Benoît Rioux
Agence QMI

Kasandra Bradette retombe sur ses pattes

Kasandra Bradette retombe sur ses pattes

Kasandra BradettePhoto Benoît Rioux / Agence QMI

Benoît Rioux

MONTRÉAL - À Salt Lake City pour la première Coupe du monde de la saison, la Québécoise Kasandra Bradette revient de très loin. C'est un petit miracle de la revoir, après autant de malchance et d'adversité, dans l'équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste.

Avant de quitter pour l'Utah, Bradette avait profité de l'Halloween, vendredi dernier, pour se déguiser en chat durant un entraînement ouvert aux médias. L'image ne pouvait mieux correspondre alors que l'athlète originaire de Saint-Félicien semble effectivement avoir neuf vies.

«J'ai tout eu ce qui n'allait pas, a-t-elle convenu, résumant son parcours depuis son arrivée à Montréal en 2007. J'ai eu mal au dos, j'ai fait une bronchite, j'ai été malade. J'ai eu une cheville cassée à ma première année au centre et les maux de dos revenaient de manière récurrente.»

«Je n'ai pas pris un chemin battu, a-t-elle illustré. Je suis allée dans les sous-bois, dans tout ce qui n'a pas été débroussaillé. Disons qu'il y a beaucoup d'athlètes qui ont eu un chemin moins cahoteux.»

Aujourd'hui âgée de 25 ans, Bradette songeait même à la retraite de la compétition jusqu'à tout récemment. C'était avant de surprendre tout le monde aux sélections des Coupes du monde d'automne tenues en septembre, à Calgary.

«Pour moi, ces sélections, c'était le deadline, a-t-elle affirmé. Je me disais: "si ça ne va pas bien, c'est là que j'arrête". Mais j'ai été capable de bien jouer mes cartes et de me servir de ma vitesse. Entre autres, au 500 mètres, j'ai été constante. Ç'a super bien été. J'allais vraiment vite.»

Bradette a talonné, deux fois plutôt qu'une, la championne Marianne St-Gelais lors des finales des épreuves de 500 mètres, puis elle a obtenu des troisièmes places au 1000 m et 1500 m. Au cumulatif, elle n'a été devancée que par St-Gelais et Valérie Maltais.

Un soulagement

Ce retour sur le circuit de la Coupe du monde a des allures de délivrance pour Bradette.

«C'est de la fierté, mais surtout du soulagement, a décrit Bradette. Je ne me suis pas obstinée à continuer pour rien.»

Mieux que quiconque, elle sait toutefois que sa présence sur l'équipe nationale demeure aussi fragile que son dos.

«Je touche du bois», a-t-elle lancé, comptant profiter de chaque journée qui passe.

Bradette a déjà patiné sur la scène internationale en 2012, participant même à une finale A à Shanghai, en Chine. Elle avait alors terminé quatrième au 500 mètres.

L'année suivante, après avoir reçu le diagnostic d'une spondylolyse, ce qui se traduit par une vertèbre fissurée, Bradette a toutefois été retirée du cadre d'entraînement de l'équipe nationale.

La jeune femme allait inévitablement finir par rater les Jeux olympiques de Sotchi, un rêve qu'elle caressait depuis des années. Atteinte physiquement depuis tant d'années, elle avoue avoir été également ébranlée mentalement. Comme un chat, elle est toutefois retombée sur ses pattes. Une fois de plus.

Pense-t-elle maintenant aux Jeux de 2018?

«Ce serait être désabusée de dire que je ne suis pas intéressée par les Jeux de 2018. C'est un rêve qui est tout le temps là. C'est omniprésent dans la vie de tous les athlètes, sauf qu'à mon âge, je me suis dit que j'allais y aller une année à la fois.»

Bradette veut prendre les choses comme elles viennent. Pour la Coupe du monde de Salt Lake City, qui débute vendredi, elle espère pouvoir atteindre les demi-finales au 500 mètres.

(...)

Une période plus sombre

Si sa carrière sportive n'a jamais été une sinécure, Kasandra Bradette admet que les deux dernières années ont été particulièrement difficiles.

Après avoir été écartée de l'équipe nationale et multiplié les visites chez le physiothérapeute pour traiter son dos, elle a tenté, contre toute attente, de se qualifier pour les Jeux de Sotchi. Sa participation aux sélections olympiques, à l'été 2013, demeure un épisode qu'elle préférerait toutefois oublier.

«J'ai eu cette impression de prendre la place de quelqu'un d'autre qui aurait pu en bénéficier, j'ai trouvé ça plate pour les personnes qui me suivaient et qui auraient aimé participer à ces sélections à ma place. Ça m'a vraiment brisée mentalement. Ça m'a détruite.»

«Je n'étais vraiment pas bonne lors de mes départs au 500 mètres et d'habitude, c'est ça qui me sauve. Là, je n'étais même pas capable d'aller en avant et de faire plus de deux tours.»

Bradette, qui a connu la déception de retourner dans l'équipe de développement, avoue avoir vécu un constat d'échec, une période plus sombre.

«Habituellement, j'ai toujours de l'énergie à revendre. Mais là, après les sélections olympiques, j'étais à terre. Ce n'était pas la Kasandra illuminée. Je suis une fille qui aime faire la cuisine, par exemple, surtout des desserts. Je suis une bébite à sucre. Mais là, je n'en faisais plus. Je n'étais pas heureuse.»

Bradette dit avoir retrouvé une bonne partie de son moral en passant trois semaines dans sa famille au Lac-Saint-Jean durant le dernier temps des Fêtes.

«Ç'a été difficile. C'est un processus assez long de revenir de ça. Ç'a été long avant que je me sente bien, autant physiquement que mentalement.»

Pendant son séjour au Lac-Saint-Jean, elle a notamment patiné avec le club de Saint-Félicien.

«Je me suis recentrée sur ce que j'avais besoin, j'ai redécouvert que j'aimais le patin», a-t-elle affirmé.

Revenir au Lac-Saint-Jean, pour mieux repartir à la conquête du monde.



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