Benoît Rioux
Agence QMI

Un bon test pour l'esprit d'équipe

Benoît Rioux

À en croire Marianne St-Gelais, les dépassements téméraires seront peut-être moins nombreux, ce week-end à l'aréna Maurice-Richard, lors des Championnats canadiens senior de patinage de vitesse courte piste.

De coéquipiers et coéquipières, les membres de l'équipe nationale deviennent provisoirement des adversaires.

«C'est difficile pour nous de faire des dépassements l'une sur l'autre, a avoué St-Gelais, en marge de l'événement. On se connaît tellement bien. On connaît nos faiblesses, mais aussi nos forces. Ça devient difficile de se surprendre pendant une course. Nous voulons être propres aussi. On ne veut pas se sortir.»

L'athlète de St-Félicien reconnaît que les meilleures patineuses joueront ainsi de prudence, à certains moments, dès ce vendredi soir.

«Les enjeux sont tellement grands ici, a-t-elle dit. On veut une place pour les Mondiaux. C'est la compétition la plus prestigieuse après les Jeux olympiques. On sait pas mal dans notre tête qui a le potentiel de faire les Championnats du monde. On ne veut pas prendre des chances inutiles.»

St-Gelais devrait logiquement terminer parmi les quatre premières patineuses au classement général, à l'issue du week-end, tout comme Valérie Maltais. Si jamais l'une ou l'autre devait être écartée, un choix discrétionnaire pourrait par ailleurs leur être réservé. La situation est semblable pour Charles Hamelin chez les hommes.

«Tu veux rentrer par la grande porte», a toutefois noté Hamelin.

Éviter les chicanes

Peu importe les situations qui se présenteront aux patineurs au cours des prochains jours, il va sans dire que les Championnats canadiens deviennent forcément un bon test pour l'esprit d'équipe. Des incidents fâcheux demeurent possibles, considérant les aléas du courte piste.

Sans la moindre once de hargne, St-Gelais se souvient notamment de la fois où Maltais l'avait fait tomber aux essais olympiques lors d'une course de 500 mètres. Les conséquences n'avaient finalement pas été graves puisque St-Gelais s'était reprise lors des épreuves suivantes. Pendant un court moment, elle en voulait toutefois à sa coéquipière.

«Quand ça arrive, t'es fâchée sur le moment, t'es déçue. C'est frustrant parce que ce sont des points précieux que tu perds, mais c'est jamais au point de lever le ton et de dire à l'autre t'es donc ben innocente», a-t-elle expliqué, avec sa verve habituelle.

«J'ai aussi fait tomber Valérie à des sélections au 1000 mètres. C'était un mauvais dépassement et nous étions tombées les deux. Ce n'est jamais le plan de personne de sortir quelqu'un, mais ce sont des choses qui arrivent.»

Au total, les Championnats canadiens de ce week-end, qui, en plus des Mondiaux, serviront également de qualifications pour les deux prochaines étapes de la Coupe du monde en Allemagne et en Turquie, compteront 24 athlètes chez les femmes et autant chez les hommes.

La présentation du 1500 mètres aura lieu vendredi soir tandis que le 500 mètres sera disputé samedi après-midi. Dimanche sera la journée la plus occupée avec le 1000 mètres, le 3000 mètres et les relais.

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Des chicanes qui repoussent les limites

Dans le monde du patinage de vitesse courte piste depuis plus de deux décennies, l'entraîneur Frédéric Blackburn avoue lui-même avoir été témoin de nombreuses chicanes entre coéquipiers au cours de sa carrière. C'est normal. Comme dans tous les sports, dans toutes les familles et parfois aussi entre collègues de travail...

«Ça fait tellement longtemps que je suis là-dedans. C'est sûrement déjà arrivé avec Marc [Gagnon]», a d'abord indiqué Blackburn, en restant vague.

En lui tirant les vers du nez, Blackburn se remémore les Championnats du monde de 1994, où les deux Québécois s'étaient pognés solidement après l'épreuve de 3000 mètres. Les deux patineurs ne s'étaient laissé aucune chance sur la patinoire.

«Tout de suite après, il fallait faire le relais ensemble, a raconté Blackburn, en pouffant de rire. Avant les Mondiaux, aux essais, on ne se nuisait pas. On voulait finir 1 et 2. Mais rendu aux Championnats du monde, c'est plus là que ça se passait. Si on pouvait bloquer l'autre, on le bloquait. Nous étions peut-être un peu moins gentils entre les deux que pendant les sélections.»

Cette année-là, en Angleterre, Gagnon et Blackburn avaient finalement terminé, dans l'ordre, sur les deux plus hautes marches du podium. Comme quoi l'adversité sert aussi à repousser les limites de son plus féroce compétiteur.

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