Debout dans la tempête

Chronique

Pour la première fois depuis qu’il dirige le Canadien, Jacques Martin est l’objet de nombreuses critiques. © Chantal Poirier/Journal de Montréal


Marc De Foy

Presque tous les entraîneurs y passent, à Montréal plus que partout ailleurs dans la Ligue nationale de hockey. Pour la première fois depuis qu’il dirige le Canadien, Jacques Martin se retrouve sur la sellette.

À tort ou à raison, journalistes et amateurs supputent sur le statut du vétéran entraîneur, certains allant déjà même jusqu’à dresser une liste de candidats potentiels à sa succession.

Mais malgré tout ce qu’on en peut en penser et en dire, c’est au septième étage du Centre Bell que ces décisions se prennent.

On peut présumer que Martin jouit encore du soutien de Pierre Gauthier. Mais on pensait que Guy Carbonneau dirigerait le Tricolore aussi longtemps que Bob Gainey en serait le directeur général.

Tout repose, finalement, sur le degré de patience du propriétaire. Si celui-ci pointe son pouce vers le bas, c’en est fait. Un nouvel entraîneur s’amène.

APPUI NÉCESSAIRE

Pour le moment, le poste de Martin ne paraît pas en jeu, mais une autre mauvaise semaine pourrait inciter les décideurs de l’organisation à se pencher sur son cas. Ce n’est pas idéal comme cadre de travail. Il doit y avoir des moments où l’entraîneur se sent bien seul. Mario Tremblay, Michel Therrien et Carbonneau sont passés par là.

« C’est là que tu as besoin du meilleur appui possible, particulièrement de ton personnel d’adjoints et de ton directeur général », dit Carbonneau.

« Je ne dis pas que les amateurs et les journalistes ne connaissent pas le hockey, mais en tant qu’entraîneur, on voit et on sent des choses que les gens de l’extérieur ignorent. »

Tremblay a une bonne idée de ce que doit ressentir Martin.

« Ce n’est pas le fun. C’est sûr qu’il ne doit pas dormir sur ses deux oreilles », pense-t-il.

« Tu essaies de trouver des solutions, tu as hâte que la situation s’améliore. Car plus les défaites s’accumulent, plus ça devient difficile. »

Tant Carbonneau que Tremblay estiment Martin bien armé pour naviguer dans la tempête. En 25 ans dans le monde du hockey professionnel, Martin en a vu d’autres, effectivement. Le milieu ne lui est plus étranger en rien.

« L’important est de rester positif », continue Tremblay.

« Il ne faut pas que les joueurs sentent l’entraîneur déprimé. L’entraîneur est le chef de file, c’est lui qui mène la barque. Il doit paraître responsable et sûr de lui.

« C’est quand tu commences à baisser les bras que les choses se gâtent.»

Tremblay a gardé la tête haute jusqu’à la fin, lors de son séjour de deux ans à la barre du Canadien. Le jour de son départ, on s’en rappellera, il a montré du doigt des chroniqueurs qui lui avaient mené la vie dure. Sa sortie fut fracassante.

L’ESPOIR FAIT VIVRE

Comme Tremblay, Therrien pense qu’un entraîneur ne doit pas se réfugier dans la cale quand la tempête fait rage.

« Suffit qu’on remporte une, deux ou trois victoires pour croire qu’on est relancés », dit-il.

« On vit d’espoir. On ne peut commencer à se demander quel sort nous attend si on perd notre prochain match. »

Même quand on en est à notre deuxième chance dans le métier ?

« En toute honnêteté, je n’ai jamais travaillé avec la crainte que je pouvais perdre mon poste », raconte Therrien.

« Quand ton équipe traverse une mauvaise période, tu travailles sur des solutions. À ma troisième saison à Pittsburgh, je pensais encore en avoir pour ramener l’équipe sur les rails.

« Tu essaies de communiquer plus avec tes joueurs pour avoir le pouls de la chambre, déjà que, personnellement, je crois beaucoup à la communication. Tu t’assois avec ton personnel pour voir si tout le monde loge à la même enseigne.

« C’est sûr que ce n’est pas facile à vivre, mais c’est un beau défi. »

COMME UN COUP DE MASSUE

Quand on dit à Carbonneau qu’il n’avait pas reçu de signes avant-coureurs de son congédiement, il s’interpose.

« Il ne faut pas être bête non plus », fait-il valoir.

« L’équipe n’allait pas bien. On avait perdu huit matchs en février. Mais je voyais des améliorations.

« Le plus dur pour moi, c’est que je ne m’attendais pas à ce qu’on me mette dehors. »

Il ne fut pas le seul.

Contrairement à Alain Vigneault et Michel Therrien, absolument personne n’avait prévu le coup ni demandé sa tête.

Surtout qu’après une récolte de 56 points en première moitié de saison, performance qui avait été précédée d’une première saison supérieure à 100 points en 15 ans et un premier championnat d’association en 19 ans, Gainey avait décrit l’embauche de Carbonneau comme le coup de maître de son règne, jusque-là à Montréal.

Plus de 30 mois après les événements, Carbonneau est incapable d’en dire plus sur ce qui s’est passé. Plus aucun mot ne sort de sa bouche quand la conversation dérive là-dessus.

À titre d’anciens membres de la confrérie, Tremblay et Carbonneau ne veulent pas égratigner Martin. Il n’y a rien de plus insultant pour un entraîneur que d’être critiqué par un confrère ou par quelqu’un qui a pratiqué le métier.

En parlant du mauvais début de saison de son ancienne équipe, Carbonneau rappelle que plusieurs joueurs manquent à l’appel et qu’il faut tenir compte de cette réalité.

« Mais je ne m’attendais pas à ce genre de début », ajoute-t-il.

UTILISER COLE COMME IL SE DOIT

De son côté, tout en disant que Martin est encore un bon entraîneur, Tremblay se permet une remarque.

« Jacques s’impose une pression inutile en n’utilisant pas Erik Cole en supériorité numérique », affirme-t-il.

« Quand on ajoute dans la formation un joueur gagnant un salaire annuel de 4,5 millions, il faut le faire jouer.

« Je ne connais pas les motifs de Martin. Mais s’il utilisait Cole davantage et que celui-ci ne produisait pas, personne ne pourrait le blâmer de réduire son temps de jeu.

« Qu’il ne l’insère pas dans son attaque massive et qu’il le fasse jouer dans un troisième trio (avant le match d’hier soir), c’est dur à comprendre, surtout que le jeu de puissance ne fonctionne pas et que l’équipe ne gagne pas. »

Cole n’a peut-être marqué que trois buts en supériorité numérique la saison dernière, mais les entraîneurs ne répètent-ils pas continuellement qu’il ne faut pas tenir compte du passé ?

C’est sans compter que Cole ne jouait pas à Montréal, mais bien en Caroline.

Attend-on trop de Cole ?

Ian Laperrière semble le croire, même si on parle d’un joueur à qui le Canadien s’est engagé à verser la jolie somme de 18 millions sur une période de quatre ans.

Pour l’ancien joueur des Flyers, Cole est un Mathieu Darche avec un peu plus de talent.

Comme quoi Laperrière possède encore son côté agitateur.


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