Jean-Paul Sarault
Agence QMI

Jacques Plante et sa réputation de «séraphin»

Les 100 ans du Canadien de Montréal - Jacques Plante et sa réputation de «séraphin»

Jacques Plante.© LA PRESSE CANADIENNE / Archives

Jean-Paul Sarault

Il était dur au plan financier. Il pouvait couper une cenne en deux. Fallait ménager. Était-il un téléspectateur assidu des Belles Histoires mettant en vedette vous savez qui? Utilisait-il les mêmes méthodes que Séraphin Poudrier pour sauver son «argin»? On ne le saura jamais, car Jacques Plante a apporté son secret dans sa tombe, succombant au cancer le 27 février 1986 alors qu’il était âgé de seulement 57 ans.

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Tout le monde savait que l'ancien gardien du Canadien était économe. Lors des voyages en train, qui conduisaient le Canadien à Chicago ou à Détroit, on dit que «Patate» (c’était son surnom) ne sortait pas de son lit avant 13 ou 14 heures, question de sauver le déjeuner et le lunch. C'est lui qui a inventé les salaires différés, du moins au hockey professionnel. En effet, on dit qu'après son décès, ses enfants touchaient encore des chèques des Blues de St.Louis et des Bruins de Boston, les dernières équipes avec lesquelles il était sous contrat.

J'ai personnellement connu Jacques Plante, autant comme joueur que comme simple ami. En 1966-67, à titre de directeur des sports du nouveau journal dominical Dernière Heure, j'avais embauché Jacques comme analyste des matchs du Canadien le samedi soir. Il était entre ses nombreux retraites et retours. Comme en attente. Il m'avait alors demandé si je pouvais faire son chèque de paye hebdomadaire, qui en passant n'était pas trop élevé, au nom de son fils Michel, question de sauver de l'impôt.

À la défense du paternel

Son fils Michel a toujours soutenu que cette réputation de pingre collée à son père était exagérée. «Je crois que mon père a été un des premiers joueurs de hockey au monde à exiger d'être payé en salaires différés. Je ne pense pas que c'était une mauvaise idée, car d'autres l'ont ensuite imité. Alors qu’il était aux études, il était très studieux et je crois qu'il aurait réussi en affaires s'il n'avait pas fait carrière au hockey. Il venait d'une grosse famille à Shawinigan et économiser était un mot d'ordre. Les enfants ne l'avaient pas facile. Il a appris très jeune à économiser et a su conserver cette habitude au fils des ans.

«Je vous garantis qu'on n'a manqué de rien chez nous. Ma mère Jacqueline a toujours été traitée aux petits oignons ainsi que toute la famille. Il m'a déjà acheté une voiture. Si je lui avais demandé de m'acheter une maison, il n'aurait pas hésité. J'ai déjà été dans les affaires avec mon père et un dénommé Marc Beaudoin, dans la fabrication de masques protecteurs, de 1970 à 1979. Ce fut une bonne expérience, mais la seule», de dire Michel.

Ce dernier n'a jamais été au courant des salaires que son père a pu toucher en 17 saisons dans la Ligue nationale de hockey. «Mais je serais surpris qu'il soit retourné au jeu avec les Blues de St.Louis en 1968-69 et plus tard avec les Oilers d'Edmonton de l'AMH, à moins de 100 000$ par année», laisse entendre Michel Plante.

On se souviendra que Plante a été l'un des meilleurs gardiens de l'histoire, en plus d'un grand innovateur. Il a introduit le masque pour les gardiens de but en 1959, après avoir été sérieusement blessé au visage lors d'un match disputé au Madison Square Garden de New York. C'est lui également qui a enseigné aux autres gardiens, l'art de sortir de leur filet et comment contrôler la rondelle, afin de venir en aide aux défenseurs.

Membre du Temple de la renommée du hockey depuis juin 1978, Jacques Plante a gagné le trophée Vezina six fois avec le Canadien, en plus de cinq Coupes Stanley de suite de 1955 à 1960. En 1962, il fut récipiendaire du trophée Hart, attribué au joueur le plus utile à son club et, en 1968-69, il a gagné une fois de plus le trophée Vézina, et ce, à l'âge de 40 ans. Il partageait alors son travail avec Glenn Hall à St. Louis.

«Patate» a aussi été choisi au sein de la première équipe d'étoiles trois fois et dans la deuxième à quatre reprises. En 837 matchs, il a réussi 82 blanchissages et a conservé une moyenne de 2,38 buts par partie. Jacques a mis un point final à sa carrière le 2 mai 1973. Il a ensuite été directeur général des Nordiques de Québec, mais cette aventure a duré le temps des roses et devait se terminer à l'issue de la saison 1974.

En amour avec Raymonde

Lors des premières années des Expos, au début des années 70, on voyait souvent Jacques Plante au parc Jarry. Tout le monde croyait qu'il était un fervent amateur de baseball et partisan des Expos. Puis on a découvert qu'il fréquentait Raymonde, une Suissesse, directrice des concessions pour les Expos au parc Jarry. Le couple vivait en Suisse l'hiver et à Montréal durant la saison de baseball, à cause du travail de Raymonde.

Cette dernière était à son chevet quand Jacques est mort du cancer en Suisse en 1986. Il a été inhumé à Sierre en Suisse et aucun membre de sa famille n'a assisté à ses funérailles. On remarquait toutefois, Jean Béliveau, qui représentait le Canadien, ainsi que Jean-Claude Tremblay, alors dépisteur pour le Tricolore en Europe. Béliveau déclarait encore récemment, que Jacques Plante et Terry Sawchuk étaient les deux meilleurs gardiens qu'il ait vu à l'oeuvre, mais que dans son livre, Patrick Roy était passé au troisième rang au cours des dernières années.

Jacques Plante avait fait sa dernière présence sur la patinoire du Forum et dans l'uniforme du Canadien, un an avant sa mort, lors d'une célébration marquant le 75e anniversaire du Canadien. Il était entouré, entre autres, d'Aurèle Joliat, Doug Harvey, Toe Blake, Larry Robinson, le Rocket et Bob Gainey. Blake en avait profité pour faire son éloge, soulignant que le Canadien n'aurait jamais gagné cinq coupes Stanley consécutives, sans sa brillante tenue, tout spécialement en séries éliminatoires.

Jacques Demers, s'était lié d'amitié avec Jacques Plante alors qu'il dirigeait les Blues de St. Louis et que Plante était l’entraîneur des gardiens de buts. «C'est incroyable tout le travail qu'il a accompli auprès de nos gardiens en si peu de temps. Le médecin de l'équipe m'avait prévenu qu'il souffrait du cancer, mais personne ne pensait qu'il allait nous quitter aussi rapidement», de déclarer l'ancien pilote du Canadien.

Jacques Plante, un vrai de vrai.



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