Un premier signe pour Martin

Chronique

Le congédiement de l’entraîneur adjoint Perry Pearn ne remet pas en doute les compétences de l’homme, en poste depuis 2009, mais fait plutôt partie d’un « processus », selon le directeur général Pierre Gauthier. © Archives/Agence QMI


Marc De Foy

Au moment où les demandes d'entrevue s'accumulaient sur le bureau de Pierre Gauthier, le directeur général du Canadien a convoqué les médias, avant le match d'hier soir contre les Flyers de Philadelphie, pour annoncer que Perry Pearn avait été relevé de ses fonctions d'entraîneur adjoint.

Comme vous, on est plus surpris par la teneur de la nouvelle.

Pourquoi congédier Perry Pearn?

Gauthier a indiqué que cette décision n'exprime en rien l'opinion de l'organisation sur le travail et le professionnalisme de Pearn.

Bien sûr, on l'a interrogé sur le statut de Jacques Martin. Bien sûr, il s'est porté garant de son entraîneur.

Par contre, c'est lui qui a décidé que Pearn n'avait plus sa place au sein du personnel d'entraîneurs.

C'est peut-être un premier signe de désapprobation à l'endroit de Martin.

Depuis quand un directeur général congédie-t-il un simple entraîneur adjoint en pleine saison ?

Martin a dû l'avaler de travers puisqu'une longue amitié le lie à Pearn, qui a travaillé sous ses ordres, durant plus de 11 saisons, avec les Sénateurs d'Ottawa et le Tricolore.

Pearn s'est vu offrir un autre poste, mais il n'a pas encore fait connaître sa réponse.

Gauthier n'a pas caché qu'il s'agissait d'une dure journée pour Martin.

«Jacques avait de bons arguments pour débattre du sort de Pearn», a-t-il dit,

«Mais il n'a pas pris de temps à comprendre dans quel contexte on faisait ça.»

Si on lit bien entre les lignes, il n'était pas question que Gauthier revienne sur sa position.

EXPLICATION NÉBULEUSE

Devant les journalistes, il a parlé d'une réorganisation qui va apporter d'autres changements qu'on ne verra pas au jour le jour, mais avec le temps.

Ce n'est pas clair, mais qu'est-ce qui l'est au sein de cette organisation qui n'a plus de prestigieux que le nom?

Les amateurs qui n'en peuvent plus de voir leur équipe tourner en rond devront continuer à prendre leur mal en patience.

Pendant combien de temps encore?

Tant et aussi longtemps que Geoff Molson ne perdra pas son calme ou que l'investissement de 600 M$ dans lequel il a convaincu ses deux frères et d'autres partenaires financiers de participer ne rapportera plus les dividendes voulus.

Pour le moment, Gauthier prône la patience et la continuité.

«Ce n'est pas un gros échange ou un changement comme celui auquel on vient de procéder qui vont faire nécessairement qu'on deviendra plus efficaces», a-t-il argué.

RENCONTRE AVEC LES JOUEURS

En somme, la solution devra venir de l'interne.

«C'est nous tous qui devons être meilleurs, les gens de la direction, Jacques Martin et les joueurs», a dit Gauthier.

«Lorsque j'ai communiqué le départ de Pearn aux joueurs, je leur ai mentionné qu'il était temps que les choses changent.»

«Je leur ai dit que je faisais mon travail, que Jacques Martin accomplit le sien et que nous sommes confiants de les voir faire le leur.»

Il faut croire que le message a été entendu puisque, contre toute attente, le Canadien a planté les Flyers.

LE SOLEIL VA ENCORE SE LEVER

Reste à savoir si cette victoire aura l'effet d'entraînement désiré.

Si le Tricolore s'incline ce soir à Boston et à nouveau samedi contre ces mêmes Bruins au Centre Bell, la tempête repartira de plus belle.

On recommencera à réclamer des têtes.

«Je m'attends qu'à un moment donné, on me dise : et ton job à toi?», a lancé Gauthier.

«Le soleil se lève à tous les matins, mais on ne sait jamais ce que la journée va nous réserver.»

«Malgré les embûches, on va toujours de l'avant. Le soleil va encore se lever, de-main matin, pour Jacques Martin et toute notre organisation.»

Tous les membres de l'équipe ont sans doute abordé la journée de meilleure humeur, ce matin, mais les sceptiques seront encore nombreux dans le public.

UNE SEULE CRAINTE DANS LA VIE

Avec une trentaine d'années d'expérience à son actif dans la Ligue nationale, Gauthier se dit conscient des exigences et des réalités de son boulot.

«Mais je n'ai pas peur», a-t-il déclaré sur un ton ferme.

«La seule chose pour laquelle j'entretiens des craintes dans la vie est mon état de santé et celui de mes proches.»

«De me retrouver sur la sellette est une réalité quotidienne de mon métier.»

«C'est comme ça 365 jours par année depuis 30 ans. Ça fait partie du monde dans lequel je travaille.»

Là-dessus, Gauthier a regardé sa montre et lancé: «Hé! je pense qu'il y a un match qui est sur le point de commencer.»

Il a quitté avec le sourire en direction de sa loge sur la tribune de presse. Mais il devait bouillir en dedans lorsque la rencontre a commencé.

Tout le monde était sur le gros nerf dans les gradins, dans les bars sportifs ou devant le téléviseur.

Personne ne comprenait que la guillotine ait tombé sur un obscur entraîneur-adjoint.

Pearn n'était pas le coupable qu'on cherchait, mais c'est lui qui a payé.

Ça commence parfois ainsi quand les choses vont mal.


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