La suspension de Contador suscite des réactions

Cyclisme

 ©AFP Photos/Pedro Armestre

Yvan Martineau

Dernière mise à jour: 30-09-2010 | 20h21

MONTRÉAL - Steve Bauer, François Parisien et le milieu du cyclisme au Canada sont évidemment sous le choc à la suite de la suspension d'Alberto Contador, qui a fait l'objet d'un contrôle antidopage dont le résultat s'est avéré anormal.

Ce test, pratiqué le 21 juillet, donc durant le Tour de France, révélait la présence en dose infime de clenbutérol, un anabolisant, chez celui qui devait quelques jours plus tard remporter le Tour.

«Si la contre-expertise qu'exigera sûrement Alberto Contador est positive, et je dis bien ‘si’, alors je me demanderai comment un athlète peut-il être aussi stupide?», de commenter Bauer, le meilleur Canadien de l’histoire au Tour de France.

Bauer poursuit : «Qu’on ne lance pas la pierre au cyclisme. Au contraire, que les meilleurs se fassent coincer prouverait une fois de plus que c’est le sport le plus rigoureux en matière de contrôles anti-dopage. Il fait figure de leader dans cette lutte. Personne d’autre n’intervient avec autant de sérieux».

Le Québécois François Parisien, l’un de nos meilleurs cyclistes élite actuellement, est du même avis.

«Si la nouvelle est confirmée par une contre-expertise, je dirai que c'est tellement décevant pour notre sport. Ce serait une preuve que certains ne comprennent pas le message. Mais quand on réussit à épingler même les meilleurs, les plus riches, ceux qui se paient des médecins pour contourner les règlements, c’est encourageant».

En conférence de presse, jeudi, Alberto Contador, triple champion du Tour de France s’est défendu en clamant avoir été victime d’une contamination alimentaire.

L'avis de Christiane Ayotte

La professeure Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire du contrôle de dopage de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), tient à souligner que la contamination alimentaire est effectivement possible.

«On a recensé quelques cas depuis 20 ans, en Chine, en Espagne et aux États-Unis. L’explication de Contador n’est donc pas farfelue, précise-t-elle. Mais il faut aussi savoir que c’est bien connu : certains milieux, dont l’haltérophilie, la natation et le cyclisme, ont abusé du clenbutérol. À chaque fois, la contamination alimentaire, à tort ou à raison, a été l’excuse. Il faudra donc permettre au cycliste de donner sa version des faits».

Madame Ayotte ajoute que quelques laboratoires seulement à travers le monde, dont celui qu’elle dirige, auraient été capables de déceler la faible dose retrouvée chez Contador.

«Ce n’est pas parce que la dose est infime qu’il faut conclure que l’athlète n’est pas dopé. Même en quantité infime, c’est considéré du dopage. Vrai qu’on a en parfois trouvé chez des animaux, mais c’est aussi illégal d’en utiliser pour les bêtes. Autrement, le clenbutérol ne peut pas être produit par l’organisme».

Avec la rigueur des tests anti-dopages maintenant opérés, il est tout de même étrange que les athlètes ne se protègent pas davantage pour ce genre de situation. Durant le Tour de France, les coureurs -et habituellement leur régime alimentaire- sont pris en charge par leur équipe. Tous sont réunis pour des repas en groupe. Comment se fait-il que la direction d’Astana ne tienne pas un relevé des menus qui ont été servis afin de pouvoir venir à la rescousse de ses athlètes dans une pareille situation? Comment expliquer qu’aucune trace de produit dopant n’a été décelée chez les coéquipiers de Contador, apparemment? Rappelons que le vainqueur du Tour de France 2006, l’Américain Floyd Landis, avait été déchu de son titre après avoir été reconnu coupable de dopage.


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