Gary Carter s'éteint


Étienne Bouchard

Dernière mise à jour: 17-02-2012 | 10h27

MONTRÉAL – L'ancien receveur des Expos de Montréal, Gary Carter, est décédé jeudi des suites du cancer. Il était âgé de 57 ans.

Le site web du baseball majeur a confirmé la nouvelle en fin d'après-midi. Carter a rendu l'âme à 16 h 10 (heure locale) dans un hôpital situé à proximité de son domicile de West Palm Beach, en Floride.

«Maintenant, il est au paradis et il a rejoint papa et maman, a écrit la fille de l'ex-joueur, Kimmy Bloemers, sur le site internet de sa famille. Je crois de tout mon cœur que papa a reçu une ovation debout lorsqu'il a franchi les barrières du paradis pour être aux côtés de Jésus.»

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Sa perte représente un immense vide chez les partisans des anciens Expos, puisque Carter a marqué l'histoire de la concession montréalaise. Il a évolué dans la métropole de 1974 à 1984, avant d'être impliqué dans un échange avec les Mets de New York. D'ailleurs, il a remporté sa seule Série mondiale avec ceux-ci en 1986. Quelques années plus tard, soit en 1992, le numéro 8 est revenu à Montréal pour conclure une fructueuse carrière de 19 ans dans les ligues majeures.

Un athlète accompli

Né le 8 avril 1954, Carter est repêché par les Expos en troisième ronde de l'encan amateur de 1972. À cette époque, l'athlète natif de Culver City en Californie est un joueur d'arrêt-court. Toutefois, l'organisation décide de le convertir en receveur durant son passage dans les circuits mineurs. Participant à son premier camp d'entraînement en 1974, il fait déjà sa marque auprès de ses futurs coéquipiers, qui l'affublent du surnom «The Kid», appellation qui le suivra jusqu'à sa mort.

Après un court séjour de neuf parties à Montréal en septembre 1974, l'Américain entame sa première saison complète dans les grandes ligues l'année suivante. En vertu d'une récolte de 17 circuits et 68 points produits, ainsi que d'une moyenne au bâton de ,270, il termine deuxième au scrutin visant à choisir la recrue de l'année dans la Ligue nationale.

«J'ai toujours cru qu'il a été l'un des plus grands, sinon le plus grand joueur de l'histoire des Expos, considérant l'importance de sa position», a déclaré l'ancien descripteur des matchs des Expos à la radio, Jacques Doucet, peu de temps après avoir eu vent des graves problèmes de santé qui affligeaient Carter.

Le visage des Expos

La carrière du «Kid» prend véritablement son envol en 1977, campagne au cours de laquelle il amasse 31 circuits et 84 points produits. Lui et Andre Dawson représentent à cette époque les deux figures dominantes d'un club à la veille de connaître ses meilleures années.

Deux ans plus tard, il confirme les attentes placées en lui. Pour la première fois en quatre ans, il est choisi pour participer au match des étoiles; il y prendra d'ailleurs part 10 fois consécutives. Avec ses 22 longues balles et 75 points produits, il aide les Expos à remporter 95 victoires et à terminer au deuxième rang de leur section. Ensuite, en 1980, il amasse un impressionnant total de 29 circuits et 101 points produits, en plus de mettre la main sur le premier de ses trois Gants dorés. Il mène les siens vers une autre campagne de 90 gains. Montréal doit cependant se contenter de nouveau de la deuxième place dans l'Est de la Ligue nationale.

Ce n'est en revanche que partie remise pour Carter et les Expos, qui accèdent finalement aux séries éliminatoires en 1981, malgré une saison perturbée par une grève des joueurs. Le receveur obtient un autre Gant doré, ainsi que le Bâton d'argent, lors de cette campagne où sa formation passe à un match près d'atteindre la Série mondiale. Les Dodgers de Los Angeles anéantissent cependant les espoirs des partisans montréalais en remportant la partie décisive de la finale de la série de championnat de la Ligue nationale, grâce à un circuit de Rick Monday en 10e manche.

Carter continue de se distinguer lors de ses trois dernières campagnes à Montréal, même si l'équipe déçoit et chute au classement. Le 13 juillet 1982, il entame derrière le marbre la partie des étoiles présentée au Stade olympique. Deux ans plus tard, il récolte 106 points produits, son plus haut total en carrière.

Un départ controversé

À la suite d'une saison médiocre de 78 gains seulement et soucieux de réduire leur masse salariale, les Expos procèdent à un ménage au sein de leurs effectifs. Très populaire auprès des partisans de l'équipe, Carter doit déménager. Il est échangé aux Mets le 10 décembre 1984, en retour de Mike Fitzgerald, Hubie Brooks, Herman Winningham et Floyd Youmans.

