Pas de quoi être optimiste

Chronique

Marc de Foy © Agence QMI


Marc de Foy

Que le Canadien se retrouve en avant-dernière place dans l’Association de l’Est est déjà préoccupant. Mais quand il offre une contre-performance désolante comme celle qu’il a présentée jeudi soir à Pittsburgh, il y a vraiment lieu de s’inquiéter.

Le Tricolore est apparu comme une équipe à plat, sans âme et totalement désorganisée face aux Penguins. En somme, il ressemblait vraiment à une équipe de son rang au classement.

Pourtant, ses rivaux étaient privés de leurs trois meilleurs joueurs, soit Sidney Crosby, Evgeni Malkin et Kris Letang.

Cette défaite gênante a de quoi être perçue comme un mauvais présage. Les dénigreurs de Jacques Martin ont commencé à demander sa tête et à faire campagne pour l’embauche d’un entraîneur à l’allure plus dynamique, genre Bob Hartley, qui mettrait plus de vie sur le banc.

À ceux-là, on dira qu’on serait très surpris que Pierre Gauthier fasse appel à Hartley pour remplacer Martin, si les événements en venaient à l’obliger à s’en remettre à cette solution radicale.

De toute façon, on n’en est pas là, du moins pas encore. De plus, il n’est pas dit qu’un changement d’entraîneur améliorerait la situation.

Le problème est plus profond.

Molson maintient son discours

Dans la tempête, le grand patron du Canadien, Geoff Molson, continue de prêcher la bonne parole. Il maintient que son équipe possède le potentiel pour remporter la coupe Stanley au printemps prochain.

Sa réaction est tout à fait normale. On le voit très mal revenir sur la déclaration qu’il a faite dans le cadre du tournoi de golf de son équipe, il y a à peine plus de cinq semaines.

De leur côté, Martin et ses joueurs, tout en se disant conscients de la situation dans laquelle ils baignent, ne s’énervent pas.

Remarquez bien qu’on ne sait pas ce qui se dit dans le vestiaire lorsque les portes se referment derrière nous. C’est dans une période comme celle que le Tricolore traverse présentement qu’on aimerait être un petit oiseau pour être dans le vestiaire, mais bon...

On doit se contenter de la ligne du parti, quoique Tomas Plekanec nous a lancé, hier, ce qu’on peut interpréter comme un appel au calme quand on lui a parlé de la réaction du public face au début de saison difficile que connaît l’équipe.

« Nous misons sur des partisans extraordinaires et passionnés », a-t-il commencé par dire.

« Je suis sûr qu’ils vont nous encourager à la victoire lors de notre prochain match contre les Leafs. Nous pourchasserons le même but. Mais pour qu’un système de jeu fonctionne, peu importe lequel, il faut que les 20 joueurs en uniforme mettent l’épaule à la roue, sinon ça ne fonctionne pas.

« Nous allons commencer par mettre ça en pratique contre les Leafs. Je suis sûr de notre victoire.

« Les amateurs seront heureux de nous voir gagner, ils cesseront d’échanger la moitié de l’équipe et l’entraîneur ne sera pas à nouveau congédié », a-t-il conclu avec un sourire.

Plus tôt, Plekanec avait rappelé que le Canadien n’a disputé que 6 matchs et qu’il lui en reste 76 à jouer. Ça veut dire ce que ça veut dire, mais n’empêche qu’il y a des signes drôlement inquiétants.

Deux lourds dossiers

Commençons par le dossier Andrei Markov, qui passera une troisième semaine en Floride, où il se soumet de nouveau à un programme de réadaptation sous la supervision du chirurgien orthopédiste qui a pratiqué la deuxième opération sur son genou droit.

Au train où vont les choses, on ne le reverra pas avant un sacré bout de temps. Or, Pierre Gauthier avait dit qu’il ne raterait que quelques matchs tout au plus.

Doit-on parler d’un mauvais pronostic médical ou d’une rechute ?

Passons au cas Gomez.

Sous le prétexte qu’il est un vétéran de plusieurs saisons dans la LNH, certains joueurnalistes estiment qu’il manquera au Canadien si la blessure qu’il a subie à Pittsburgh le force à une longue inactivité.

C’est drôle comme les opinions peuvent changer en peu de temps !

Personnellement, étant donné qu’il est encore avec l’équipe, je considérais qu’il fallait attendre le premier quart de la saison pour voir comment Gomez reviendrait de la pire saison de sa carrière.

Après un camp d’entraînement disons respectable, il est revedenu le joueur qu’on voyait la saison dernière, jusqu’à ce qu’il soit blessé. Au bout du compte, la durée de son absence pourrait se révéler un facteur important dans la poursuite des choses.

S’il fallait que David Desharnais ou Lars Eller, ou mieux encore, que les deux prennent du galon, Martin n’aurait plus le choix de réduire son temps d’utilisation à son retour au jeu.

L’entraîneur a traité Gomez avec ménagement la saison dernière, mais ça ne pourra pas continuer cette saison si le vétéran joueur de centre ne produit pas. Gauthier devra se résoudre alors à prendre position dans ce gâchis. Comme aucune équipe de la LNH ne semble intéressée aux services de Gomez, il resterait à l’envoyer à Hamilton ou à le retourner chez lui.

Pendant ce temps, le jeune défenseur Ryan McDonagh, que le Canadien a envoyé à New York pour mettre la main sur Gomez, fait des merveilles avec les Rangers.

Son temps de jeu s’élève à plus de 25 minutes par match et il totalise déjà quatre points en cinq matchs. Il a marqué le but vainqueur dans la victoire des Rangers, jeudi soir à Calgary.

Ne pensez-vous pas qu’il aurait sa place dans la brigade défensive du Tricolore ?

Un temps pour agir

Geoff Molson sait tout ça.

Ne vous méprenez pas : il prend des notes.

Depuis juin dernier, il oeuvre dans le quotidien de l’équipe qu’il a ramenée dans le patrimoine familial à coups de centaines de millions de dollars.

On le soupçonne d’être comme son grand-oncle Hartland de Molson, son grand-père Thomas et leurs cousins David, Billy et Peter, qui ont mené le Canadien de main de maître de la fin des années 1950 jusqu’au début des années 1970.

Il veut gagner.

Reste à savoir combien de temps il est prêt à attendre.


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