Albert Ladouceur
Journal de Québec

L'arbitre Auger s'est exposé

Albert Ladouceur

L'ailier gauche Alexandre Burrows, des Canucks, et l'arbitre Stéphane Auger ont débouché une canne de vers. Chacun mérite sa part du blâme. Mais l'un des deux porte davantage la responsabilité de cette controverse dont la LNH aurait voulu se passer.

L'attaquant a déclaré après la défaite devant Nashville, lundi, que l'officiel l'a pressenti avant les hymnes nationaux pour lui dire qu'il n'avait pas apprécié qu'il le fasse mal paraître dans un match précédent contre ces Predators et qu'il lui remettrait la monnaie de sa pièce. Burrows a écopé deux mineures très douteuses en troisième (plongeon et obstruction), la deuxième à moins de cinq minutes de la fin et les Canucks ont perdu.

Auger a reconnu auprès de Colin Campbell avoir adressé la parole à Burrows pour lui reprocher son comportement dans une autre partie. Il nie cependant ses menaces de vengeance. L'ailier des Canucks maintient sa première version faite dans le vestiaire après la partie.

La LNH n'allait pas se ranger publiquement derrière un joueur contre un arbitre. Campbell a imposé une amende à Burrows. La ligue ne veut pas mettre en jeu l'intégrité du jeu. Si elle doit pénaliser l'arbitre, elle le sermonnera en privé, le privera de gros matches et surtout de boulot dans les éliminatoires. Incidemment, Auger n'a supervisé que dix parties des séries depuis ses débuts en 2000.

Auger a gaffé en parlant à Burrows. Il aurait pu refiler son message aux entraîneurs et s'assurer que plusieurs oreilles l'entendraient. Après quoi, Alain Vigneault ou un adjoint aurait prévenu Burrows du ressentiment de l'arbitre. Il n'a pas à provoquer un joueur par un geste ou une parole. Il s'expose inutilement à des problèmes.

Un officiel ne doit pas afficher ses émotions face à un joueur qu'il apprécie ou déteste, à une équipe qu'il préfère, à une autre dont il n'aime pas le style de jeu. En tant qu'autorité suprême sur la patinoire, la neutralité totale s'avère de rigueur. S'il sentait véritablement le besoin de se venger, ce qui ne devrait jamais être le cas, Auger aurait pu agir sans prévenir. Burrows aurait saisi le message, aurait été choqué, mais n'aurait pas eu la matière pour vilipender l'officiel après le match.

NE PAS DÉFENDRE L'ERREUR

Arbitre en chef régional de Hockey Québec- Chaudières-Appalaches depuis 33 ans, François Larochelle ne se range pas inconditionnellement derrière Auger. «Un arbitre doit savoir oublier des choses. Sinon, ces souvenirs risquent de le faire mal réagir. Un arbitre doit ventiler après une partie. Tu deviens moins compétent dans l'avenir si tu gardes une haine en toi», expliquet- il.

Larochelle ne s'étonne pas de la réaction de la LNH. «Je présume néanmoins que Auger a dû se faire parler dans la face derrière une porte close. Pour ma part -et mes officiels le savent tous -je ne soutiendrai jamais l'erreur. Ce n'est pas défendable. Par contre, je protégerai leur intégrité. Reste à voir maintenant comment d'autres joueurs ou des équipes se comporteront lorsque Auger supervisera la partie.» Mais aussi comment les arbitres réagiront avec Burrows. C'est une confrérie tricotée serrée.

À cause de sa longue implication dans le hockey, Larochelle a connu Auger dans sa progression vers la LNH. «Stéphane est un bon gars, un gars cool. S'il a agit comme le prétend Burrows, ce dernier a dû le pousser à bout. Il se développe des animosités entre des joueurs et des officiels dans le hockey.»

UN AGITATEUR

Burrows ne possède pas un dossier vierge. On le classe dans la catégorie des agitateurs, les pestes du hockey. Ils font tout pour aider leurs équipes et parfois au détriment des officiels. Burrows est souvent accusé de plonger ou de feindre une blessure pour piéger l'arbitre et l'opposition. «Face à ces joueurs, des arbitres ont la mèche courte et, dans ce temps-là, de mauvaises décisions peuvent être prises. Voilà pourquoi il importe de s'en tenir au moment présent.»

Ce type de joueur ne déplaît pas qu'à l'opposition. Un confrère de l'Ouest m'a rappelé que, dans la finale de la coupe Stanley en 1989, Pat Burns a ordonné au physiothérapeute Gaétan Lefebvre de rester au banc alors que Claude Lemieux se tordait de douleur sur la patinoire. Il feignait une blessure afin que l'arbitre décerne une punition pour dardage à son agresseur. Lemieux n'a pas eu le choix de se relever et de se rendre au banc. Humilié, il était furieux contre Burns.

Burrows possède quelques gestes douteux à son dossier dont un dardage à Pierre-Marc Bouchard et un coup de patin à Jason Arnott. Beaucoup d'entraîneurs le prendraient toutefois dans leurs équipes. Sa dernière suspension remonte à 2003 dans la ECHL.

L'un plus coupable que l'autre? «Chose certaine, Burrows et Auger ont très mal paru», conclut Larochelle.



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