Jean-Paul Sarault
Agence QMI

Claude Mouton ne l’a jamais eu facile

Les 100 ans du Canadien de Montréal - Claude Mouton ne l’a jamais eu facile

«Claude Mouton a été un de mes meilleurs amis à mon arrivée à Montréal en 1971-72», admet Guy Lafleur (à gauche sur la photo).© LA PRESSE CANADIENNE / Archives

Jean-Paul Sarault

Dans les années 1950, Claude Mouton était vendeur d'étuis à lunettes. Il fréquentait le Rénaldo, populaire bar-restaurant de la rue Saint-Hubert, dans le nord de la ville, où allaient souvent les joueurs du Canadien ainsi que différentes personnalités du monde médiatique. C'était le rendez-vous des sportifs. M. Mouton traversait alors des années de misère et de famine, pour ne pas dire de grande noirceur. Les soirs où les ventes étaient au ralenti, il lui arrivait de faire marquer au bar ou d’emprunter un 5$ à un ami.

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Mais Claude Mouton a retroussé ses manches, s'est pris en main et a su, grâce à son courage, à sa grande détermination et à son travail inlassable auprès d'une multitude d'organisations, retrouver la place qu'il avait toujours souhaité occuper sur la scène sportive. Le club de hockey Canadien a certainement perdu l'un de ses meilleurs «joueurs», à l’extérieur de la patinoire, quand Claude Mouton, qui cumulait les fonctions de directeur des relations publiques et d'annonceur maison au Forum, nous a quittés pour un monde supposément meilleur le 30 mars 1993, emporté par un cancer du pancréas. Il n'avait que 60 ans.

Saviez-vous qu'en plus de son boulot au Forum, Claude Mouton était annonceur maison aux matchs des Expos au parc Jarry et qu'il s'était fait une réputation unique avec sa façon unique de prononcer le nom de John B-O-C-C-A-B-E-L-L-A, lorsque le receveur des Expos se présentait au bâton. Claude a aussi été directeur des sports à CKAC, président du comité organisateur du banquet des gouverneurs de la Palestre nationale, président de l'Union cycliste du Québec, promoteur du Tour cycliste de la Nouvelle-France, copropriétaire du National de Rosemont, principal organisateur du Tournoi international de hockey bantam, annonceur maison des Six Jours cyclistes au Centre Paul-Sauvé et on en passe. À l'époque, il fallait deux emplois pour «arriver».

Grave accident

Le 13 octobre 1969, quelques jours après la fin de la première saison des Expos et au lendemain de son premier match comme annonceur maison au Forum alors que les Blackhawks de Chicago étaient les visiteurs, Claude Mouton a été victime d'un malheureux accident de la route qui faillit lui coûter la vie. Incroyable, mais vrai, Claude résista à 18 fractures. Il n'avait que 36 ans. Dans la fleur de l'âge.

«Je me dirigeais vers Albany, à New York pour faire signer des contrats à des cyclistes étrangers qui devaient participer aux prochains Six-Jours au centre Paul-Sauvé, quand l'accident s'est produit, boulevard Taschereau, non loin du pont Jacques-Cartier», m’avait raconté Claude Mouton. «Une voiture venant en sens inverse frappa la mienne de plein fouet. Le choc fut si violent que mon auto fut sectionnée en deux et pris feu. Il faut croire que mon heure n'était pas venue, car un bon samaritain, qui passait par là, s'arrêta, sortit un extincteur chimique et éteignit les flammes avant de poursuivre sa route. On n'a jamais qui c’était. Ce sont les policiers qui m'ont retiré de ce qui aurait pu devenir mon tombeau.

«La convalescence fut longue, pénible et laborieuse. J'ai même passé six mois à l'hôpital, d'où je transmettais mes éditoriaux au micro de CKAC. J'ai même eu l'occasion de me rendre au camp d'entraînement des Expos où mes amis me déplaçaient en fauteuil roulant. C'est grâce aux bons soins des docteurs Pierre Bertrand et Carol Laurin, ainsi que de mon médecin personnel, Louis Leclerc, que j'ai pu passer à travers. Cette tragédie a laissé des séquelles et j'en suis toujours resté marqué, mais je remercie la Providence si j'ai pu survivre aussi longtemps», disait-il.

C'est justement parce qu'il était capable d'en prendre et qu'il pouvait compter sur de bons soins médicaux et sur l'encouragement des membres de son entourage que Claude a réussi à s’en sortir. Mais il a dit aussi que la discipline et le courage que lui avait inculqué le monde du sport l’avaient aidé à guérir. Résister à une fracture de la cuisse, à une fracture de la hanche et à 14 autres fractures au bras gauche, demande beaucoup de courage. Heureusement que Claude en avait!

Il a été très touché de la sympathie que lui avaient manifesté les gens du milieu, entre autres, Sam Pollock et Dave Molson, du Canadien, et Jim Fanning, des Expos. Plusieurs lui ont téléphoné pour lui offrir leurs voeux de prompt rétablissement. Finalement, Claude a pu reprendre ses activités et était au faîte de sa carrière quand les médecins ont découvert, cette fois, qu'il souffrait du cancer du pancréas, une maladie qui ne pardonne pas. Claude a rendu l'âme en 1993, laissant dans le deuil sa femme Monique et ses deux fils, Pierre et Michel.

Éloges de Guy Lafleur

«Claude Mouton a été un de mes meilleurs amis à mon arrivée à Montréal en 1971-72. Il a été non seulement un ami, mais il représentait un deuxième père pour moi. Il m'a beaucoup aidé et très bien conseillé. L'été, il organisait une tournée de balle-molle à travers la province avec les joueurs du Canadien. Pour moi, c’était toujours un grand plaisir de jouer pour lui tout en aidant les oeuvres de charité.

«À ma retraite, j'ai été nommé ambassadeur du Canadien et Claude a insisté pour que mon bureau soit situé à côté du sien au Forum. Nous discutions souvent de hockey en général et de l'équipe en particulier. Inutile de vous dire que nous n’étions pas toujours d'accord. J'ai été atterré quand j'ai appris sa mort. Ce fut une lourde perte pour l'organisation du Canadien», mentionne Guy Lafleur en parlant du disparu.



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