Malgré quelques bonnes années de Brooks, la transaction tourne à l'avantage de New York. La nouvelle acquisition des Mets ne tarde pas à faire sensation dans Queen's alors qu'il amasse 205 points produits en deux ans. D'ailleurs, sa contribution permet à la troupe du gérant Davey Johnson de remporter la Série mondiale en 1986. Au cours de la finale contre les Red Sox de Boston, il fait compter neuf points en sept rencontres.

Le «Kid» passe trois autres saisons dans la «Grosse Pomme» à la suite de ce triomphe, mais l'effet du poids des années et des blessures commence à se faire sentir. Sa production chute à 11 longues balles et 46 points produits en 1988. Il participe à son dernier match des étoiles en carrière, obtenant au passage son 300e circuit dans les majeures.

Le retour aux sources

Après avoir disputé une saison avec les Giants de San Francisco et une autre avec les Dodgers, le vétéran alors âgé de 38 ans effectue un retour aux sources. Les Expos le réclament par le biais du ballotage le 15 novembre 1991 et c'est avec eux qu'il terminera son illustre carrière, moyennant un salaire annuel de 825 000$.

Le match ultime de Carter dans les majeures restera gravé à jamais dans l'imaginaire collectif des Montréalais. Pas moins de 41 802 spectateurs entassés au Stade olympique acclament le futur retraité du baseball, le 27 septembre 1992. Ayant un sens inné du spectacle, il cogne un double au champ droit à sa dernière présence à la plaque. Ironiquement, sur le jeu, la balle passe par-dessus la tête du voltigeur des Cubs de Chicago… qui est nul autre que Dawson, un ancien coéquipier de la vedette du jour et un homme avec qui Carter entretient une relation plutôt froide à l'époque. Après son dernier coup sûr, le public accorde au receveur une ovation méritée de plusieurs minutes au moment où il quitte vers le banc des joueurs, au profit du coureur suppléant Tim Laker.

Le numéro 8 de Carter a ensuite été retiré par les Expos quelques mois plus tard, soit le 31 juillet 1993. Il est également devenu le premier porte-couleurs du club à faire son entrée au Temple de la renommée du baseball, le 7 janvier 2003. Le jour de son intronisation officielle, il a d'ailleurs tenu à remercier les partisans québécois à l'aide de quelques paroles en français, une langue dont il maîtrisait certains mots.

Doucet a d'ailleurs toujours vanté le professionnalisme de celui qui fut un ambassadeur de l'équipe de baseball auprès de la communauté locale montréalaise. Ailleurs aux États-Unis, il avait créé une fondation portant son nom afin de venir en aide aux étudiants de la région de Palm Beach, en Floride, vivant sous le seuil de la pauvreté.

«Victoire ou défaite, il était toujours disponible. Il était conscient de son statut de super vedette et des responsabilités qui en découlaient. Ce n'est pas pour rien que c'est à lui que j'ai demandé de signer la préface du bouquin «Il était une fois les Expos»», a-t-il ajouté, en évoquant le livre qu'il a coécrit avec l'auteur Marc Robitaille et qui est paru en 2009.

Le cancer frappe

Au terme de sa carrière de joueur, Carter été analyste des matchs des Marlins de la Floride à la télévision pendant trois ans. Par la suite, il a œuvré au sein de l'organisation des Mets, étant gérant pour quelques-unes de leurs filiales des ligues mineures. Récemment, il était impliqué avec l'équipe de baseball du Palm Beach College, là où sa fille travaille.

Toutefois, la maladie a frappé Carter au cours des derniers mois alors que les médias ont annoncé, le 21 mai dernier, que les médecins avaient découvert quatre tumeurs de petite taille au cerveau de l'ex-joueur. Dès lors, les jours de celui-ci semblaient malheureusement comptés.

«C'est l'un de nos héros, a pour sa part affirmé Rodger Brulotte, qui a longtemps travaillé aux côtés de Doucet en tant qu'analyste à la radio. Et nos héros, on pense qu'ils sont invincibles.»

Preuve de sa force de caractère, Carter a assisté le 2 février au match d'ouverture des Sailfish de l'Université Palm Beach Atlantic, équipe universitaire américaine de deuxième division qu'il a dirigée. Il est allé saluer les membres de son équipe 10 minutes avant l'interprétation de l'hymne national américain. «Allons chercher une victoire ce soir», a répété le Kid, serrant la main des joueurs.

Le numéro 8 a été présent pour les trois premières manches de l'affrontement en compagnie notamment de l'ancien releveur des Expos Jeff Reardon et des membres de sa famille.

En 12 ans à Montréal, Carter a claqué 220 longues balles et fait marquer 823 points, maintenant une moyenne à la plaque de ,269. Il a inscrit 707 points et cogné 1427 de ses 2092 coups sûrs en carrière. Globalement, il a conclu son séjour dans les majeures avec un total de 324 circuits et 1225 points produits, en plus de croiser le marbre 1025 fois.


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