Décès d'Émile «Butch» Bouchard


Yvan Martineau

MONTRÉAL - L'ancien numéro 3 des Canadiens de Montréal, gagnant de quatre coupes Stanley, Émile «Butch» Bouchard, est décédé des suites d'une longue maladie, samedi, à l'âge de 92 ans.

«Butch» Bouchard était considéré comme le meilleur défenseur à avoir évolué pour le Tricolore au cours des 50 premières années de son histoire. Il a été le capitaine de l'équipe pendant huit saisons, de 1948 à sa retraite.

«Il était la pierre angulaire des Canadiens», a dit de lui le célèbre Gordie Howe.

«Il a été mon coéquipier durant 15 saisons. J'ai joué avec 325 joueurs et Butch est le seul qui est venu me défendre», avait lancé le Rocket, Maurice Richard, lors de l'intronisation de l'ancien joueur au Temple de la renommée des sports du Québec, en 1985.

Émile Bouchard vivait ces dernières années dans un Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Brossard. Il laisse dans le deuil son épouse, Marie-Claire, ses cinq enfants et sept petits enfants.

Émile Bouchard a joué toute sa carrière avec les Canadiens, de 1941 à 1956. Ce grand joueur, de stature comme de prestige, a eu l'honneur de couronner sa carrière par la conquête d'une coupe Stanley, puis d'être admis au Temple de la renommée du hockey en 1966.

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Cependant, il a fallu attendre la journée du centenaire des Canadiens, le 4 décembre 2009, avant que justice soit rendue par l'organisation et qu'elle se décide à hisser son chandail au sommet du Centre Bell en compagnie des 16 autres légendes des Canadiens qui s'y trouvaient. Bouchard avait alors 90 ans.

Depuis quelques années déjà, l'animateur radio Ron Fournier avait fait du retrait du numéro 3 d'Émile Bouchard son cheval de bataille. Médias et anciens coéquipiers s'étaient ligués pour que la direction du Tricolore se décide à lui décerner cet honneur. Le numéro 3 avait plus tard été porté par un autre illustre défenseur, Jean-Claude Tremblay.

Gordie Howe et Ted Lindsay, dans cette tourmente, avaient déclaré : «C'est impensable que son chandail ne soit pas encore retiré.»

Concert d'éloges

Fait inusité qui fait sourire aujourd'hui, Émile Bouchard s'était rendu à son premier camp d'entraînement avec les Canadiens, de Montréal à Saint-Hyacinthe, sur une bicyclette! Une distance de 80 kilomètres par les routes de l'époque.

Butch Bouchard était l'idole de plusieurs pour sa force brute et ses dures mises en échec appliquées de la hanche. On a dit de lui qu'il était un Louis Cyr sur patins. La légende veut qu'il ait parfois agrippé deux joueurs à la fois, à bout de bras, pour calmer les esprits.

«Il fallait le voir transporter la rondelle, résister aux rivaux qui tentaient de freiner son élan, avait raconté l'acteur et homme de théâtre Gilles Pelletier. Quelle force! Et ses combats ne s'avéraient jamais inutiles. Ils avaient pour but de faire basculer la partie ou de protéger un coéquipier.»

Le 11 mars 1996, puisqu'il était le plus ancien capitaine encore vivant, celui qui portait le «C» au moment du déménagement de l'équipe du Forum au Centre Molson (devenu Centre Bell), Pierre Turgeon, lui avait passé le flambeau dans ce qui se révélait un moment historique.

Bien que joueur étoile, il n'a jamais remporté le trophée Norris remis au meilleur défenseur pour la simple et bonne raison que cette récompense a été instaurée en 1954, à deux années de sa retraite. La voix du hockey à Radio-Canada, René Lecavalier, avait vanté les qualités humaines de celui qui a été considéré comme l'homme fort des années 1940 et 1950 dans la LNH.

«Les déplacements en train vers les autres villes du circuit pouvaient parfois durer plus de 20 heures. Autant Émile Bouchard était un homme fort, le protecteur de tous sur la patinoire, autant il était une oreille attentive et un ami pour ses coéquipiers lorsque quelqu'un avait besoin de se confier dans ces longs voyages.»

Peu de gens s'en souviennent aujourd'hui, mais Émile Bouchard avait également connu beaucoup de succès avec un restaurant, «Chez Butch», dont il était propriétaire et qui se révélait une destination populaire du centre-ville. Il s'était déjà lancé en affaires une première fois alors qu'il poursuivait sa carrière de joueur. Il était apiculteur sur le chemin Chambly, en Montérégie.

Le trophée remis au défenseur de l'année dans la Ligue de hockey junior majeure du Québec est octroyé en son honneur. Le centre sportif situé derrière le Collège Édouard-Montpetit de Longueuil porte son nom.

Dans l'édition de décembre 1947, «Sport et loisirs» rapportait que dans sa jeunesse, à l'école supérieure Le Plateau (sur le Plateau Mont-Royal), Émile Bouchard «se distinguait à notre sport national, à la balle molle, au lancement du poids de 15 livres et à la souque à la corde» L'un de ses fils, Pierre, a également eu la chance de porter l'uniforme des Canadiens pendant huit saisons. Il a fait partie de la génération des Lafleur, Dryden, Robinson et compagnie qui ont remporté cinq coupes Stanley avec les grandes équipes des années 1970.


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