Que le Canadien se retrouve en avant-dernière
place dans l’Association de l’Est
est déjà préoccupant. Mais quand il offre
une contre-performance désolante comme
celle qu’il a présentée jeudi soir à Pittsburgh, il
y a vraiment lieu de s’inquiéter.
Le Tricolore est apparu comme une équipe à plat,
sans âme et totalement désorganisée face aux Penguins.
En somme, il ressemblait vraiment à une équipe de son
rang au classement.
Pourtant, ses rivaux étaient privés de leurs trois
meilleurs joueurs, soit Sidney Crosby, Evgeni Malkin et
Kris Letang.
Cette défaite gênante a de quoi être perçue comme un
mauvais présage. Les dénigreurs de Jacques Martin
ont commencé à demander sa tête et à faire campagne
pour l’embauche d’un entraîneur à l’allure plus
dynamique, genre Bob Hartley, qui mettrait plus de
vie sur le banc.
À ceux-là, on dira qu’on serait très surpris que
Pierre Gauthier fasse appel à Hartley pour remplacer
Martin, si les événements en venaient à l’obliger à s’en
remettre à cette solution radicale.
De toute façon, on n’en est pas là, du moins pas
encore. De plus, il n’est pas dit qu’un changement
d’entraîneur améliorerait la situation.
Le problème est plus profond.
Molson maintient son discours
Dans la tempête, le grand
patron du Canadien, Geoff
Molson, continue de prêcher la
bonne parole. Il maintient que
son équipe possède le potentiel
pour remporter la coupe
Stanley au printemps prochain.
Sa réaction est tout à fait
normale. On le voit très mal
revenir sur la déclaration qu’il
a faite dans le cadre du tournoi de golf de son équipe, il
y a à peine plus de cinq semaines.
De leur côté, Martin et ses joueurs, tout en se disant
conscients de la situation dans laquelle ils baignent, ne
s’énervent pas.
Remarquez bien qu’on ne sait pas ce qui se dit dans
le vestiaire lorsque les portes se referment derrière
nous. C’est dans une période comme celle que le
Tricolore traverse présentement qu’on aimerait être un
petit oiseau pour être dans le vestiaire, mais bon...
On doit se contenter de la ligne du parti, quoique
Tomas Plekanec nous a lancé, hier, ce qu’on peut
interpréter comme un appel au calme quand on lui a
parlé de la réaction du public face au début de saison
difficile que connaît l’équipe.
« Nous misons sur des partisans extraordinaires et
passionnés », a-t-il commencé par dire.
« Je suis sûr qu’ils vont nous encourager à la victoire
lors de notre prochain match contre les Leafs. Nous
pourchasserons le même but. Mais pour qu’un système
de jeu fonctionne, peu importe lequel, il faut que les
20 joueurs en uniforme mettent l’épaule à la roue, sinon
ça ne fonctionne pas.
« Nous allons commencer par mettre ça en pratique
contre les Leafs. Je suis sûr de notre victoire.
« Les amateurs seront heureux de nous voir gagner,
ils cesseront d’échanger la moitié de l’équipe et
l’entraîneur ne sera pas à nouveau congédié », a-t-il
conclu avec un sourire.
Plus tôt, Plekanec avait rappelé que le Canadien n’a
disputé que 6 matchs et qu’il lui en reste 76 à jouer.
Ça veut dire ce que ça veut dire, mais n’empêche
qu’il y a des signes drôlement inquiétants.
Deux lourds dossiers
Commençons par le dossier Andrei Markov, qui
passera une troisième semaine en Floride, où il se
soumet de nouveau à un programme de réadaptation
sous la supervision du chirurgien orthopédiste qui a
pratiqué la deuxième opération sur son genou droit.
Au train où vont les choses, on ne le reverra pas
avant un sacré bout de temps. Or, Pierre Gauthier avait
dit qu’il ne raterait que quelques matchs tout au plus.
Doit-on parler d’un mauvais pronostic médical ou
d’une rechute ?
Passons au cas Gomez.
Sous le prétexte qu’il est un vétéran de plusieurs
saisons dans la LNH, certains joueurnalistes estiment
qu’il manquera au Canadien si la blessure qu’il a subie
à Pittsburgh le force à une longue inactivité.
C’est drôle comme les opinions peuvent changer en
peu de temps !
Personnellement, étant donné qu’il est encore
avec l’équipe, je considérais qu’il fallait attendre le
premier quart de la saison pour voir comment Gomez
reviendrait de la pire saison de sa carrière.
Après un camp d’entraînement disons respectable, il
est revedenu le joueur qu’on voyait la saison dernière,
jusqu’à ce qu’il soit blessé. Au bout du compte, la
durée de son absence pourrait se révéler un facteur
important dans la poursuite des choses.
S’il fallait que David Desharnais ou Lars Eller, ou
mieux encore, que les deux prennent du galon, Martin
n’aurait plus le choix de réduire son temps d’utilisation
à son retour au jeu.
L’entraîneur a traité Gomez avec ménagement la
saison dernière, mais ça ne pourra pas continuer cette
saison si le vétéran joueur de centre ne produit pas.
Gauthier devra se résoudre alors à prendre position
dans ce gâchis. Comme aucune équipe de la LNH ne
semble intéressée aux services de Gomez, il resterait à
l’envoyer à Hamilton ou à le retourner chez lui.
Pendant ce temps, le jeune défenseur Ryan McDonagh,
que le Canadien a envoyé à New York pour mettre la
main sur Gomez, fait des merveilles avec les Rangers.
Son temps de jeu s’élève à plus de 25 minutes par
match et il totalise déjà quatre points en cinq matchs. Il
a marqué le but vainqueur dans la victoire des Rangers,
jeudi soir à Calgary.
Ne pensez-vous pas qu’il aurait sa place dans la
brigade défensive du Tricolore ?
Un temps pour agir
Geoff Molson sait tout ça.
Ne vous méprenez pas : il prend des notes.
Depuis juin dernier, il oeuvre dans le quotidien de
l’équipe qu’il a ramenée dans le patrimoine familial à
coups de centaines de millions de dollars.
On le soupçonne d’être comme son grand-oncle
Hartland de Molson, son grand-père Thomas et leurs
cousins David, Billy et Peter, qui ont mené le Canadien
de main de maître de la fin des années 1950 jusqu’au
début des années 1970.
Il veut gagner.
Reste à savoir combien de temps il est prêt à attendre.