Agence QMI

John Scott aurait souhaité un meilleur traitement

John Scott aurait souhaité un meilleur traitement

John Scott.Photo USA Today Sports

John Scott essayait ses gants, ces fameux gants conçus spécialement pour le match des étoiles, quand le directeur général des Coyotes de l'Arizona est venu le voir.

«Hé John, je peux te parler une seconde?»

Scott ne se doutait de rien. Quelques minutes auparavant, il blaguait avec ses coéquipiers. Il leur montrait ces gants qui lui faisaient réaliser que lui, le dur à cuire de 33 ans, disputerait le match des étoiles aux côtés de l'élite de la Ligue nationale de hockey.

Dans une longue chronique publiée jeudi sur le site The Players' Tribune, Scott raconte cette discussion qui a tout changé.

«Tu as été échangé», lui a dit Don Maloney.

Scott refusait d'y croire.

«Non, non, il blague, il me niaise», se répétait-il.

Scott refusait d'y croire parce que selon lui, les durs à cuire ne sont pas échangés à la mi-saison, lorsque leur équipe gagne.

«Si vous connaissez cette ligue, vous savez que ça n'arrive pas», explique-t-il au Players' Tribune.

Scott peinait à digérer la nouvelle, et il savait que ce serait de même pour sa famille.

Avec deux petites filles et une femme enceinte de 9 mois, de jumeaux par surcroît, la suite s'annonçait compliquée.

Pas un gars comme lui

En fait, Scott se doutait depuis un moment que l'histoire prendrait éventuellement cette tournure, mais il n'avait jamais vraiment voulu y penser.

«Tu es 30e au scrutin pour le match des étoiles, lui avait texté un coéquipier, quelques semaines auparavant. Ils ne te laisseront jamais jouer, John. Ils ne te laisseront jamais y aller. Pas un gars comme toi.»

Pourtant, Scott ne désirait pas être un dur à cuire. Jeune, il était un défenseur purement défensif, qui idolâtrait Raymond Bourque. Non, il n'a jamais eu le talent d'un joueur étoile. Il a été retranché par toutes les équipes de junior B qui lui ont accordé un essai parce qu'il était trop grand, trop lent.

Il a réussi à gagner en vitesse et a choisi de devenir ingénieur. Il a joué pour l'équipe de l'université Michigan Tech. Avant ses 23 ans, il ne s'était jamais battu.

Après avoir obtenu son diplôme, Scott a reçu des offres d'emploi. Et il a aussi reçu une autre offre, encore plus alléchante... celle de jouer dans la Ligue américaine, avec les Aeros de Houston.

C'est là qu'il s'est battu la première fois, contre un adversaire beaucoup trop fort pour lui: D.J. King. Même son entraîneur l'avait averti de ne pas s'y mesurer. Il ne l'a pas écouté et a encaissé une solide droite en pleine mâchoire.

Scott n'a pas aimé recevoir le coup, mais il a adoré l'appui de ses coéquipiers.

«C'est comme ça que c'est arrivé. J'ai pris ce rôle, parce que c'était ma façon d'avancer, pas parce que c'était dans ma nature», explique-t-il dans la chronique.

L'appel et le respect

Il était à sa dernière année de contrat dans la Ligue américaine quand il a reçu un appel du Wild du Minnesota. Il était demandé par le grand club. Mais comble de malheur, il n'a jamais pu se rendre auprès de l'équipe: il n'avait pas son passeport avec lui.

Alors qu'il croyait que c'en était fait, Scott a eu un autre appel. Il a affronté les Red Wings de Detroit, puis d'autres équipes. Petit à petit, il s'est fait sa place.

Quand ses filles sont nées, Scott a changé. Il est devenu moins obsédé par son rôle.

«Je suis devenu le joueur de hockey qui, je l'espère, les rend fières. J'ai même marqué trois buts avec les Sharks [de San Jose] la saison dernière. Elles ont adoré.»

C'est pourquoi Scott ne l'a pas digéré quand il s'est fait demander par la ligue si ses enfants seraient fiers de le voir au match des étoiles.

«C'est à ce moment qu'ils m'ont perdu. Au départ, [...] je comprenais la position de la ligue. Ils n'ont pas mâché leurs mots. "Ce n'est pas un match pour toi, John". Mais je comprenais quand même.»

Un joueur de la LNH

Ce que Scott n'a pas apprécié, c'est le traitement que lui a réservé le circuit.

«Si je ne crois pas que je mérite d'être au match des étoiles, je ne pense pas non plus que je mérite le traitement qu'ils m'ont réservé», a-t-il dit au Players' Tribune.

Il poursuit : «Je suis un joueur de la LNH, et peu importe mon talent, le fait que je sois un joueur de la LNH n'est pas un accident. [...] J'ai patiné tous les jours depuis que j'ai trois ans pour en devenir un. J'ai persévéré même quand j'ai été retranché dans les juniors et oui, je me suis battu pour devenir l'un d'eux.

«Cela représente beaucoup pour ma famille. Alors c'est là qu'ils m'ont perdu. Parce que je ne mérite peut-être pas d'être au match des étoiles, mais je sais que je mérite d'être le juge de ce qui rendra mes enfants fiers ou non.»

Un jour, assure Scott dans la chronique, il racontera toute cette histoire à ces enfants.
Ils en riront... et peut-être même qu'ils essayeront les fameux gants, conclut-il.

---

Pour lire l'intégralité du texte sur Players' Tribune, cliquez ici.

Aussi sur Canoe.ca



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos