STÉPHANE ALARIE
Journal de Montréal

Nos jeunes talents dans la mire des Américains

STÉPHANE ALARIE

De plus en plus de jeunes hockeyeurs n'hésiteraient plus, désormais, à s'expatrier au sud de la frontière afin de poursuivre leur carrière et les établissements scolaires américains ne se gênent surtout pas pour venir courtiser ici même les meilleurs et plus brillants talents québécois.

Fin novembre, les dirigeants de plus d'une soixantaine d'écoles -plus communément appelées prep schools - de tout le nord-est des États-Unis ont ainsi pris part à une journée de recrutement à Montréal.

L'événement, qui en est déjà à sa cinquième année d'existence, est appelé Road to College. «C'est vraiment la route d'une bonne éducation», insiste Mitch Fazekas, un des organisateurs.

Ce Montréalais raconte avoir constaté que bien peu de renseignements étaient facilement accessibles aux parents lorsque son propre fils s'était destiné à fréquenter une prep school, il y a déjà plusieurs années. À l'époque, il n'y avait qu'une poignée de jeunes Québécois qui optaient pour cette voie, la plupart issus de familles anglophones du West Island, relate-t-il.

«Il arrivait ensuite que des coachs m'appellent pour me demander d'aller observer un joueur afin que je leur donne un avis sur lui, dit M. Fazekas. Nous avons donc décidé de créer cette rencontre où jeunes, parents et entraîneurs pourraient échanger.»

Tout se déroule en une journée : des matchs hors concours sont disputés en après-midi, puis, le soir, les représentants des écoles sont présents dans un hôtel pour répondre aux questions des familles.

Popularité à la hausse

L'événement ne cesse de prendre de l'ampleur, de l'ordre de 20 % à 30 % par année, soutient Mitch Fazekas.

Ils étaient ainsi presque 240 athlètes le mois dernier à exposer leurs talents devant les recruteurs des prep schools, ces établissements d'enseignement qui sont la porte d'entrée des universités américaines.

«De plus en plus de Francophones sont intéressés. C'est une belle option ; tout le monde ne peut pas aller dans le junior majeur», remarque Ronald Pellerin, un consultant auprès des lycées américains qui a conseillé plusieurs candidats.

«Les parents sont plus réalistes, de nos jours ; ils savent que très peu de joueurs vont atteindre la Ligue nationale, alors ils veulent que leurs jeunes fassent des études», dit-il pour expliquer cet engouement grandissant.

La présence dans les rangs professionnels de plus de joueurs issus des collèges américains n'y serait pas étrangère, soutient M. Fazekas.

Cependant, l'expérimenté entraîneur François Lacombe, qui emmène ses protégés au Road to College depuis déjà quelques années, estime que cette avenue ne convient pas à tous.

Jeu dur et facture salée

«Le jeu est très dur, là-bas, presque salaud. Le jeune doit être prêt à faire face à du jeu physique. J'en ai vu revenir après un mois», prévient-il, évoquant un arbitrage parfois déficient.

Et les exigences scolaires vont aussi en rebuter certains, voire les exclure.

Le coût aussi. On parle d'une facture annuelle de quelque 40 000 $US, même s'il existe des programmes d'aide financière pour soulager le fardeau des parents.

«La première chose que je dis aux parents, c'est que l'aspect scolaire passe en premier et le hockey en second. On va d'abord là pour étudier. Les jeunes ont jusqu'à trois heures de devoirs tous les soirs», illustre M. Pellerin.

À cela s'ajoutent les quatre séances d'entraînement et les deux matchs par semaine, dont un le mercredi après-midi, ce qui implique qu'il y a aussi classe le samedi matin.

Brandon Creagh, l'entraîneur-chef de Deerfield Academy, une prestigieuse prep school du Massachusetts, résume très clairement la chose : «Nous cherchons d'abord des individus très performants. Des jeunes qui mangent du hockey, mais qui sont aussi capables de travailler dur en classe pour se donner une formation de haute qualité.»



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