente
de blesser ou qui blesse un adversaire sera
chassé. Ce n’est pas si compliqué que
ça, n’est-ce pas ?
Mais le débat porte sur la mise en
échec. Était-ce une mise en échec légale
de la part de Cooke ? Était-ce parce que
Marc Savard ou encore David Booth, en
octobre dernier, se retrouvaient dans une
position vulnérable ?
LE SUJET DE DISCUSSION
Pourquoi soulever de telles questions ?
Pourquoi des hommes de hockey, des penseurs,
refusent-ils d’aborder le sujet comme
il se doit ? Matt Cooke et Mike Richards
ont simplement cherché à blesser
leurs rivaux. C’était leur intention.
Ce qui nous amène au match de samedi
soir au Centre Bell.
Était-ce l’intention d’Andreï Kostitsyn
de «sonner» Milan Lucic ?
Kostitsyn a été chassé pour obstruction,
et non pour la mise en échec à l’endroit
du joueur des Bruins. Mais à partir
de l’an prochain, je ne suis pas certain
que Kostitsyn terminerait le match.
Le nouveau règlement précise qu’une
mise en échec provenant d’un mouvement
latéral, d’un mouvement par-derrière
ou d’un mouvement étant effectué dans
une zone noire entraînera une pénalité de
deux minutes ou de cinq minutes en plus
d’une pénalité de match.
Kostitsyn avait-il l’intention de blesser
Lucic ? J’en doute.
Guy Carbonneau et Greg Millen, les
deux analystes de la CBC, estiment que
Kostitsyn méritait une pénalité de cinq
minutes, qu’il venait de servir une mise
en échec à un rival étant vulnérable
puisque le joueur du Canadien l’a frappé
au moment où Lucic avait la tête tournée,
donc qu’il ne pouvait pas voir le coup venir.
Ils présument aussi que Kostitsyn a
touché avec son épaule la tête de Lucic. Ils
soutiennent qu’à partir de l’an prochain,
c’est justement ce genre d’infraction
qu’on ne tolérera plus.
DIFFÉRENTE OPINION
Mike Milbury croit de son côté que le
geste de Kostitsyn était légal, qu’il s’agissait
d’une mise en échec correcte : un
coup d’épaule à l’estomac de Lucic. Milbury
a la même réaction que les directeurs
généraux. On veut enrayer les
coups à la tête, mais surtout pas éliminer
la mise en échec.
Comment éviter toute cette confusion ?
Ce sera impossible. Sauf dans des cas
comme ceux de Cooke et de Richards.
De prime abord, pour avoir revu la séquence
plusieurs fois, je ne crois pas que
Kostitsyn a atteint son rival à la tête, mais
bien à l’estomac. En principe, les arbitres
ont pris la bonne décision. Le joueur
n’étant plus en possession de la rondelle,
Kostitsyn a créé une obstruction. Cependant,
Lucic avait la tête tournée, de sorte
qu’il lui était impossible de voir Kostitsyn.
Quelle décision doit-on prendre ?
L’an prochain, en posant le même geste,
Kostitsyn sera possiblement chassé
pour cinq minutes. Écopera-t-il d’une suspension ? Probablement pas. Par contre,
si l’on veut enrayer les coups à la tête, on
devrait faire preuve de rigueur même si
certaines décisions soulèvent la controverse.
On devra oser aller plus loin. Dans
ce cas-ci, Lucic était vulnérable.
Quant au match de jeudi à Boston,
pourquoi Bettman ne sortirait-il pas de sa
cachette pour mettre en application la décision
des directeurs généraux ?
Qu’il consulte les propriétaires et les
membres du comité des règlements. Pourquoi
ne pas mettre en application, immédiatement,
un règlement pour assurer la
protection des joueurs ?
Pourquoi attendre et laisser la porte
ouverte aux prédateurs ?
Qu’a la Ligue nationale à gagner, elle
qui a déjà un oeil au beurre noir, en attendant
à l’an prochain ?