Jean-Paul Sarault
Agence QMI

«Je voulais mourir» - Dickie Moore

Les 100 ans du Canadien de Montréal - «Je voulais mourir» - Dickie Moore

Dickie Moore.© LA PRESSE CANADIENNE / Paul Chiasson

Jean-Paul Sarault

«Je souffrais le martyre. Je n'en pouvais plus. Je ne me voyais pas finir mes jours en fauteuil roulant. J'étais persuadé d'avoir perdu mon autonomie. J'ai demandé à la Providence de venir me chercher. J'aurais eu du plaisir là-haut avec Toe, Maurice et Doug, entre autres. Mais on n'a pas voulu de moi. Alors, j'ai pris mon courage à deux mains et la vie continue, mais ce n'est pas facile.»

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Dickie Moore aurait pu ajouter qu'il ne l'a jamais eu facile non plus. Mais ce triste accident de la route survenu en 2006, alors qu'un poids lourd l'a frappé de plein fouet, lui laissera toujours des séquelles. On ne se remet pas de fractures de 11 côtes, d'une jambe, d'un bras, etc. du jour au lendemain. «Heureusement que j'ai pu compter sur les bons soins des Dr Mulder et Kinear du club de hockey Canadien, sans quoi je ne sais pas comment j'aurais pu m'en sortir. Je les remercie et leur serai toujours reconnaissant ainsi qu’à la direction du club», insiste pour dire l'ancien ailier gauche.

Ce souvenir est le plus triste de l'existence de Dickie, avec la mort de son fils Richard, nommé ainsi en l'honneur de Maurice, qui succombait, lui, aux blessures subies lors d'un terrible accident de la circulation survenu en banlieue de Montréal. Richard n'avait que 16 ans. Dickie ne s'en est jamais remis.

Moore a bûché toute sa vie pour réussir, tant sur la patinoire, qu'en dehors. Il fut un exemple de courage et de ténacité. Surtout pour les jeunes.

Après avoir gagné la Coupe Memorial, emblème du championnat junior du Canada à deux reprises, avec le Royal Junior d'abord puis avec le Canadien Junior ensuite, Dickie a bu dans la Coupe Stanley six fois avec le grand club du Canadien, en plus de remporter le championnat des compteurs de la Ligue nationale à deux reprises en 1957-58, avec le bras dans le plâtre, puis en 58-59. «En 1957-58, j'avais subi ma blessure lors d'une dure mise en échec de Marcel Pronovost des Red Wings de Detroit. J'ai joué durant les deux derniers mois de la saison, y compris les séries éliminatoires, avec le poignet dans le plâtre. Faut prendre ça comme ça vient», dit-il.

Irvin lui a fait la vie dure

«J'ai eu une carrière bizarre. Personne ne croyait en mes moyens. Quand je jouais junior et senior avec le Royal de Montréal, je travaillais comme commis de bureau au Canadien Pacifique à 35$ par semaine pour arrondir mes fins de mois. Dick Irvin m'a fait la vie dure à mon arrivée avec le Canadien. Il n'aimait pas mon style de jeu. On me disait trop agressif. Trop combatif. Que j'aimais trop le jeu dur. Il faut dire que je venais de Parc Extension. Il n'y avait que six clubs dans la Ligue nationale à l'époque et il fallait tout faire pour garder son job. Quand j'ai monté avec le Canadien à Noël en 1951 en compagnie de Dollar St-Laurent, je n'étais pas à l'aise. Je me sentais perdu au milieu de ce groupe de vedettes et j'avais l'impression de ne pas appartenir à cette grande famille.

«Un jour en 1952-53, le Canadien avait décidé d'accorder un essai de trois parties à Jean Béliveau, la sensation de la Ligue Québec senior avec les As de Québec. Le Grand Jean avait impressionné tout le monde en y allant d'une performance de cinq buts, dont trois dans le même match. Jean avait été rappelé parce que j'étais blessé. Quelle ne fut pas ma stupéfaction en voyant Béliveau sauter sur la glace avec mon chandail, portant le numéro 12. Et pour comble de malheur, Dick Irvin m'avait demandé, après le match en question, si je pensais jamais porter à nouveau le no: 12 un jour», raconte-t-il.

Toe lui a redonné confiance

«C'est Toe Blake, le meilleur instructeur de tous les temps, qui m'a replacé sur la bonne voie et tout simplement transformé. Il m'a redonné confiance en m'enlevant de la pression sur les épaules. Mais je n'ai jamais cessé de travailler pour autant. Autrement, j'aurais perdu mon poste. Lors de mon premier championnat des compteurs, Henri Richard et Adny Bathgate, des Rangers, étaient aussi au plus fort de la lutte.

«Une nuit, sur le train qui ramenait l'équipe de Boston à Montréal, j'ai eu un entretien avec Toe et les frères Richard, Henri et Maurice. Je ne voulais pas nuire aux chances du club dans la course au championnat, ni nuire aux chances d'Henri de gagner le championnat des compteurs. Henri était en bonne santé. Moi, j'avais le poignet dans le plâtre et représentais un point d'interrogation. Il fut entendu que nous allions travailler ensemble, et ce, dans les meilleurs intérêts de l'équipe. Ce fut unanime.»

En 1962, en fin de carrière, Dickie s'est lancé en affaires, fondant une compagnie de location qui porte encore le nom de «Le Centrte de location Dickie Moore» avec comme slogan: «On loue tout...ou presque ». L'entreprise est plus florissante que jamais après plus de 40 ans d'activités. Des roulottes portant l'inscription Dickie Moore location, on en voit partout sur différents chantiers de construction. Et on sait que les chantiers de construction sont plus nombreux que jamais au Québec. On en retrouve aussi à Ottawa et à Toronto, où son fils John, dirige les opérations.

«Quand j'ai fondé ma compagnie, j'ai fait comprendre aux dirigeants du Canadien, qu'il me fallait penser à mon avenir. Ils craignaient, eux, que je me désintéresserais du hockey, mais j'ai toujours donné 100% au jeu et même plus. Je pense bien que tout le monde en est conscient. En 1963, j'ai entendu des rumeurs voulant que le Canadien allait m'échanger. Insulté, j'avais décidé de prendre ma retraite, ne pouvant m'imaginer jouer pour une autre équipe que le Bleu Blanc Rouge. Mais après une saison d'inactivité, Toronto m'a sorti des boules à mites et j'ai pris part à 38 matchs avec les Leafs en 1964-65, avant de terminer ma carrière pour de bon avec les Blues de St. Louis, où j'ai participé à seulement 27 parties en l967-68.»

Élu au Temple de la renommée du hockey en 1974, Dickie, maintenant âgé de 78 ans, a vécu le moment le plus honorifique de sa vie quand la direction du Canadien a retiré son chandail le 12 novembre 2005. Il récoltait ainsi les fruits d'une carrière remplie de bons et de mauvais souvenirs, mais également d'embûches quasi insurmontables.

Quel exemple de courage et de ténacité! Dickie, un vrai de vrai.



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