Gary Bettman a perdu son pari. Qu'il gagne ou non son combat juridique pour stopper la vente des Coyotes de Phoenix au milliardaire canadien Jim Balsillie, le commissaire de la LNH doit se rendre à l'évidence : le hockey ne marche pas dans le sud des États-Unis.
Depuis sa nomination à la tête de la LNH en 1993, Bettman a tenté de vendre le hockey au public américain.
En conformité avec les volontés de ses patrons, il n'a pas craint de déménager des équipes qui évoluaient dans des petits marchés (Winnipeg, Québec, Hartford, Minnesota) dans des marchés incertains (Phoenix, Colorado, Raleigh, Dallas). Il a aussi déployé la ligue dans des marchés presque hostiles, à Colombus, Nashville et Atlanta. En somme, le hockey a quitté ses marchés naturels pour s'aventurer en terrain inconnu.
En difficulté
Aujourd'hui, la LNH en paie le prix.
Au terme de son règne de 16 ans, Bettman se retrouve à la tête d'une ligue en difficulté. Sa stratégie d'expansion connaît des ratés depuis quelques années. Avec la sévère récession qui a frappé les États- Unis, les équipes logées dans le Sud connaissent des tensions financières plus fortes que jamais.
Aux États-Unis, la popularité du hockey est en déclin.
Les équipes d'Atlanta, Colombus et Nashville ne parviennent pas à remplir leur complexe sportif.
Frappés les plus durement par la crise, les gens de la Floride et de l'Arizona sont peu nombreux à assister aux matchs des Panthers, du Lightning et des Coyotes. Les équipes déploient des trésors d'imagination pour les attirer dans leur enceinte : les Panthers ont déjà offert un billet gratuit sur présentation d'un permis de conduire de la Floride, tandis que les Coyotes ont invité leurs supporters à des soirées «All you can eat».
Le cas des Coyotes
Installés à Phoenix depuis 1996, les Coyotes sont un symbole de l'échec de la stratégie de Gary Bettman.
Le propriétaire, Jerry Moyes, dit avoir accumulé des pertes de 200 M$ depuis qu'il a acheté la l'équipe de l'Arizona en 2001. La franchise est maintenue en vie grâce aux millions de la LNH. Épuisé et endetté, Jerry Moyes a placé son équipe sous la protection de la Loi sur la faillite. Du même coup, Jim Balsillie lui a présenté une offre de 212,5 M$ pour les Coyotes, conditionnelle à leur déménagement dans la région de Hamilton.
La LNH est maintenant dans une impasse.
Têtu, Gary Bettman veut que les Coyotes demeurent à Phoenix. Il est à la recherche d'un acheteur local. Selon sa grande stratégie d'expansion, il y a un avenir pour le hockey en Arizona.
Pour lui, le retour des anciens Jets de Winnipeg au Canada équivaudrait à un aveu d'échec. C'est pourquoi il ne peut se permettre de perdre son bras de fer avec le propriétaire de RIM, Jim Balsillie.
Avec son offre, Balsillie veut forcer la main de la LNH. Sans l'accord des propriétaires de la ligue et de Bettman, il ne pourra toutefois pas déménager les Coyotes en Ontario.
À son troisième essai pour mettre la main sur une équipe de la LNH, le propriétaire de RIM devra convaincre et séduire.
Ni la LNH ni Bettman n'aiment être bousculés, mais pendant combien de temps pourront-ils cracher sur les millions de Balsillie en ces temps économiquement incertains ?
La LNH devra revoir son rêve d'une ligue de hockey déployée partout aux États-Unis avant qu'il ne tourne en cauchemar...