Un anniversaire douloureux

Centenaire

 

Danny Vear

La grande fête du centenaire du Canadien a pris fin hier soir et il était temps. À force de réveiller les souvenirs de son passé glorieux, le Tricolore a obligé ses partisans à un dur constat : les exploits de leur équipe centenaire font partie du passé et du folklore d'un peuple.

Quand on voit défiler Jean Béliveau, Larry Robinson, Guy Lapointe, Guy Lafleur, Yvan Cournoyer, Serge Savard et tant d'autres au centre de la patinoire du Centre Bell, on reste émerveillé. Tant de succès, tant de talents, tant de fierté aident à comprendre la longue passion des Québécois pour leur équipe de hockey.

Au cours des 100 premières années de son existence, le Canadien a souvent porté les espoirs du peuple québécois.

Dans les années 1950, la formation montréalaise menée par Maurice Richard a accumulé des honneurs qui faisaient, parfois, oublier la petite misère économique du Québec de l'époque.

En mars 1955, les Québécois sont même sortis dans la rue pour protester contre la suspension du Rocket lors des éliminatoires. L'émeute du Forum est perçue comme un des signes de la fin de la Grande Noirceur au Québec.

Dans les années 1960 et 1970, le Canadien a accumulé des succès qui habitent encore l'imaginaire des Québécois de 40 ans et plus.

Avec les Jean Béliveau, Henri Richard, Jacques Lemaire, Guy Lapointe, Steve Shutt, Ken Dryden, Guy Lafleur et les autres, l'organisation a remporté 10 de ses 24 coupes Stanley, dont quatre consécutives entre 1976 et 1979. Ça ne s'oublie pas.

Par la suite, les succès se sont faits plus sporadiques : à peine une coupe Stanley par décennie (soit en 1986 et en 1993). Qu'on le veuille ou non, la dynastie du Canadien n'est plus.

Elle s'est éteinte avec la dernière conquête de la coupe Stanley il y a maintenant 16 ans. Peut-être même un peu avant. Pour la grande joie des amateurs de hockey, il reste une histoire riche, une belle tradition et de jolies photos.

Grandioses

Émouvantes, les célébrations d'hier soir étaient grandioses. Elles ont bercé nos souvenirs. Elles ont montré que le Canadien demeure une grande organisation marquée au sceau de la tradition et de la nostalgie.

En cette année du centenaire, on s'était mis à rêver. Euphorique, le président du Canadien Pierre Boivin avait prédit une première coupe Stanley en 15 ans pour bien marquer l'anniversaire du Tricolore. Ça n'a pas fonctionné : le rêve a tourné au cauchemar.

Dans une triste ironie dont seule l'Histoire a le secret, le Canadien a vécu une année de centenaire catastrophique. Amorcée avec optimisme, la saison 2008-2009 s'est terminée péniblement avec le congédiement de Guy Carbonneau et une élimination rapide des séries éliminatoires.

La nostalgie est cruelle. Elle force les comparaisons. Elle rappelle la morosité et les difficultés de l'édition actuelle du Tricolore.

Pour une rare fois cette saison, le Canadien a semblé inspiré dans sa victoire contre les Bruins, hier soir, après les célébrations du centenaire.

Mais il ne faut pas se faire d'illusions. Le Canadien n'est plus ce qu'il était. Il a subi les répercussions des grands bouleversements qui ont transformé le monde du hockey : augmentation du nombre des équipes, arrivée des joueurs internationaux, hausse des salaires.

Il ne dominera plus le monde du hockey comme il a pu le faire par le passé. Il ne portera plus les espérances d'un peuple en quête d'identité.

Les Québécois aimeront toujours le hockey et le Canadien. Mais ils savent bien qu'ils doivent se résigner à vivre avec une équipe à laquelle ils ont de moins en moins de raison de s'identifier.


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