Stéphane Alarie
Journal de Montréal
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Enfin un match de la LNH pour David-Alexandre

Hockey - Enfin un match de la LNH pour David-Alexandre

David-Alexandre BeauregardCourtoisie

Stéphane Alarie
Journal de Montréal

C'est sans doute ce qu'on peut appeler un formidable retour du destin : presque 16 ans jour pour jour après avoir perdu un oeil alors qu'il était l'un des plus beaux espoirs du hockey junior québécois, David-Alexandre Beauregard affrontera ce soir les Bruins de Boston dans un «match d'exhibition» de la LNH présenté à Belfast, en Irlande.

«Ça va me donner la chance de jouer une partie contre une équipe de la Ligue nationale, ce que je n'ai jamais pu faire à cause de mon accident», s'est réjoui le Montréalais, sélectionné au sein de l'équipe d'étoiles de la Ligue élite du Royaume-Uni.

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«C'est un bel honneur; ça montre que je me débrouille encore bien. Ça va être une belle expérience, ça risque d'être très plaisant», a dit l'attaquant de 34 ans, joint à Nottingham, où il évolue avec les Panthers.

L'histoire de David-Alexandre est loin d'être banale. En fait, elle a tous les éléments pour en inspirer plusieurs : courage, détermination et sérénité, même quand le malheur frappe durement.

À 18 ans, il était considéré comme un marqueur né et destiné à jouer dans la LNH. Il avait d'ailleurs été repêché par les Sharks de San Jose à l'été 1994.

Un court camp avec les Sharks

«J'avais eu un bon camp, se souvient-il, mais il avait été écourté en raison du premier lock-out dans la Ligue nationale et je n'avais pas participé à un seul match hors concours avant les coupures.»

Une petite malchance suivie d'une catastrophe quelques mois plus tard. Lors d'un match du Laser de Saint-Hyacinthe, de la LHJMQ, il s'échappe et le défenseur tente de soulever son bâton, mais la palette se glisse sous la visière et lui crève l'oeil.

Beauregard continue quand même sa poussée, marque, puis s'effondre dans le coin de la patinoire. Il dit avoir immédiatement compris que ses espoirs d'atteindre la LNH s'étaient envolés.

Devant un tel drame personnel, plusieurs auraient abandonné. Pas David-Alexandre. En peu de temps, contre l'avis de tous, il est retourné sur la patinoire.

Réapprendre à jouer avec un oeil

«Il a fallu que je réapprenne à jouer, relate-t-il. Quand j'ai rembarqué sur mes patins, j'étais le plus pourri sur la glace; je fonçais dans les bandes quand je tournais. Je pensais que la rondelle s'en venait sur ma palette et elle était 10 pieds devant...»

«Encore aujourd'hui, ma plus grande satisfaction est d'avoir essayé de rejouer tout de suite après mon accident. Je pense que c'est la meilleure chose que j'ai faite de ma vie; j'en suis très fier. J'ai vite accepté ce qui était arrivé et je n'ai jamais eu de gros down», raconte le Québécois.

Ça lui a toutefois pris trois mois de labeur quotidien avant qu'on l'autorise à rejouer dans la LHJMQ. Et dès son premier match, il a marqué le seul but des siens.

Vendu pour 100 000 $!

La saison suivante, passée à Moncton, il est premier buteur de la Ligue à Noël. Mais la concession a des problèmes financiers et il sera vendu à Hull pour 100 000 $.

«Je pourrai dire que j'ai un record dans le junior canadien, c'est moi le joueur qui a été vendu le plus cher», rigole- t-il.

Au terme de son stage junior, David- Alexandre Beauregard a entamé une carrière dans les circuits professionnels secondaires qui l'ont mené partout en Amérique, au Michigan, entre autres, où il a rencontré celle qu'il allait épouser. Ses patins l'ont ensuite mené en Italie et au Royaume-Uni où, par un heureux hasard, il va se frotter aujourd'hui aux Bruins.

Un gars heureux

Après avoir été écarté des hautes sphères du hockey par un bête accident, ce n'est pas ça qui va le rendre heureux. Tout simplement parce qu'il l'était déjà.

Jaser avec le bonhomme est d'ailleurs une bouffée d'air frais par rapport aux geignards qui se font si souvent entendre. «Il y a des gens qui vivent pire que ce que j'ai vécu à chaque jour», dit-il, simplement.

«Les événements ont bien tourné. Je suis un gars positif, qui trouve des solutions; j'ai viré ma malchance en chance. J'en suis à ma 14e année chez les professionnels. C'est une belle vie, jouer au hockey. Je suis loin des millions de la Ligue nationale, mais c'est du bon argent quand même», souffle David-Alexandre.



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