À la prochaine crise

Chronique

Mathieu Darche et ses coéquipiers du Canadien sont revenus dans les bonnes grâces des partisans après avoir remporté deux victoires d’affilée aux dépens des Bruins. © Martin Chevalier/Agence QMI


Marc De Foy

Souhaitez-vous toujours des changements majeurs chez le Canadien maintenant que votre équipe est retombée sur ses pattes? Non, il ne s'agit pas d'un sondage ni d'une moquerie.

Personnellement, je porte un intérêt mitigé aux sondages, qu'on parle de sport, de politique ou de n'importe quoi d'autre. Non pas que je n'accorde pas d'importance à l'opinion des gens, mais l'exercice a un côté opportuniste et assassin.

Que va-t-on répondre si on nous sonde sur une personnalité en vue ou sur le rendement d'une organisation sportive lorsque les choses ne vont pas bien pour elles?

La réponse est automatique en politique, surtout avec le climat de morosité qui règne dans la population en ce moment. Les gens ne croient plus que les politiciens sont capables de changer les choses.

C'est la même chose avec le Canadien. On entend un peu partout que ses partisans sont bipolaires, mais il serait plus juste de dire qu'ils s'accrochent au moindre espoir.

Le Canadien, c'est un exutoire, mais vient un moment où l'élastique pète.

Comme la semaine dernière, les gens voulaient du changement.

Les trois victoires contre les Flyers de Philadelphie et les Bruins de Boston ont calmé les esprits, mais la prochaine série d'insuccès va sans doute contribuer à raviver la colère.

LA PATIENCE A SES LIMITES

Les amateurs qui espèrent revoir ou vivre un premier défilé de la coupe Stanley sur la rue Sainte-Catherine n'entrevoient pas le jour où ça va se produire.

Les plus âgés attendent depuis 18 ans. En faisant abstraction de la saison du lock-out, le Tricolore a participé en moyenne à une série par année au cours de cette période, n'en remportant que six sur un total de 17.

L'équipe s'est qualifiée pour les séries au cours des quatre dernières saisons, atteignant la ronde de demi-finale, pour la première fois depuis 1993, avec une formation remaniée de fond en comble, il y a deux ans.

Jaroslav Halak fut le grand responsable de cette folle équipée imprévue. Le Canadien l'a remercié en l'échangeant aux Blues de Saint Louis, mais le gardien Carey Price lui a donné raison de garder confiance en lui.

Tout s'est arrangé devant le filet, mais l'équipe continue de faire du surplace. C'est ce qui décourage les partisans.

Le Tricolore a terminé 19e au classement général après les grands changements apportés derrière le banc et dans le vestiaire par Bob Gainey. Il est monté en 14e place la saison dernière avant de s'incliner au premier tour des séries face aux Bruins.

Parce qu'il a perdu contre les éventuels champions de la coupe Stanley, on s'est remis à rêver.

LOGIQUE NON RESPECTÉE

Geoff Molson s'applique-t-il à prêcher la bonne parole à titre de premier patron du Canadien ou se base-t-il sur l'expertise de ses hommes de hockey pour maintenir que son équipe possède le potentiel pour remporter la coupe Stanley au printemps prochain?

Les amateurs, qui n'ont plus rien à cirer des plans quinquennaux qu'ils se font enfoncer dans la gorge depuis trop longtemps, ne demandent qu'à le croire.

Or, si les décideurs du Centre Bell s'en étaient remis à leur plan, ils auraient été plus patients avec Guillaume Latendresse, Matt D'Agostini, même Sergei Kostitsyn et Mikhail Grabovski.

Ils n'auraient pas sacrifié Ryan McDonagh pour mettre la main sur Scott Gomez, dont le contrat pèse plus lourd chaque jour qui passe.

Quand on veut bâtir une équipe avec des choix au repêchage, on les garde au moins jusqu'à ce qu'on ait la certitude qu'ils n'ont pas ce qu'il faut pour réussir.

Tous les directeurs généraux qui sont passés chez le Canadien depuis sa dernière coupe Stanley, de Réjean Houle à Pierre Gauthier en passant par André Savard et Bob Gainey, ont déclaré que le succès passe par la stabilité.

FINIR DERNIERS?

Les amateurs, quant à eux, ont le sentiment que l'équipe passe son temps à tourner en rond, d'où leur désir de changement dans les moments de déprime.

Reste enfin l'alternative extrême prônée par certains qui consiste à terminer parmi les derniers au classement général pour mettre la main sur les meilleurs espoirs juniors disponibles.

Certains d'entre vous, qui nous ont écrit, se disent que tant qu'à ne pas gagner, aussi bien tout démolir, passer le râteau et recommencer à neuf.

Mais êtes-vous vraiment prêts à en subir les conséquences?

Le prix à payer est énorme. Les Blackhawks de Chicago ont raté les séries neuf fois en 10 ans avant de remporter une première conquête de la coupe Stanley en 49 ans.

Les Panthers de la Floride montrent une séquence de 10 saisons sans participation aux séries.

Les Islanders de New York et les Blues de Saint Louis ont été éliminés du tournoi printanier cinq fois en six ans depuis le retour du lock-out.

Les Kings de Los Angeles, qui misent sur plusieurs bons jeunes joueurs, ont été sortis en première ronde deux années de suite après avoir été exclus des séries durant six ans.

Auriez-vous encore la patience d'appuyer vos favoris?

On veut Avery!

Il semble que les fans des Rangers exercent un plus grand pouvoir sur leur équipe que leurs vis-à-vis montréalais sur le Canadien.

Les Rangers espèrent en effet réintégrer Sean Avery dans leurs rangs après l'avoir cédé à leur équipe-école du Connecticut à la fin du camp d'entraînement. Ils seront fixés à midi aujourd'hui puisqu'ils devaient d'abord exposer le controversé attaquant au processus du ballottage.

L'équipe new-yorkaise a pris cette mesure quatre jours seulement après que leurs partisans eurent réclamé à grands cris le retour d'Avery lors de son match d'ouverture locale.

On peut cependant se demander ce qu'en pense John Tortorella. L'entraîneur des Blueshirts n'est pas le plus grand fan d'Avery.

En annonçant son retrait de la formation avant la rencontre inaugurale des siens au début d'octobre, il avait expliqué avec son franc-parler qu'il misait sur de meilleurs joueurs pour lui faire place.

QUEL CADEAU!

Alors qu'il était commentateur au réseau de télé TSN, Tortorella avait aussi fustigé Avery lorsque celui-ci avait émis des commentaires désobligeants au sujet d'anciennes copines qui fréquentaient d'autres joueurs de la Ligue nationale.

Il avait déclaré qu'Avery n'avait pas sa place dans la LNH, mais deux semaines après son embauche au poste d'entraîneur des Rangers, ces derniers s'appropriaient les services du zouf au ballottage.

Beau cadeau empoisonné! De son côté, le directeur général des Rangers, Glen Sather, affirme qu'on apprend à aimer Avery en le côtoyant régulièrement.

Tout le monde a droit à une deuxième chance, mais Avery est de cette race d'athlètes qui ont neuf vies.

S'il revient avec les Rangers, il retrouvera ses partisans, jeudi, face aux Duck d'Anaheim.

Deux jours plus tard, ce sont les joueurs du Canadien qui l'auront dans les pattes.


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