Les réactions ont été vives dans la communauté cycliste après l'annonce que l'Union cycliste internationale (UCI) eut retiré à l'Américain Lance Armstrong ses sept titres au Tour de France, lundi.
Le Québécois Hugo Houle, de l'équipe SpiderTech, admet qu'il s'attendait à pareille annonce : «Je me suis fait réveiller tôt par un journaliste qui voulait obtenir mes commentaires sur la nouvelle. C'est un réveil plutôt brutal, mais ce n'est pas une surprise avec tout ce qui a été dévoilé ces dernières semaines.»
«L'UCI n'avait pas le choix avec toutes les preuves et tous les témoignages recueillis contre Lance Armstrong, a ajouté le cycliste. Elle ne pouvait plus se cacher derrière l'évidence. Quoique plusieurs autres sports ont reconnu que leurs athlètes avaient consommé des produits dopants, mais ils n'ont pas voulu perdre la face en disant que c'était des cas isolés. Ils ont permis à leurs athlètes de conserver leurs records.»
Barry Bonds et le baseball majeur représentent l'un de ces cas.
«Dans certains sports, ils continuent de fermer les yeux. Personnellement, comme athlète propre, je vois l'affaire Armstrong comme du positif, s'est réjoui Houle. Ça signifie que les Canadiens, nous connaissons de plus en plus de succès, on va se battre à armes égales avec le reste du monde. Après le choc initial, ça va remettre le cyclisme sur ses rails.»
Le Belge David Lecointre, qui vit au Québec depuis une dizaine d'années et qui était directeur général de la Véloroute des Bleuets, est consterné, mais au contraire de Houle, n'est pas convaincu que le cyclisme a une volonté de s'épurer.
«C'est triste pour les amateurs fous de vélo comme nous. Ce sont des années d'illusions perdues. Et, avant de dire que ça va nettoyer le cyclisme, je vous dirai que l'hypocrisie est encore bien présente.
«Le printemps dernier, par exemple, les équipes Liquigas, Astana et Sky se sont entraînées à Tenerife [la plus grande île des Canaries, en Espagne] et le Dr Michele Ferrari était là au même endroit que les trois équipes. Mais, ils disent tous qu'ils ne se sont jamais vus et ne se connaissent pas.»
Le Dr Ferrari est l'autre personne au centre du scandale Armstrong.
Lundi, un autre cycliste vedette, Cadel Evans, vainqueur du Tour de France 2011, a dû se défendre d'accusations de dopage émises par la BBC à Londres. Evans, au moment de passer du vélo de montagne au vélo de route en 2000, avait rencontré le Dr Ferrari.
«Je lui ai demandé de me faire passer un test pour qu'il me trace un portrait de mes aptitudes comme cycliste sur route. Je n'ai eu qu'une seule rencontre à vie avec lui», s'est défendu Evans.
Lecointre d'ajouter: «Bradley Wiggins et quelques autres se disent propres, mais montent encore des côtes en développant plus de puissance [watts] que Lance Armstrong dans ses sept années où il a été dopé. Qu'ils ne nous fassent pas croire qu'ils sont à l'eau claire.»