BOSTON - C’est un secret de
Polichinelle, que Guy Carbonneau et
Roland Melanson voulaient que Carey
Price passe une saison dans la Ligue
américaine après avoir mené les
Bulldogs de Hamilton à la coupe
Calder, à sa sortie des rangs juniors.
Ce qu’on savait peut-être moins,
c’est que la directive à laquelle ils
ont dû se conformer ne venait pas
nécessairement de Bob Gainey.
C’est ce qu’on apprend en conversant
avec Melanson, qui occupait les fonctions
d’entraîneur des gardiens de l’organisation du
Canadien, à l’époque.
Melanson raconte l’histoire sans
amertume, mais sa version des faits nous aide
à mieux comprendre la rapide ascension de
Price avec le Tricolore.
À titre de responsable des gardiens,
Melanson avait une vision sur la façon
d’élever les jeunes gardiens de l’organisation
du Canadien.
Ses points de vue étaient généralement partagés
par les principales têtes dirigeantes du
secteur hockey, comme Gainey et Carbonneau.
Pourtant, la haute direction ne voyait pas
les choses tout à fait du même oeil.
«C’était durant les années des célébrations
du centenaire de l’organisation, rappelle
Melanson, qui travaille, aujourd’hui, avec les
gardiens des Canucks de Vancouver.
«À cause
de cet événement, on a dérogé aux plans qu’on
s’était fixés en matière de développement de
nos jeunes joueurs. On a sorti les choses de
leur contexte.»
«Un séjour d’un an dans la Ligue américaine
aurait vraisemblablement été profitable,
pour Carey; mais on voulait en faire le gardien
numéro un immédiatement, à Montréal.
«Ce
n’est pas parce que Patrick Roy avait réussi à
le faire à 20 ans qu’il était dit que Carey en ferait
autant. On parlait d’équipes différentes,
de gardiens différents et de hockey différent.»
«Au retour du lock-out, la Ligue a appliqué
des règles favorisant un jeu plus ouvert. Il
n’est pas rare qu’un gardien reçoive 40 tirs
dans un match.
«Les temps ont changé, à cet
égard. Dernier facteur, et non le moindre, on
sait à quel point il est difficile de composer
dans l’environnement hautement médiatisé de
Montréal.»
Changement de direction
Par ailleurs, Melanson indique que Gainey
ne voulait pas envoyer Price à Hamilton, après
la fin de sa dernière saison junior avec les
Americans de Tri-City, de la Ligue de l’Ouest.
C’est lui qui l’a convaincu des bienfaits,
pour un jeune joueur, d’un premier contact
avec le milieu professionnel.
C’est cet été-là, alors qu’il était devenu
entraîneur en chef du Canadien, que
Carbonneau a déclaré qu’il n’y avait aucun
mal, pour un jeune joueur, à passer par les
ligues mineures, rappelant qu’il avait joué,
lui-même, deux ans, dans la Ligue américaine,
et qu’il projetait agir de même avec Price.
Toutefois, par une belle journée d’automne,
à la fin du camp d’entraînement, à Mont-
Tremblant, Gainey a annoncé que Price
n’allait nulle part et qu’il restait à Montréal.
Pression en haut lieu
Était-ce vraiment sa décision ou avait-il subi
des pressions des hauts dirigeants de l’équipe
en rapport avec les fêtes du centenaire ?
«C’est une bonne question, répond
Melanson. Chose certaine, Carbo et moi ne
partagions pas cette décision.»
Price a bien fait à sa première saison
régulière, mais la situation a commencé à se
gâcher dans les séries.
Le jeune gardien a connu, alors, une longue
traversée du désert, qui s’est, heureusement,
bien terminée.
«Je n’ai jamais craint pour sa carrière.
Carey est doté d’une grande force mentale;
mais j’avais quand même peur que sa
confiance soit affectée.
«On savait aussi qu’il connaîtrait des hauts
et des bas; tous les jeunes joueurs vivent ça.
Heureusement, tout va bien, pour lui,
maintenant, et vous m’en voyez très content.»
Si l’histoire a connu une bonne fin,
Melanson était, pour sa part, vidé lorsque le
Canadien et lui ont coupé les ponts.
«Les deux ou trois dernières années ont été
particulièrement éprouvantes, dit-il. C’est
rare qu’un entraîneur survit 13 ans avec une
équipe. J’ai travaillé sous les ordres de
cinq entraîneurs et quatre directeurs
généraux.
«Quand je suis parti, on était à finaliser
les détails de la vente à un troisième
propriétaire au cours de cette même période.
J’avais besoin de refaire le plein, ce que j’ai
fait en m’accordant une année de repos.»