UNIONDALE - Il existe un terrain où Régis Labeaume peut s'aventurer sans crainte d'éveiller la susceptibilité de Gary Bettman. Ce terrain se trouve à Uniondale, où résiste le vétuste Nassau Coliseum, domicile des Islanders de New York.
«S'il faut égaler l'aréna de Long Island, alors là, on est prêt demain matin», avait déclaré le maire de Québec, lors de sa visite à Pittsburgh, le 20 janvier dernier, en référence aux standards de la Ligue nationale de hockey (LNH) auxquels il prétend que la Ville pourrait accéder avec son Colisée actuel.
Unanime
Cette déclaration du maire rejoignait, en quelque sorte, l'opinion du commissaire Bettman, qui a déjà exprimé au sujet des Islanders que «cette équipe a désespérément besoin d'un nouvel amphithéâtre».
L'unanimité rallie tout joueur, artiste, spectateur, employé et tutti quanti qui fréquentent ce «fossile» de la LNH, tel qu'a parfois été qualifié cet aréna inauguré il y a 40 ans. Une visite récente entre ces murs atteste du 30e et dernier rang qu'occupe l'équipe de Charles Wang au classement des amphithéâtres de la ligue.
«C'est une évidence qu'il y a urgence d'un nouvel amphithéâtre. Cette place est tout simplement un piège à feu», émet sans retenue Mike Artusa, happé au passage dans la section 101.
«Rien d'attrayant»
Cet homme de 78 ans agit comme placier aux matchs des Islanders depuis la première saison de l'équipe, en 1972. Il a participé à sa façon au lancement de la LNH à Long Island. Il a assisté, depuis les premières rangées, aux quatre conquêtes de la coupe Stanley, de 1980 à 1983, par leurs grands acteurs, les Mike Bossy, Bryan Trottier, Denis Potvin, Billy Smith, etc. Il a vu vieillir les murs, ici.
Ce qu'on découvre au premier coup d'œil trahit le renoncement perpétuel du Nassau County à investir pour la remise à neuf de ce bien public. La liste des griefs n'en finit plus selon les critères du XXIe siècle: sièges endommagés, salons corporatifs exigus et aux armoires en mélamine, portes ajourées, ascenseurs bruyants, un seul niveau qui ceinture l'amphithéâtre, concessions alimentaires mal adaptées, etc.
«Ce n'est pas pour l'aréna qu'on vient; ça c'est sûr. Il n'y a rien d'attrayant. On vient parce qu'on aime le hockey», souligne un groupe d'amateurs qui font la file devant le comptoir de bières avant le match de samedi dernier contre les Kings de Los Angeles.
«Pas idéal»
Dans le corridor qui permet d'accéder librement au vestiaire de l'équipe locale, les murs se servent toutefois de l'histoire pour maquiller le poids de leurs années. Des plaques cuivrées rappellent l'empreinte des grands, de Bill Torrey et Al Arbour jusqu'aux Bossy, Trottier, Potvin, Smith, Nystrom, etc.
Le vestiaire exigu, les rares espaces pourtant indispensables au quotidien d'une équipe (physiothérapie, équipement, bureau d'entraîneurs, etc.) et les bacs roulants laissés ici et là nous ramènent vite à la réalité. Les Islanders demeurent accrochés aux années soixante-dix.
«C'est vieux et ce n'est pas idéal pour une équipe de la Ligue nationale. Par contre, je sais que Charles Wang (le propriétaire) travaille fort pour essayer de résoudre la situation, mais ce n'est définitivement pas l'idéal», a affirmé l'ailier Pierre-Alexandre Parenteau, deuxième marqueur de l'équipe avant le match de mardi.
L'ex-attaquant des Saguenéens de Chicoutimi a eu la chance de découvrir d'autres environnements de vie puisqu'il a aussi joué chez les Rangers de New York et les Blackhawks de Chicago.
La qualité d'amphithéâtre d'une organisation n'a jamais influencé les décisions dans sa carrière, dit-il, d'autant plus que les Islanders profitent d'une patinoire d'entraînement à une quinzaine de kilomètres du Nassau Coliseum.
«Je n'envie pas (les joueurs d'autres équipes). On s'habitue, surtout qu'on vient ici presque seulement pour les matchs. Cette situation ne prend aucune place dans ma décision de jouer ici», a assuré le joueur originaire de Boucherville.
Le toit fuit
Dans sa campagne visant à mousser l'adoption par référendum d'un projet de 400 millions $, l'été dernier, le chef exécutif du Nassau County, Edward Mangano, avait relevé d'autres failles non apparentes dans ce corps vieilli: dégâts et fuites à la toiture, déshumidification défectueuse, dalle de béton endommagée, problèmes électriques, etc.
«Cet aréna ne répond plus au minimum de normes de sécurité. Il n'y a seulement pas de rampes pour aider les gens qui descendent les gradins pour se rendre à leur siège. Dès que les lumières se ferment, c'est carrément dangereux, on ne sait pas où mettre les pieds. Et les personnes handicapées, pensez-vous vraiment que cet aréna est adapté pour elles?», a rajouté Mike Artusa, à propos de «son» domicile, qu'un sondage mené par le réseau ESPN a déjà désigné comme le pire amphithéâtre, tous sports professionnels confondus.
Mike aura-t-il la chance de terminer sa carrière dans un décor qui sent le neuf?